sommaire des Sciences Bibliques ] [ sommaire Bibliothèque ]

SommaireSuivante

Les Actes des Apôtres

Introduction

Les Actes des Apôtres forment un seul ouvrage long de 28 chapitres, dont le contenu paraît consacré au développement de l’église chrétienne primitive. « Paraît » parce que la réalité est sans doute plus complexe : une lecture rapide montre que l’auteur s’intéresse surtout à deux des apôtres, Pierre d’abord, Paul ensuite, au point que certains commentateurs contemporains parlent des Actes des deux Apôtres, qu’ils subdivisent entre « la geste de Pierre » et « la geste de Paul »1. Dès lors, les considérations sur l’église en général ont souvent un caractère convenu, stéréotypé, qui conduit à parler de « sommaires » : les plus célèbres sont Ac 2,42-47 ; 4,32-35 ; 5,12-16 ; on peut y ajouter des formules comme « la parole de Dieu croissait et se multipliait » (12,24 ; voir 19,20) ou « ils enseignaient et annonçaient la Bonne Nouvelle » (15,35).

C’est donc moins une étude historique du développement de l’Église qui nous est proposée, qu’un regard particulier sur les premiers temps de l’Église. Particulier équivaut-il à unique ? Autrement dit, les Actes sont-ils d’une seule main ? Et si oui de laquelle ? La question de la composition des Actes apparaît fort complexe comme en témoigne par exemple un des articles du grand spécialiste de cet ouvrage, Dom. J. Dupont : dans « les problèmes du livre des Actes entre 1940 et 1950 »2, il montre que la première question qui se soit historiquement posée est celle de l’unité d’auteur à l’intérieur même des Actes, entre l’auteur du fameux « journal de voyage » et l’auteur de l’ouvrage tout entier. Malgré les différences de Sciences Bibliques, presque tous les commentateurs plaident en faveur de l’unité.

La question qui vient ensuite est celle de l’unité d’auteur entre le livre des Actes et l’évangile de Luc. Elle a presque toujours été résolue par l’affirmative, malgré quelques essais tendant à montrer les différences de langage, par exemple dans l’usage des particules3, entre l’un et l’autre texte. On peut, à l’appui de cette unité, mais sans prétendre l’établir par là, considérer la fin de l’évangile de Luc et le début des Actes :

Lc24:45

Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures,

Lc24:46

et il leur dit : "Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d'entre les morts le troisième jour,

Lc24:47

et qu'en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.

Lc24:48

De cela vous êtes témoins.

Lc24:49

"Et voici que moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Vous donc, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut."

Lc24:50

Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit.

Lc24:51

Et il advint, comme il les bénissait, qu'il se sépara d'eux et fut emporté au ciel.

Lc24:52

Pour eux, s'étant prosternés devant lui, ils retournèrent à Jérusalem en grande joie,

Lc24:53

et ils étaient constamment dans le Temple à louer Dieu.

Ac1:1

J'ai consacré mon premier livre, ô Théophile, à tout ce que Jésus a fait et enseigné, depuis le commencement

Ac1:2

jusqu'au jour où, après avoir donné ses instructions aux apôtres qu'il avait choisis sous l'action de l'Esprit Saint, il fut enlevé au ciel.

Ac1:3

C'est encore à eux qu'avec de nombreuses preuves il s'était présenté vivant après sa passion ; pendant 40 jours, il leur était apparu et les avait entretenus du Royaume de Dieu.

Ac1:4

Alors, au cours d'un repas qu'il partageait avec eux, il leur enjoignit de ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'y attendre ce que le Père avait promis, "ce que, dit-il, vous avez entendu de ma bouche :

Ac1:5

Jean, lui, a baptisé avec de l'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés sous peu de jours."

Ac1:6

Étant donc réunis, ils l'interrogeaient ainsi: "Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas restaurer la royauté en Israël ?"

Ac1:7

Il leur répondit : "Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité.

Ac1:8

Mais vous allez recevoir une force, celle de l'Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre."

Ac1:9

A ces mots, sous leurs regards, il s'éleva, et une nuée le déroba à leurs yeux.

