Les fondements de la morale chrétienne

"J'ai fait la magique étude // du bonheur, que nul n'élude", parole de poète ! Vous avez reconnu Arthur Rimbaud (Pléiade, p. 140).

Si je commence par parler de bonheur, c'est que le mot bonheur est le maître mot de la morale, de toute morale et donc de la morale chrétienne dont je dois vous parler ce soir. Il ne suffit pas de dire le mot. Il faut dire aussi son sens. Là commence toute la difficulté. Pourquoi cette difficulté, sinon parce que le bonheur est chose rare et hélas a déserté la vie de beaucoup ? Aussi nous prendrons comme point de départ, le fait que le bonheur n'est pas donné à beaucoup. Quand il est donné, il est fragile et précaire ; il ne dure pas ; il demande à être conquis. Je vais donc vous parler de la conquête du bonheur.

Le bonheur est un maître mot de l'Evangile. Si certains d'entre vous disent la prière enseignée par Jésus, ils disent : "Père, que ton Règne vienne". Qu'est-ce que le Règne de Dieu, autrement dit son Royaume, sinon que sa volonté se fasse ? Pour parler de la volonté de Dieu, non pas à partir de notre imagination, il faut prendre acte de ce Dieu a fait. Le premier acte de Dieu qui se constate dans l'histoire est d'avoir choisi comme ami Abraham, puis son fils, Isaac et son fils Jacob, le père des douze tribus du peuple Israël. Lorsque ce peuple fut esclave en Egypte, il l'a libéré et mené dans un pays (Israël) où il a pu croître et grandir. Dire "la volonté de Dieu", c'est reconnaître ce que Dieu fait quand il conclut amitié avec son peuple, et le libère de toute servitude intérieure et extérieure. Pour dire que cette volonté est universelle, la Bible commence en présentant comme porche d'entrée une image : l'humanité placée en Eden,un jardin de délice, où tout est parfait. Chercher le bonheur, c'est réaliser ce que Dieu veut en se référant à sa volonté de bonheur qui est exprimée dans le terme d'alliance.

I. L'appel au bonheur et les choix nécessaires

Pour savoir ce qu'est le bonheur, il est commode de voir ceux dont nous disons qu'ils n'ont pas accès au bonheur. Les images qui nous viennent du monde le montrent : ne sont pas heureux ceux qui manquent de ce qui fait l'homme humain : la nourriture, le vêtement, la demeure, le travail, le loisir, la communication avec autrui. Pas de bonheur sans cela ! Est-ce que le bonheur se réduit à cela ? Ce serait aller trop vite que de dire oui, car si le bonheur requiert comme nécessaire les biens que je viens de nommer, il ne s'y réduit pas.

1. L'expérience humaine est paradoxale : trop de nourriture, trop de luxe, trop de travail, trop de loisir, trop de solitude et trop de relations ne rendent pas heureux. Il y a un creux dans la vie qui fait que les biens que l'on consomme ne mènent pas au bonheur.

"Assez vu. La vision s'est rencontrée à tous les airs.

Assez eu. Rumeurs des villes, le soir, et au soleil, et toujours.

Assez connu. Les arrêts de la vie - O rumeurs et Visions !

Départ dans l'affection et le bruit neufs !" (Rimbaud, Illuminations, p. 183)

Pour dire cette expérience, les psychologues distinguent soigneusement entre le désir et le besoin. Le besoin est ce qui vient combler un manque : le pain pour l'affamé, l'eau pour s'assoiffé, le soin pour le malade,... Mais une fois l'eau bue, le pain mangé, le soin reçu,... quelque chose manque que ne vient pas combler un supplément de nourriture, de boisson ou de démonstrations d'affection. Il y a autre chose dans la vie humaine : le désir. Le propre du désir est de n'être jamais rassasié et de ne se satisfaire d'aucun bien de consommation. "Assez vu... Assez eu... Assez connu...", écrivait Rimbaud. Il faut aller plus avant. Il faut aller vers ce qui ne se quantifie pas.

2. Telle est l'énigme de la vie humaine ; elle est en mouvement vers un bonheur que rien ne permet de rassasier dans l'immédiat, car le désir humain porte sur l'infini.

