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Hervé PONSOT, op

L'Église dans les Actes des Apôtres

s. Paul prêchant à Damas, Monastère Visoki Decani,  XIVe s.

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5. L'ESPRIT-SAINT, GUIDE DE L'ÉGLISE

Un coup d'oeil sur une Concordance le montre immédiatement : le plus grand nombre des emplois du terme Esprit-Saint dans le Nouveau Testament se trouve dans les Actes, absolument autant que proportionnellement. Rien d'étonnant après ce qui a été dit déjà : le temps de l'Église, ce temps que veulent décrire les Actes, représente aussi « les derniers temps » qui sont, comme les prophètes l'avaient annoncé, le temps de l'Esprit. Dès lors, l'Esprit est sans cesse présent, de manière directe ou indirecte : on compte 55 emplois explicites.

Comment se manifeste cet Esprit et quelle est son action ? Telles sont les deux questions qui vont maintenant être examinées, en commençant par la seconde dans la mesure où la première a déjà été en partie abordée et qu'il suffira d'y revenir brièvement.

I. Le rôle de l'Esprit-Saint

Un travail tout simple de recension s'impose, en essayant de qualifier chaque emploi :

  • Il préside aux choix : 1,2 ;

  • Il est force de témoignage : 1,8 ; 5,32 ; 6,10 ; 11,28 ;

  • Il éclaire l'Écriture : 1,16 ; 4,25 ; 28,25 ;

  • Il établit communion et unité : 2,4 ;

  • Il est l'objet de la Promesse : 2,33 ; 8,15-19 ; 19, 2-6 ;

  • Il remplit les apôtres, ceux que Dieu a choisis : 4,8.31 ; 6,3.5 ; 7,55 ; 9,17 ; 10,44-47; 11,24 ; 13,9.52 ;

  • Il est le juge du peuple et son représentant: 5,3.9 ; 7,51 ; 8,29.39 ; 10,19 ; 11,12 ; 13,24 ; 15,28 ; 16,1 ; 20,28 ;

  • Il console : 9,31 ;

  • Il avertit : 20,23 ; 21,4.11.

    Certains de ces emplois sont absolument classiques et déjà préparés ou attestés dans l'Ancien Testament que Luc connaît si bien : ainsi, le lien de l'Esprit et de l'Écriture. Certes, il ne s'exprime pas aussi rigoureusement, mais nombreuses néanmoins sont les références à l'activité prophétique exercée sous la motion de l'Esprit : Gn 41,38 ; 2 S. 23,2 ; Is 61,1 ; Ez 11,5 ; Za 7,12. Aussi les paroles des prophètes apparaissent comme « inspirées par l'Esprit », qu'elles soient orales ou non. Luc reprend l'idée classique de l'Esprit comme Esprit de prophétie : cf. Lc 4,23-27 où les paroles et non les actes de puissance sont attribués à l'Esprit

    De même, l'idée que l'Esprit avertit se trouve à la racine de cette conviction exprimée par exemple en Sir 48,12s.24 ou Dn 4,5 ; 5,11 : l'Esprit introduit dans les mystères de l'activité divine.

    Il reste pourtant de nombreux points propres à Luc.

    a) L'Esprit, objet de la Promesse

    Le signe le plus clair en est donné en dehors des Actes en Lc 11,13. Alors que les évangiles parallèles portent « de nombreuses choses » (M. 7,11), Luc parle lui d'Esprit-Saint. Et dans les Actes, il affirme donc explicitement que ce qui est maintenant donné par Dieu aux derniers temps, ce qui constitue donc l'essentiel, c'est l'Esprit-Saint : 2,33 ; 8,15-19 ; 19,2-4. Luc, on l'a déjà dit à plusieurs reprises, s'inscrit tout à fait dans la ligne de Joël 3, qu'il cite d'ailleurs en Ac 2,16-21.

    b) L'Esprit, don permanent

    Dans l'A.T., quand l'Esprit se manifeste, il « saisit » un homme, s'empare de lui et le pousse au témoignage : Gn 41,38 ; Nb 11,17 ; 27,18 ; Is 42,1 ; 61,1. Cette prise de possession est temporaire. Il en va différemment chez Luc et dans les Actes où les élus de Dieu sont des hommes « remplis d'Esprit et de sagesse », et ce de manière permanente : Ac 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3 ; 11,24 ; 13,9.

    c) L'Esprit, guide du peuple

    Ce thème est non .seulement le plus développé dans les Actes, mais certainement aussi le plus original : il est la conséquence directe du précédent. En effet, dans la mesure où l'Esprit-Saint est maintenant, dans ces temps nouveaux, présent en permanence, comme Jésus l'était dans les temps précédents, c'est lui désormais qui « prend les choses en main ». Par moment, on a le sentiment que Luc cherche à lui trouver un médiateur : l'Esprit, dans l'histoire de Philippe (8,29.39) est d'abord l'Ange du Seigneur (8,26) ; mais en fait, la réalité est autre : l'Esprit agit directement (10,19 ; 11,12 etc.), sans que Luc soit très explicite sur les modalités de cette action. Peut-être faut-il attribuer ce « recours aux intermédiaires » à l'influence des sources utilisées par Luc.

    L'Esprit n'agit pas seulement directement sur les individus, mais il est au coeur de la vie communautaire et des décisions prises par la communauté. Ainsi, quand Ananie ment sur la vente de son terrain devant Pierre, c'est à l'Esprit-Saint qu'il ment (cf. 5,3.9) ; et quand, au « concile de Jérusalem », une décision est prise, l'Esprit-Saint y est associé (15,28).

    Dès lors, l'oeuvre communautaire se trouve nouvellement fondée et dotée d'une force irrésistible ; et spécialement l'oeuvre « conciliaire ». C'est Dieu lui-même qui accompagne et guide directement son Église. Pour Luc, il s'agit là d'un élément essentiel qui fonde une décision aussi grave et nouvelle que l'ouverture de la mission vers les païens : c'est là, comme le montre le chapitre 10 dont c'est l'une des fonctions essentielles, l'oeuvre même de Dieu, agie par l'Esprit.

    II. La réception de l'Esprit-Saint

    L'essentiel a déjà été dit sur ce sujet à l'occasion de la discussion sur le baptême. Car, même si les moyens dont Dieu dispose pour transmettre son Esprit ne sauraient être limités, et de fait ne le sont pas (cf. la Pentecôte sur les disciples ou sur les païens), si l'Esprit-Saint paraît parfois lié à l'imposition des mains, il reste que le vecteur « usuel » du don de l'Esprit paraît bien être le baptême : 2,38 ; 19,2.


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