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Journées
romaines dominicaines 2005 |
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1. Les
musulmans en recherche d'identité 4. Les religions chemin de Dieu ? Incarnation et TrinitéPar Ignace Berten, op La rencontre de l'islam, tout comme celle des grandes religions, nous renvoie à la question de notre identité chrétienne. Un dialogue en vérité suppose que nous nous réinterrogions sur notre propre foi à partir de l'expérience de la rencontre de l'autre, de l'écoute de sa propre expérience spirituelle. En quoi, tout en même temps, cette rencontre nous conduit-elle à réinterpréter certains éléments traditionnels de notre foi, et à nous enraciner davantage dans notre identité chrétienne, c'est-à-dire en ce qui précisément nous différencie de l'autre, tout en reconnaissant ce que nous avons de commun ? Notre relation à l'autre s'est vécue pendant les derniers siècles sous le mode de l'exclusion : « Hors de l'Église (catholique romaine) pas de salut ». Vatican II a officiellement renoncé à cette vision totalitaire et radicalement intolérante. À ce modèle d'exclusion, il a substitué un modèle concentrique : au centre l'Église catholique romaine, qui seule a accès à la totalité de la vérité révélée sur Dieu et sur l'humanité, puis successivement, en cercles de plus en plus éloignés, les Églises orthodoxes et anglicane, les Églises protestantes, les religions monothéistes, les grandes religions universelles, les religions animistes, et enfin le monde agnostique et athée. Et plus on s'éloigne du centre, plus la vérité se dilue, plus il manque une part de vérité. Nous sommes invités à revoir radicalement un tel modèle. Le dialogue des religions nous reconduit au cur même de la foi chrétienne : la foi en Dieu qui, en Jésus, prend figure humaine, se donne réellement en un homme (incarnation), ce Dieu qui en Jésus se révèle, dans son unité et son unicité, comme étant en lui-même relation (Trinité). A. Sur l'incarnationNous avons à prendre radicalement au sérieux l'incarnation : de Jésus nous disons qu'il est vraiment homme et vraiment Fils de Dieu. 1. Vraiment hommeDe cet homme Jésus, nous confessons qu'il est Fils de Dieu. De cet homme : un homme, avec toute la contingence et les limites inhérentes à l'humanité. Par définition, aucun être humain n'est parfait, c'est-à-dire ne réalise en sa propre personne la totalité de ce que peut signifier l'humanité. A fortiori, aucun être humain ne peut révéler en lui-même le tout de Dieu. Dieu est toujours au-delà de toute représentation ou expression, qui elles sont toujours particulières. Pour nous, la vérité de Dieu et la vérité de l'humanité sont de nature eschatologique : la plénitude de cette vérité ne sera offerte que dans le face à face. En Occident en tout cas, nous avons beaucoup trop pensé la révélation en termes intellectuels de vérités (les vérités à croire). Or la révélation est d'un autre ordre : elle est l'expérience du don que Dieu fait de lui-même au croyant. L'aspect cognitif est important, mais la révélation est bien plus que cela. Or, du point de vue cognitif, en raison même de ce qu'implique l'incarnation (c'est-à-dire l'humanité véritable de Jésus), nous pouvons croire et découvrir que d'autre traits du visage de Dieu se révèlent en dehors de Jésus. Tout d'abord, ce simple constat théologique : notre tradition biblique de la création nous dit que l'image de Dieu n'est pas l'homme au sens restrictivement masculin, mais bien l'homme et la femme. Autrement dit, nous devons reconnaître que la femme nous révèle Dieu autrement que l'homme. La Bible fait appel à des images typiquement féminines (le sein, les entrailles...). Christian Duquoc a mis en cause, à juste titre, le développement exagéré de la théologie mariale dans la piété catholique, piété et théologie qui ont eu tendance à quasi projeter Marie au sein de la divinité elle-même (médiatrice, co-rédemptrice ?). Mais peut-être pourrions-nous dire que Marie, comme image symbolique, en son humanité, à côté de celle de Jésus, nous révèle aussi quelque chose du visage de Dieu ? En ce sens, et comme en creux, la piété catholique révèlerait quelque chose du caractère limité de la révélation de Dieu en Jésus. Plus largement, je suis convaincu que l'expérience spirituelle dont témoignent les autres religions, à commencer par l'islam dont nous parlons ici, peut nous révéler des traits de Dieu qui ne se donnent pas dans notre tradition, qui ne sont pas offerts par l'humanité de Jésus. 