On peut le nier et dire que l'homme est fou de désirer et bâtir en conséquence une morale du consentement à ce qui est fini et limité. Se contenter de ce que l'on a, voire tuer son désir. Mais c'est alors résignation et vie triste et terne. Les religions sont emplies de cette résignation présentée comme la source du bonheur. De fait, à cesser désirer on ne connaît plus le tourment de vivre ou du moins, car il n'est pas possible de ne plus désirer - ce serait mourir - il faut que le désir soit le plus terne possible.

La morale chrétienne, au sens traditionnel du terme, ne suit pas cette voie. Elle reconnaît l'infini du désir et le convertit en désir d'infini. Ce désir d'infini se mesure à un être infini : Dieu. L'horizon de la vie chrétienne est de réaliser sa vie de manière à être à l'image de Dieu. Le message moral de la Bible est résumé par Jésus en ces termes : "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5,47).

Est-ce possible ? Oui, mais il faut donner là quelque explication. En effet, parler de perfection est source d'illusion, si on s'évade de la réalité pour rêver et ignorer ses limites. En effet la condition humaine a des limites. Les connaître, c'est accéder à son humanité. Telle est la situation difficile de la condition humaine : l'homme porte en lui un désir infini et ce désir se trouve placé dans des réalisations finies.

3. Aussi sur cette route, il y a une exigence qui prend la forme de la Loi. Le mot de loi est d'emploi difficile. Il faut l'expliquer

La loi morale est une loi qui exprime la réalité des choses. Dans la nature, les choses ne sont pas données dans le chaos, mais dans l'ordre - et l'on peut, en connaissant les lois, prévoir ce qui viendra et les effets des actes posés. De même en humanité, il y a des exigences inscrites dans la réalité humaine. Si en physique les objets suivent les lois sans les connaître et donc de manière infaillible, en humanité, il n'en va pas de même. On ne peut suivre la loi, si on ne la connaît pas et si on ne veut pas la suivre. Pour cette raison, la morale apparaît par manière de loi prescriptive.

Il faut bien entendre cet aspect. Parce qu'il y a un désir infini et des réalisations particulières, il y a des choix. Pour qu'un choix soit humain, c'est à dire non imposé par contrainte, il doit être une réponse à un appel. Aussi, un mot est au centre de la morale chrétienne qui est fondée sur la Bible, le mot parole. L'homme est un être appelé. Dieu l'appelle au bonheur. Il l'appelle à choisir la voie qui va à la vie ou la voie qui va à la mort. Il y a une morale parce qu'il y des choix à faire.

Cette parole n'est pas seulement une invitation vague, elle marque des limites et des interdits. Pour cette raison, les paroles sont dites par des négations. Contrairement à ce qui est pensé par beaucoup, la formulation négative n'enferme pas. Au contraire ! elle ouvre sur un infini. Dire : " il faut faire comme ceci, comme cela et pas autrement", c'est enfermer. Dire : "Ne fais pas cela", c'est montrer où est la source du malheur et laisser une entière liberté pour faire selon son jugement.

Je prends un exemple : des parents offrent à leur enfant un vélo. Ils lui donnent la possibilité d'aller plus loin, plus vite, de découvrir le monde qui l'entoure et donc de grandir. Mais comme l'enfant est encore inexpérimenté, ils lui interdisent d'aller sur une voie rapide où il risque de se faire écraser. S'ils ne lui disaient rien et si l'enfant se faisait écraser, ils seraient responsables. Les paroles dites par Dieu sont du même ordre. Elles appellent l'homme à la vie. Elles lui donnent un espace d'autonomie et d'initiative. Ce don est confirmé par des interdictions.

Ainsi la Loi donnée par Dieu, parce qu'elle exprime un volonté de bien et de bonheur, donne des interdits. Ils sont bien connus. Il suffit de les dire pour voir qu'elles sont au service de la vie. "Tu ne feras pas de Dieu une idole !Tu ne tueras pas ! Tu ne voleras pas ! Tu ne mentiras pas ! Tu ne prendras par la femme de ton prochain !..." Le malheur du monde (la guerre, la famine, le désespoir,...) atteste que ces paroles montrent un chemin de vie. Elles sont comme des indications de points dangereux sur une route accidentée.

