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I. L'ENTRÉE EN MATIÈRE

La structure du passage, pris entre deux mentions de déplacement de Marie, est simple : après une introduction donnant les circonstances de la rencontre (v. 39), a lieu la salutation (v. 40-41), suivie de la bénédiction proférée par Élisabeth (v. 42-45). A quoi répond le cantique de Marie (v. 46-55), puis l'évocation de son retour (v. 56). Il est clair que l'accent particulier de l'ensemble porte sur les deux "discours" d'Élisabeth et de Marie.

L'introduction nous livre donc les circonstances préludant à la rencontre. Les commentateurs ont noté depuis longtemps que Marie devait "monter" pour aller chez Élisabeth, laquelle continue donc d'occuper symboliquement la position haute et Marie la basse. Mais on peut se demander ce qui justifie la hâte de Marie, dont Luc ne dit plus rien ensuite : la curiosité ? La désir de partager l'heureux événement qui touche chacune ? Pour Laurentin (p. 197), cette mention s'inscrit dans le dynamisme qui marque tout le texte, et qui est un signe de la présence de l'Esprit.

L'épisode de la salutation est particulièrement intéressant en tant qu'il exprime un transfert : alors que l'on annonce une salutation de Marie à Élisabeth, c'est en fait une salutation de Jésus à Jean-Baptiste qui s'opère, les deux femmes continuant d'occuper le devant de la scène dans la mesure où elles sont parfaitement unies à celui qui est dans leur sein. Et qui remplit Élisabeth de cet Esprit-Saint dont il n'avait pas été fait mention pour elle jusque là. De ce point de vue, il est clair que c'est en tant qu'arches de la présence de Dieu que ces deux femmes jouent un rôle important, et il est légitime, à la suite de Laurentin, d'examiner les contacts éventuels avec ce thème de l'arche et de son transfert en 2 Sm 6. L'examen donne ceci :

2 Sm 6,1.9.11

David se leva

et partit (...)

pour Baala de Juda

pour en faire monter

l'Arche de Dieu

Comment (m'échoit-il)

que l'arche du Seigneur

entre chez moi !

L'Arche du Seigneur

resta

chez Obededom

trois mois

Lc 1,39.43.56

Marie se leva en ces jours

et partit dans la montagne (...)

vers une ville de Juda

(cf. mention de la montagne

ci-dessus)

D'où m'échoit

que la mère de mon Seigneur

vienne chez moi !

Marie

resta

avec elle

environ trois mois

L'enfant n'a pas seulement tressailli dans son sein, mais véritablement bondi : exactement comme David et toute la maison d'Israël dansant devant l'arche ! Le cri est celui de l'exultation.

II. La bénédiction d'Élisabeth

Jésus est à l'origine de toute bénédiction, et il eût paru plus juste qu'Élisabeth commençât sa bénédiction en mentionnant le fruit du sein par lequel Marie elle-même est bénie. Mais on l'a dit, Marie est pour l'heure totalement unie à Jésus, comme l'arche aux tables de la Loi qu'il contient : bénir l'un, c'est bénir l'autre. Cette bénédiction est peut-être inspirée de Jud. 13,18.

Plus extraordinaire apparaît la confession de foi d'Élisabeth qui reconnaît en Marie la mère de son Seigneur : "la plus haute" confesse la dignité plus grande de "la plus basse". Déjà s'amorce le verset 48 : "il a jeté les yeux sur son humble servante". Une telle confession de foi est d'abord le fruit de l'Esprit-Saint qui a inondé Élisabeth et lui donne de parler en vérité ; mais il semble aussi que, déjà, Jean-Baptiste parle par la bouche de sa mère, lui qui confessera que "derrière lui, vient plus fort que lui" (Jn 1,30 ; cf. Lc 3,16). Pour Élisabeth, il y a plus (v. 44) : le tressaillement qu'elle a perçue en son sein était si fort qu'elle l'identifie spontanément à celui d'une joie messianique ; dès lors, le Messie en question est celui qui habite Marie. Et c'est pourquoi elle peut parler d'accomplissement.

Version 1.0 - septembre 1999
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