| Dom Robert LE GALL Les Psaumes dans la Règle de saint Benoît Article extrait de La saveur des Psaumes, au chapitre 1, "Psalmodier avec sagesse" © Editions C.L.D., 2000 (Cet extrait est publié avec l'accord de l'auteur et de l'éditeur. Le lecteur retrouvera le texte complet et les notes, en se procurant l'ouvrage en librairie) |
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Pour saint Benoît, l'Écriture, les Psaumes et les Pères sont liés. En effet, sa Règle, après avoir défini la structure de la vie monastique qu'elle organise (la communauté, la règle et l'abbé aux chapitres 1 à 4) et lui avoir donné sa spiritualité (obéissance, silence et humilité : chapitres 5, 6 et 7), entreprend de mettre en place l'office divin, « uvre » à laquelle rien ne doit être préféré : la substance de cet office est faite de psaumes, à tel point que si l'on s'est levé en retard, on diminuera lectures et répons, mais pas le nombre de psaumes. La vie du moine est habitée par les psaumes et les lectures qu'il écoute à l'office, spécialement à l'office des vigiles (ou des lectures) : « Le temps qui reste après les vigiles sera employé à l'étude du psautier ou des lectures. » De même, le temps qui peut rester libre après le déjeuner permettra de revenir « sur les lectures ou sur les psaumes. » Ces lectures sont d'abord celles qui sont faites au cours de la liturgie : elles sont en premier lieu empruntées à l'Écriture Sainte, tant l'Ancien que le Nouveau Testament, mais aussi aux « commentaires qui en ont été donnés par les Pères catholiques qualifiés pour leur orthodoxie. » La lectio divina est d'abord une auditio divina, s'il est vrai que « née dans et pour la liturgie, l'Écriture ne retrouve toute sa dimension que dans la liturgie. La liturgie n'est pas seulement le lieu de la Parole en ce sens qu'on y entend l'annonce du salut, mais parce que la Parole de Dieu s'y réalise, s'y actualise de façon privilégiée. » Les Pères, commentateurs privilégiés de l'Écriture, ont souvent prononcé leurs explications dans le cadre d'une homélie au cours de la messe, comme ce fut le cas pour les Enarrationes in Psalmos : ils montraient par leur parole comment la Parole s'actualisait pour l'assemblée, pour que l'uvre de Dieu se fasse en elle et en chacun de ses membres. L'Écriture, les Pères et les psaumes : telle est la nourriture quotidienne des moines bénédictins, tant à l'Office qu'à la lectio divina. Si, comme nous le disions en commençant avec le Pseudo-Denys, les psaumes reprennent sous le mode de la louange toute la substance des Écritures, il est clair qu'ils ne sont intelligibles que si l'on fréquente assidûment ces dernières : elles convergent vers les psaumes, et ceux-ci ramènent à elles. La familiarité avec les Pères procure ce sens de l'unité des Écritures, dont la clé reste le mystère du Christ. Les livres liturgiques issus de la réforme du second concile du Vatican nous facilitent cette entrée par les psaumes dans l'intelligence des Écritures que le contact des Pères favorise. Non seulement chaque psaume est pourvu d'un titre qui en condense heureusement le contenu, mais entre le titre et le texte même du psaume, on trouve soit une référence au Nouveau Testament soit une citation d'un Père de l'Église, qui donnent un éclairage christologique à la prière psalmique. Par exemple, le Psaume 66 est intitulé « Hymne de bénédiction » ; il n'est question, en effet, dans ce petit psaume que de Dieu qui bénit et fait grâce à tous les peuples, et de nous qui le bénissons et lui rendons grâce avec toutes les nations ; une phrase des Actes des Apôtres, très proche de la fin de ce livre, donne ensuite l'interprétation : « C'est aux païens que le salut de Dieu a été envoyé. » (28, 28) Le Psaume 3, qui a pour titre « Confiance au milieu des angoisses », est éclairé par le texte suivant de saint Irénée : « Jésus s'est endormi, il s'est relevé du sommeil de la mort, car le Seigneur était son soutien. » Par ces références et avec le don de l'Esprit Saint, on peut plus facilement « avoir du goût » dans l'acte de la psalmodie communautaire. |
© Eds C.L.D., 2000