Il est facile de faire des rapprochements entre ces deux textes, sur des points aussi cruciaux que la place du témoin ou celle de Jérusalem, dont on reparlera, tout en notant d’incontestables différences, par exemple sur le thème de la nuée. Le discours est en outre beaucoup plus développé dans le début des Actes. Mais tous ces points s’expliquent facilement dans leur contexte, et les différences plaident en définitive pour l’unité d’auteur plus que pour l’œuvre d’un plagiaire.

Cette reconnaissance de l’unité d’auteur est extrêmement importante pour l’étude de la suite des Actes : en effet, l’introduction de l’évangile, qui définit précisément la méthode de Luc en insistant sur la qualité et le respect de ses sources, s’applique aussi aux Actes des Apôtres.

La question qui reste à poser dans cette introduction, et c’est sans doute la plus difficile à traiter, est celle de la composition des Actes : non pas de son plan, apparent à partir du verset 8 du chapitre 1, mais plutôt des modalités historiques de sa mise en œuvre. Un fait est bien connu depuis longtemps, c’est l’existence de deux versions des Actes, celle qui nous est livrée habituellement et que l’on appelle version orientale ou alexandrine, et celle dont les éléments figurent plutôt dans les notes, et que l’on appelle version occidentale. Pourquoi dans les notes ? Parce que le texte en est beaucoup plus long, et il apparaît le plus souvent aux commentateurs comme une version amplifiée, moins authentique que la précédente.

Ce jugement traditionnel a fait l’objet récemment d’une remise en cause drastique par Boismard et Lamouille dans la série d’ouvrages cités plus haut. Pour ces auteurs, le texte occidental est tout aussi lucanien que le texte oriental, et son apparition est le fruit d’une refonte par Luc de l’ouvrage original. Ils ne font que reprendre la position de F. Blass4, mais en l’étoffant singulièrement et en la raffinant : ils ont d’une part tenté de retrouver un texte occidental complet, à partir de témoins parfois médiévaux, et ils ont en outre essayé de retracer la genèse des différentes textes. Luc serait parti d’un texte donnant la primauté à Pierre (document P), d’un journal de voyage et d’un document johannite (document J) : cette phase est celle de Ac I et elle aurait été suivie de deux autres, Ac II et Ac III. Inutile de rentrer dans le détail des rédactions, et plus encore des justifications apportées par nos commentateurs, sinon pour souligner qu’ils voient en Ac I un judéo-chrétien écrivant vers les années 60-62, mais surtout en Ac II l’auteur même du IIIe évangile, autrement dit Luc, écrivant dans les années 80 ; ils voient enfin dans Ac III un écrivain de langue grecque, écrivant vers la fin du siècle pour des païens.

Ce genre de reconstruction, habituel aux commentateurs qui viennent d’être évoqués, est loin d’emporter toujours l’adhésion : sa force tient d’une part à la prise en compte sérieuse des différents problèmes posés par le texte, d’autre part aux innombrables et soigneuses analyses textuelles. Sur tout cela, l’on reviendra.

Ajoutons ici une très belle contribution aux problèmes des sources. Dans son article déjà cité, J. Dupont écrivait pourtant il y a près de 50 ans : « On n’admet plus aujourd’hui qu’il soit possible de discerner les divers documents qui seraient à la base de la rédaction de la première partie des Actes. Scepticisme sur la question des sources : voilà l’impression d’ensemble »5. Les temps auraient-ils changé ? En vérité, la reconstruction de Boismard-Lamouille est belle mais très fragile.

1 Voir l’ouvrage critique fondamental de M.E. Boismard et A. Lamouille, Les Actes des deux Apôtres, 5 volumes dont 4 déjà parus, Paris Gabalda, 1990-1994.

2 J. Dupont, Études sur les Actes des Apôtres, Coll. Lectio Divina n° 45, Paris, Cerf, 1967, p. 11-121.

3 Voir A. C. Clark, The Acts of the Apostles, Oxford, 1933.

4 Voir l’ouvrage déjà cité de J. Dupont, p. 25.

5 Op. cit. p. 34.

Version 1.0 - septembre 1999
© Copyrights DOMUNI 1999 - Tous droits réservés.

haut SommaireSuivante


sommaire des Sciences Bibliques ] [ sommaire Bibliothèque ]