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Fr. Dominique Hermant,
moine bénédictin

Structure littéraire
du "discours communautaire"
de Matthieu 18


© Revue Biblique, 1996, T. 103-1, pp 76-90
pour la version complète (avec les notes) se reporter à l'original


PÉRIODE 2

A (18, 5-6) :
« Et qui accueillera un seul petit-enfant comme celui-ci en mon nom, c'est moi qu'il accueille ;
(// Mc 9, 37a ; // Lc 9, 48a)
/ mais qui sera-cause-de-chute pour un seul de ces petits qui me font-confiance aurait avantage à avoir une meule à âne suspendue autour de son cou et à être englouti au gouffre de la mer. »
(// Mc 9, 42 ; = Lc 17, 2)

B (18, 7)
Quel malheur pour le monde que les causes-de-chute ! Car il est fatal que surviennent des causes-de-chute ; mais quel malheur pour l'homme par-l'intermédiaire-de qui la cause-de-chute survient ! »

(= Lc 17, 1)

C (18, 8-9) :
« Si ta main ou ton pied est cause-de-chute pour toi, coupe-le et jette-le loin de toi ; c'est une-belle-chose pour toi d'entrer dans la vie manchot ou estropié, (plus) que si, ayant deux mains ou deux pieds, tu étais jeté dans le feu éternel.

/ Et si ton oeil est cause-de-chute pour toi, arrache-le et jette-le loin de toi ; c'est une-belle-chose pour toi d'entrer borgne dans la vie, (plus) que si, ayant deux yeux, tu étais jeté dans la Géhenne du feu. »
(repris de Mt 5, 29-30 et // Mc 9, 43-48)

NOTES SUR LA PERIODE 2

1. La première phrase est, comme je le disais ci-dessus, raccrochée par D.-A. à la subdivision précédente, pour l'unique raison qu'elle contient encore le mot petit-enfant (paidion), et que ce mot sera remplacé dans la seconde phrase par le mot petit (mikros), lequel reparaît en 18, 10 et 14. Mais ils sont obligés de reconnaître que la visée du v. 5 est toute différente de celle des vv. 1-4 : il ne s'agit plus de ressembler aux enfants, il s'agit de l'action qu'on exerce sur eux.

2. Pour ma part, je pense que les 2 phrases des vv. 5 et 6 ont été intentionnellement rapprochées et liées par Mt, pour former l'anti-thèse à la fois inattendue et si puissante : Qui accueillera.../ Qui sera-cause-de-chute..., laquelle met en pleine lumière le sens extrêmement profond que Mt entend donner à l'accueil prescrit par Jésus.
Je vois un signe convaincant que c'est bien là ce qu'il voulait dans le fait que, pour obtenir ce résultat, il s dû intervertir les deux phrases 18, 6 et 18, 7, comme le montre la comparaison avec Lc 17, 1-2.

3. Cela dit, le mot paidion forme crochet avec la période 1, et l'expression tôn mikrôn toutôn, en forme un autre avec la période 3, ce qui lie entre elles les 3 premières périodes du Discours. Le basculement de l'une à l'autre locution (analysé fort pertinemment par D.-A.) prend une vigueur encore accrue si elles sont rapprochées dans une même mesure.

4. En constituant ainsi la mesure A, Matthieu y a introduit le thème de la cause-de-chute (skandalon), et celui-ci va servir d'accroche aux mesures B et C, qui le contiennent chacune plusieurs fois. Par là est assurée la cohésion de la période 2. Mais je dois avouer que, en passant successivement de A à B et de B à C, je ne peux m'empêcher d'éprouver comme une impression de dérive ; et celle-ci sera confirmée par l'impression de brusque retour au sujet que donnera 18, 10. La formation d'une période ternaire sur le skandalon a ici prévalu, dans l'esprit du compilateur, sur la logique du développement.

5. Les mesures A et C sont reliées, outre le thème du skandalon, par la symétrie de sens (non marquée dans les mots) entre avoir avantage et c'est une plus belle chose, puis entre être englouti dans le gouffre de la mer et être jeté dans la Géhenne du feu.

© Revue Biblique, 1996, T. 103-1, pp 76-90
pour la version complète (avec les notes) se reporter à l'original
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