Tous les interdits que l'on appelait jadis dans le catéchisme "les commandements de Dieu" et que la Bible appelle des "paroles" sont le correlât de la volonté de Dieu qui veut que l'humanité arrive au bonheur par un chemin qui soit celui que chacun décide.

II. La liberté et la conscience

Être humain, pleinement humain, telle est l'idéal moral du chrétien. Telle est la volonté de Dieu qui veut que l'homme réalise les richesses de son être. Ce point demande à être explicité, car il est évident que chacun ne peut réaliser à lui seul tout ce que les hommes peuvent faire. Le chemin est singulier et limité. Je ne peux pas tout faire au même moment. Il en va de la vie comme d'un arbre qui grandit. Les premières branches poussées deviendront les branches maîtresses et on ne peut ensuite les modifier. Mais cette image pêche si on la durcit. Car le propre de l'homme est d'être capable de réfléchir et donc d'intérioriser.

1. L'être humain est humain dans la mesure où il possède en lui-même les fondements de son action. Etre humain, c'est agir par soi-même. C'est cela être libre. Le propre de la morale chrétienne est de faire en sorte que le projet de Dieu sur l'homme ne soit pas extérieur à l'homme. Dieu ne veut pas constituer un peuple docile, mais un peuple saint. Ce qui tout autre chose.

Le mot qui dans la Bible exprime ceci est le mot coeur. La Loi donnée par Dieu est faite pour être inscrite dans le coeur, à l'intime de chacun. Le coeur est l'intérieur de la vie de chacun : les convictions, les intuitions, le rapport à autrui libre de toute convoitise.

• La relation à autrui est dite par l'expression "coeur de chair" par opposition à "coeur de pierre". Le coeur de pierre est endurci. Il ne perçoit pas la détresse d'autrui, tout occupé de ses intérêts et avantages. La pierre est le symbole de l'endurcissement sans relation à autrui. Le coeur de pierre est sourd d'une surdité pire que celle des oreilles. Le coeur de chair peut se caractériser par la notion d'ouverture et de vulnérabilité. Ouverture, c'est-à-dire, écouter, entendre, accueillir accepter un point de vue irréductible au sien. La vulnérabilité est le fait d'être touché, ému par autrui, se réjouissant de sa joie et souffrant de sa souffrance.

• La relation à soi-même ou intériorité. la caractéristique de la loi nouvelle est l'opposition entre la lettre et l'esprit. Quand la Loi est extérieure, elle n'est pas encore vraie. Elle blesse. "Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d'Israël une nouvelle alliance. Non pas comme l'alliance que j'ai conclue avec leur pères, le jour où je les pris par la main pour les faire sortir du pays d'Egypte. Voici l'alliance que je conclurai avec la maison d'Israël. Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur coeur" (Jer 31,31-33)

• Le troisième point est la relation à Dieu. Ce ne doit pas être une relation formelle, mais une relation d'amitié et de réciprocité dans la confiance. C'est le sens du mot alliance : Dieu donne son Esprit qui transforme les coeurs.

2. La morale est devenue vraiment chrétienne lorsqu'elle cesse d'être un fardeau qui pèse de l'extérieur, mais lorsqu'elle est devenue une force intérieure, une liberté qui se structure. Cela ne veut pas dire que tout soit facile. Mais la difficulté vient de ce que l'activité et libre et passe par des choix. Ce sont les choix qui nous façonnent. Nous sommes créateurs de ce que nous sommes : nous devenons ce que nous avons choisi d'être. A partir d'un donné premier, nous choisissons et ce choix nous donne notre visage définitif.

• Nous choisissons de vivre. Nous aurions pu mourir ou consentir à notre mort.

• Nous choisissons de grandir, physiquement, affectivement, spirituellement ou intellectuellement.

• Nous choisissons des relations.

• Nous choisissons nos propres activités.

3. Un terme apparaît alors : celui de conscience. La conscience est un élément important de la morale chrétienne. Le terme désigne largement la connaissance de soi. Il désigne en morale une dimension plus particulière, lié au fait que la Loi est générale. Elle vaut pour tous et en toute circonstance.