2. Cet homme est Fils de DieuL'humanité de Jésus, humanité contingente et limitée, et unique tout en même temps, comme celle de toute être humain, révèle de façon particulière et unique quelque chose du mystère de Dieu : la manière d'être et d'agir de Jésus, le rapport spirituel qu'il vit avec Dieu comme Père, rapport dont il témoigne, et sa destinée scellée par l'expérience de Pâques, révèlent pour la première communauté croyante que le Dieu unique est dans son être même relation vivante. Jésus est confessé comme véritable Fils de Dieu, et cette relation de filiation est reconnue comme significative de l'être même de Dieu. Cette filiation lui est donc propre et unique, ontologiquement différente de notre rapport à Dieu comme Père, car « en lui habite la plénitude de la divinité ». Ce rapport constitutif de l'être de Dieu n'est pas accessible à notre langage rationnel : la métaphysique de l'être donne l'illusion de la compréhension. Ce n'est que dans l'acte croyant de louange que Dieu peut être reconnu et confessé comme tel. Ce n'est pas un hasard si les grands textes néotestamentaires qui confessent la divinité de Jésus ont la forme poétique d'hymnes (Prologue de Jean, Philippiens, Colossiens). Le discours sur la filiation ou la divinité de Jésus doit garder ce mouvement et se garder des spéculations abstraites et indiscrètes. 3. La croix : scandale et folieJésus meurt sur la croix, condamné comme un criminel et un impie. Jean dit qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime : sur la croix, Dieu en son Fils aime humainement notre humanité jusqu'à donner sa propre vie. Dieu révèle son amour inconditionnel dans la kénose de la croix. Dans la figure humiliée du condamné, c'est une fois pour toutes (cf. Romains et Hébreux) que Dieu se donne et ouvre notre histoire à la vie, Jésus étant le premier-né d'entre les morts. Ce « une fois pour toutes » signifie bien le caractère universel de l'acte de Dieu en Jésus. Affirmer que, du point de vue de la révélation, Dieu n'a pas dit en Jésus tout ce qu'il avait à nous dire, ne relativise donc pas l'unicité et le caractère décisif et universel de Jésus pour le salut de l'humanité. Pour nous chrétiens, dans le dialogue avec l'islam ou les autres religions, nous sommes appelés à dire notre différence sur la base de cette prise au sérieux de l'incarnation. 2. Mais aussi l'EspritL'Église primitive fait rapidement l'expérience de ce que Dieu, tel qu'il se révèle et se donne en Jésus, prend une triple figure. Non seulement le Père et le Fils, mais aussi l'Esprit. Il y a le point d'appui de la tradition de foi d'Israël, pour laquelle l'Esprit dit l'action de Dieu dans le monde et dans l'histoire, et la liberté de cette action (création, prophètes, y compris des païens...). Et puis l'expérience de l'Esprit dans la communauté, comme guide, inspirateur, initiateur d'imprévu et de nouveauté. Jean dira que l'Esprit nous conduira vers la vérité tout entière : un futur qui n'est jamais totalement accompli. Par l'Esprit, nous accueillons Dieu parlant de façons multiples, dans l'Église mais aussi hors de ses frontières. Les spirituels et les mystiques à travers les âges sont porteurs non seulement d'une parole sur Dieu, mais aussi de paroles de Dieu. De ce point de vue, je ne crois pas que les grandes religions, à la différence des trois religions abrahamiques, ne seraient pas l'expression de la parole de Dieu, mais seulement de l'immense effort des hommes vers Dieu (Christian Duquoc) : je crois qu'en eux et par eux, l'Esprit agit et parle, qu'en eux et par eux Dieu dit aussi parfois de lui-même ce qu'il n'a pas encore dit ailleurs, y compris en Jésus-Christ. La diversité des religions est à la fois souffrance et grâce. Souffrance dans la difficulté de nous comprendre, parfois de nous accepter, souffrance en raison de la violence dont nos rapports ont été marqués dans l'histoire, et parfois encore aujourd'hui. Mais aussi grâce, comme radicale sauvegarde par rapport à la tentation de croire qu'on pourrait posséder de façon exclusive la vérité sur Dieu, alors qu'il s'agit toujours de tendre à nous laisser posséder par elle. Je suis convaincu qu'il y a quelque chose d'irréductible dans cette diversité, qu'elle est portée par des logiques anthropologiques, spirituelles et théologiques différentes. Aucune synthèse n'est possible, ni souhaitable. Certains rêvent d'une sorte de méta-religion, qui serait capable d'englober et de synthétiser ce qu'il y a de vrai dans toutes les religions : je crois que ce serait une terrible menace pour l'humanité, que la tentation totalitaire serait alors meurtrière. De même, j'ose penser que la diversité des Églises chrétiennes, héritière des fractures historiques qui ont été des drames, est aujourd'hui devenue une grâce : elle est signe permanent pour nous de ce que Dieu est au-delà de toutes nos prises, de ce que Jésus dans son mystère est lui-même au-delà de toutes nos prises (heureusement qu'il y a quatre évangiles non synthétisables). Le défi est celui du chemin d'une véritable communion dans la foi et dans la célébration, qui ne gomme pas les différences ni les divergences. Je crois que le dialogue en vérité, dans sa dimension de sympathie et de spiritualité, nous ouvre à d'autres paroles de Dieu, paroles que nous avons à entendre, même si nous ne pouvons pas les intégrer dans notre propre logique de foi. Ce témoignage des autres croyants, dans le dialogue, nous déplace nécessairement, nous conduit ailleurs, sans que nous sachions où ni jusqu'où, et ébranle certaines de nos certitudes. Mais nous ouvre à l'accueil de Dieu qui dépasse toutes nos images, représentations et concepts théologiques ou philosophiques. Ignace Berten op, 22.08.05
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