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1. Ac 2,42- 47

Le premier de nos récits définit en quelque sorte l’engagement du chrétien, selon quatre axes : enseignement, communion fraternelle, fraction du pain (eucharistie), prières. On peut se demander si ces quatre points ne forment pas les différents accents des rassemblements chrétiens de l’époque, comme c’est encore plus ou moins le cas aujourd’hui dans nos assemblées dominicales. Mais J. Dupont consacre un article9 au terme de « communion » ou koinônia, et on peut en retirer les éléments suivants :

À propos de ce même idéal d’amitié et de son traitement par Luc, un commentateur des Actes, R.J. Dillon, fait la remarque suivante : « Le langage de Luc fait écho au proverbe grec à propos des amis (Platon, République, 4,424a ; 5,449c), que Luc réinterprète typiquement au moyen de l’exclusion biblique de la pauvreté en Israël (v. 34a = Dt 15,4) ».

La traduction ci-dessus présentée est trompeuse : elle suggère l’existence de deux verbes, être assidu et être fidèle, pour gouverner nos quatre axes ; la réalité est qu’il n’y a qu’un seul verbe, proskarterew, qu’on traduit par se consacrer, s’attacher à, avec tout à la fois l’idée d’une intensité et d’une continuité. C’est ce même verbe qu’on retrouve en 1,14 ou 2,46 ou 6,4. On pourrait traduire par « se donner tout entier », en l’occurrence à la communauté. C’est sans doute à la lumière de cet engagement que peut s’apprécier la faute d’Ananie et de Saphire qui ont retenu quelque chose d’eux-mêmes. Les quatre axes seront repris et développés dans les versets qui vont suivre.

Aussitôt après avoir présenté la communauté, Luc définit son environnement, hésitant entre l’étonnement et l’hostilité. Les « prodiges et les signes » sont une expression classique chez Luc, du moins dans les Actes, et presque stéréotypée dans le NT : Ac 2,19 ; 4,30 ; 5,12 ; 6,8 ; 7,36 ; 14,3 ; 15,12 et une fois en Matthieu (24,24), Marc (13,22) et Jean (4,48). L’étude des passages lucaniens montre que l’expression est exclusivement réservée chez lui à ceux qui jouent un rôle majeur dans les Actes, les apôtres, Paul et Barnabé, et même Moïse, bref les envoyés de Dieu, que Dieu accrédite précisément par ces « signes et prodiges » ; cet usage rejoint celui des évangélistes. Ces prodiges et signes manifestent à leur manière l’irruption des derniers temps. On comprend alors la crainte : c’est celle que l’on peut ressentir devant l’action de Dieu.

À partir du verset 44, Luc revient sur la « communion fraternelle, qui s’exprime dans le partage des biens. Ou plutôt dans la justice : « de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses nécessités ». On peut se demander jusqu’où allait la vente des propriétés et des biens, car il ne s’agissait pas alors, comme cela se fera plus tard avec un Antoine, de partir s’installer au désert : Ananie et Saphire ne vendront « qu’une » propriété, Luc laissant supposer qu’ils avaient d’autres biens ; auquel cas la vente ne concernait alors que le superflu. Ou bien, il n’y avait pas tant de ventes, mais surtout une mise en commun. C’est ce que laisse effectivement entendre le verset 46, où il est toujours fait mention des maisons de chacun.

À partir de ce verset 46, Luc revient sur la prière assidue et la fraction du pain : la première a lieu au Temple, la deuxième à la maison. Les apôtres n’ont pas rompu avec le Temple, à la manière des Esséniens : dans les chapitres qui vont suivre, on les y retrouve volontiers ; ils y sont pour la prière de la neuvième heure (3,1). Cette rupture n’interviendra que plus tard, en partie du fait de l’entrée en scène dans la communauté chrétienne des païens et de la formation d’une chrétienté ailleurs qu’à Jérusalem - le discours d’Étienne, très critique vis-à-vis du Temple, sera significatif de cette évolution-, en partie à la suite de la révolte juive à laquelle les chrétiens ont refusé de prendre part.

La fraction du pain a un caractère domestique : ce sera encore le cas à Troas, en Ac 20,8. Ce seul fait invalide la prétention de Luc pour lequel la prédication de Pierre a provoqué trois mille baptêmes : on ne pouvait réunir une telle foule dans une maison … Luc est sans doute plus près de la vérité dans sa conclusion du verset 47 : le Seigneur adjoint « ceux qui seraient sauvés ». Il le fait « epi to auto », un terme qui peut être traduit de diverses manières : pour la Bible de Jérusalem, il faut entendre « à la communauté » ; J. Dupont commente : « les croyants ont conscience de constituer une réalité unique, un yahad, assemblée ou communauté, à laquelle le Seigneur adjoint quotidiennement de nouveaux membres ». Allégresse et simplicité (ou humilité) caractérisent cette célébration : ce sont encore des signes eschatologiques.

9 J. Dupont, « L’union entre les premiers chrétiens dans les Actes des Apôtres », dans Nouvelles Études sur les Actes des Apôtres, Coll. Lectio Divina 118, Paris, Cerf, 1984, p. 296-318.

Version 1.0 - septembre 1999
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