Elle est générale, aussi il ne suffit pas de connaître la Loi. Il faut une autre connaissance, plus précise, plus particulière, plus circonstanciée. C'est la conscience morale. Ce n'est pas une application de la Loi, mais la connaissance de la situation où doit se prendre une décision. La science porte sur les exigences générales. La conscience porte sur les conditions précises. La conscience juge des éléments où doit se prendre une décision : soi-même, les autres, les conséquences. Par exemple, je dois perfectionner ma connaissance d'une langue vivante et donc mettre en oeuvre un apprentissage qui doit respecter des règles pédagogiques. Mais les règles pédagogiques ne suffisent pas à organiser ma vie en fonction de ce que je suis, de ce que sont les autres autour de moi et des conséquences que cela entraîne. Je peux par exemple aller faire un séjour linguistique à l'étranger, mais ai-je le droit de partir compte tenu de mes finances, de ce que mon absence peut entraîner pour ma famille,... ? Autre exemple, un médecin connaît sa médecine et la thérapie de telle maladie. Mais il ne doit pas donner le même traitement à tous ses patients ; il doit analyser le cas particulier où se trouve le patient. Un tel jugement précis et unique relève de la conscience.

La morale chrétienne dit qu'il faut en toute chose suivre sa conscience. Cela permet de prendre une décision. La conscience n'est pas la décision. Celle-ci demande un engagement de la volonté. Je puis agir selon ma conscience ou l'écarter. Je puis savoir ce qui est bien et ne pas le faire. Je ne veux pas. Telle est ma liberté.

III. Nature et grâce ; le Royaume de Dieu.

La morale est concrète. Elle demande des actes. Or agir ne fait pas seulement changer la situation extérieure. Agir transforme celui qui agit. Physiquement l'entraînement fortifie le corps. Intellectuellement les exercices fortifient l'intelligence. Affectivement les relations justes fortifient la volonté.

1. Dans la morale traditionnelle, on a repris le mot latin virtus (vertu) pour dire l'heureux effet de cette action sur soi-même. Ce sont les qualités personnelles de celui qui devient libre.

Quatre qualités fondamentales ont été systématisés par les philosophes et les moralistes : la force, la tempérance, la justice, la prudence.

1. La force est la qualité d'un être qui ne faiblit pas dans l'adversité et reste ferme dans ses choix. La force n'est pas la dureté ou l'intransigeance, mais la capacité de tenir contre la dispersion, l'usure, la distraction ou la tentation. Le fort n'est pas malléable au gré de l'opinion de la majorité. Il ne pense pas comme pense le dernier bulletin télévisé ou le dernier article du journal. Il pense par lui-même, librement.

2. La tempérance désigne la qualité d'un être qui maîtrise les sollicitations qui lui viennent de l'extérieur : la nourriture, la boisson, le désir sexuel, la consommation d'excitants ou de somnifères,... Est tempérant celui qui sait prendre le plaisir qu'il faut, à la mesure de la vérité de la situation. Est tempérant celui qui use de son corps, de son intelligence et de son coeur de manière libre et assurée.

3. La justice vient de ce que nul n'est seul au monde. Est juste celui qui sait reconnaître autrui comme tel. Il ne le réduit pas à être à son service. Il le respecte pour ce qu'il est ; dans l'échange des services, il sait ce qui est dû à l'autre. Justice se réalise vis-à-vis de tout autre : les hommes, à commencer par les plus proches, mais aussi les lointains, les vivants, la terre, ... En tout le juste reconnaît la vérité d'autrui et l'objectivité des relations.

4. La prudence enfin est la qualité de l'action et de la décision prise au bon moment et pour le mieux.

2. Cette construction de soi par soi se fait aussi dans le domaine de la relation à Dieu.

Un jour Jésus a été abordé par un homme qui lui demanda : "Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle". Le texte de l'Evangile nous dit que Jésus regarda cet homme avec affection, en effet, il venait de dire l'infini de son désir devenu désir de l'infini : la vie éternelle partagée avec Dieu. Jésus lui rappela la Loi : "Tu ne tueras pas, tu ne mentiras pas, tu ne seras pas adultère,..." Cet homme dit qu'il avait fait cela depuis toujours. Aussi Jésus lui dit : "Une seule chose te manque, libère toi de tes biens, donne aux pauvres et viens, suis-moi". La parole de Jésus nous montre qu'au delà des qualités qui sont le fait de toute morale (la force, la maîtrise de soi, la justice, l'action), il est un autre ordre : celui de la relation à Dieu.

La relation à Dieu est libre et volontaire. Elle demande donc à être humaine, fruit d'humanité. Pour cette raison, elle ne grandit que si on le veut et si on ratifie volontairement. Pour cette raison, en morale chrétienne on parle de foi, d'espérance et de charité, comme des actes qui font l'homme plus conforme au projet de Dieu sur lui. Par la foi, il connaît Dieu, par la charité il l'aime, par l'espérance, il l'attend comme son vrai bonheur.

Dieu se donne, il se donne à celui qui l'accueille librement. Il se donne et celui qui le reçoit grandit par lui-même. Un vrai croyant est un homme plus libre et plus humain.

3. La morale chrétienne donne le primat à l'amour. Or l'amour est actif. Dans l'Evangile selon saint Matthieu, la première parole publique de Jésus est celle de bonheur (chap. 5) ; la dernière parole de Jésus est un tableau de la fin des temps (chap. 25). Le Christ ressuscité viendra faire le jugement. Tous sortiront du séjour de la mort et se présenteront devant le Christ-Roi. Il y aura séparation des bons d'avec les méchants. Ce scénario est classique au temps de Jésus. Il n'a rien d'original ; Jésus se contente de le reprendre. Par contre, il y ajoute une nouveauté ; elle concerne le critère du jugement. Il y aura une surprise. Le Christ-roi déclare : "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! J'étais nu et vous m'avez vêtu ; j'étais affamé et vous m'avez nourri ; j'étais malade et vous m'avez soigné, prisonnier et vous m'avez visité, étranger et vous m'avez accueilli !"

En lisant cette liste d'actions, nous pensons aux grands malheurs du monde : famines, sécheresses, guerres et déportations,... Certes ! mais l'immensité de ce malheur et notre propre faiblesse risque de nous décourager ou de servir d'alibi à notre comportement. Il s'agit de tous.

Tout homme en effet naît dans la situation de précarité dite par le texte. Le petit d'homme vient au monde démuni de tout. Si personne ne l'accueille, ne le nomme, ne le nourrit, ne le vêt, ne le soigne et ne le protège, il meurt. Les six actes demandés par Jésus sont universels. Nous en avons été les bénéficiaires. A nous de donner ce que nous avons reçu !

Mais attention à ne pas entendre ces actes dans la seule dimension matérielle, car ce qui fait l'homme c'est la relation. Les six domaines relevés par l'Evangile sont liés à une démarche de rencontre et de parole. Ils déterminent une action qui est une relation. L'homme ne vit pas que de pain, de lait, de soin médicaux, ... il vit de la parole qui les porte et leur donne sens. Il n'y a pas d'un côté le matériel et de l'autre le spirituel ; mais l'un et l'autre mêlés dans un acte qui s'ouvre sur l'infini. L'homme ne vit pas que de pain, aussi Dieu, en même temps qu'il donne les biens matériels (la terre des vivants), donne sa parole, ; elle est dans la Bible et dans l'intime du coeur.

Conclusion

Le maître mot de la morale chrétienne est le mot Parole. La morale est une parole d'appel et d'ouverture. Elle appelle au bonheur et en donne la possibilité. Elle marque des limites et suscite des choix. Plus encore, l'évangile de Jean résume l'action de Jésus en reconnaissant qu'il est la Parole de Dieu, c'est à dire la parfaite expression de Dieu. La Parole (en grec le Logos, en latin le Verbe) s'est faite humaine, un homme, Jésus qui nous permet d'être à l'image de Dieu et d'accéder au bonheur. Ceci est un don. Nous avons pouvoir de l'accepter et de le faire fructifier.

Dernière mise à jour le 4 octobre 1997

>Jean-Michel MALDAMÉ o.p.

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