DOMUNI | Bibliothèque | Science des religions

Frère Jean-Marie MERIGOUX, dominicain

Le visage araméen de l'Église

Visage araméen de l'Eglise, J.M. Mérigoux, op - DOMUNI

Page précédenteimprimer ce document intégralSommaire

3. La pratique de la catholicité

Le Concile de Vatican II, au cours de ses sessions de travail, allait redécouvrir la place éminente de la partie orientale de l'Église catholique. Les nombreuses interventions des Patriarches orientaux furent de la plus grande utilité pour l'Église.

Le pape Jean XXIII, qui connaissait bien l'histoire de l'Église et avait été délégué apostolique en Turquie, fit beaucoup pour faire vivre la dimension orientale de l'Église et la faire respirer à pleins poumons, c'est-à-dire de ses deux poumons. La pratique de ce dialogue et les échanges entre Eglises locales, voici ce qu'est la "pratique de la catholicité".

Jean Paul II a montré que le dialogue était au coeur même de la mission de l'Église et de la vie chrétienne, et selon la belle expression du père Claverie, l'évêque dominicain d'Oran assassiné : « Le dialogue est coeur même de la révélation entre Dieu et l'homme et des hommes entre eux ».

Une belle illustration de cette réalité de l'Église qui a deux poumons nous fut donnée le jour de la messe qui suivit le décès de Jean Paul II. À l'autel, autour du cardinal Sodano, il y avait S.B. le cardinal Moussa Daoud, Patriarche émérite d'Antioche et le cardinal Ratzinger, c'était bien l'Orient et l'Occident !

De même, le jour des funérailles de Jean Paul II, l'Église catholique d'Orient fut fort bien représentée par S.B. Stephanos II et S.B. Grégoire III des grecs catholiques qui chanta l'absoute en arabe selon le rire byzantin.

C'est à la lumière de la « pratique de la catholicité », des échanges entre Eglises locales, qu'il faut peut être comprendre la signification et l'importance des missions dans l'Histoire de l'Église.

Savoir recevoir et savoir donner. Dans l'Église catholique l'Orient donne et reçoit de l'Occident et l'Occident donne et reçoit de l'Orient.

Après 35 ans de vie en Orient, je puis témoigner de la nature orientale de mon Église catholique.

Un catholique occidental doit pouvoir dire : « Mon Église est aussi orientale », et un catholique oriental qu'il soit maronite, arménien, chaldéen, grec, syrien ou copte, doit pouvoir dire : » Mon Église est aussi occidentale ».

Comme catholique occidental je me réjouis que ces visages orientaux du catholicisme soient « miens » : donc partout dans l'Orient catholique je suis spirituellement « chez moi » même si, comme latin je puis être « dépaysé » ici ou là du fait de la langue ou de la diversité des rites eucharistiques auxquels je participe.

C'est au Caire, dans le calme de notre couvent situé au cœ ur d'une ville bruyante, que je me suis mis à raconter ce que j'avais vécu et découvert en Irak, cela à la demande de bien des amis, souvent français mais aussi irakiens, les premiers qui désiraient mieux connaître l'Orient chrétien, les autres voulaient être aidés à se faire connaître de leurs voisins et amis lorsqu'ils vivaient dans des situations souvent difficiles de diaspora.

« Va à Ninive ! », c'est à la fois une citation du dialogue entre le Seigneur et le petit prophète Jonas et l'évocation du dialogue entre les Dominicains avec ce pays d'Irak. Là ils ont beaucoup reçu de leurs frères chrétiens araméens et arabophones et ils leur ont partagé leurs richesses spirituelles de chrétiens latins, tant il est vrai que l'Église est une communion, un lieu perpétuel de dialogue, d'échanges et de missions réciproques entre Eglises locales.

La diaspora araméenne : les migrants évangélisateurs ?

Voici que de nos jours, du fait de la migration des chrétiens d'Orient, ce trésor spirituel qu'est son Orient chrétien se trouve souvent et de plus en plus en Occident. Or l'Orient chrétien est un « lieu théologique » au sens technique du mot, c'est-à-dire une source d'inspiration, de richesses et de révélation pour toute la pensée chrétienne19, c'est donc un apport de qualité pour l'Occident chrétien.

Maintenant que des chrétiens de la Mésopotamie irakienne et de la Mésopotamie turque se trouvent dans les nouveaux mondes occidentaux, c'est peut-être le moment de revivre l'hospitalité au sens de Bethanie ! On est reçu et on donne !

Mais parfois nous rencontrons des difficultés à nous expliquer avec nos frères d'Orient qui ne soupçonnent pas la déchristianisation de l'Occident qu'ils considèrent comme des « terres chrétiennes » et qui dès lors les déçoivent souvent.

Quelques lieux de cette rencontre

Istanbul : La crypte l'église Saint-Antoine, les quartiers Kurtulus, Tarlabasa, Dolapdere et la Caritas.

Sarcelles, près de Paris, l'association Assyro-chaldéenne.

Marseille, La paroisse chaldéenne de Notre-Dame de la Solitude, la cité Corot. L'association de l'Église St Thomas.

Stockholm, 12 000 Chaldéens !

Dans bien des pays encore : Hollande, Belgique, Allemagne, Autriche, États-Unis, Canada, Nouvelle Zélande, Australie...

Le dialogue entre Orient et Occident, à l'école des chrétiens araméens sera-t-il un élément positif pour la nouvelle évangélisation et pour le dialogue interreligieux ?

Concluons sur une intuition du cardinal Roger Etchegaray par laquelle il nous invite à mieux vivre l'universalité de notre Église :

« Les catholiques venus d'Orient - souvent exilés - que nous accueillons sont une grâce pour nous. Eux qui furent les premiers évangélisateurs de l'Occident peuvent redevenir, si nous les écoutons, d'admirables ouvriers d'une nouvelle évangélisation. Mais n'oublions pas que leur première vocation est de s'accrocher à leur terre natale et, dans ce sens, nous devrions les aider avec beaucoup plus d'obstination et de courage pour que le Proche Orient ne se transforme pas en cimetières ou musées chrétiens »20

Conférence donnée à Fribourg, le 18 avril 2005

Fr. Jean-Marie Mérigoux, OP


19 L'encyclique de Jean Paul II, « Orientale lumen ».

20 Va à Ninive, pp. 7-8.


Page précédenteimprimer ce document intégralSommaireHaut de page


version 1.0 - © Copyrights DOMUNI 2005 - tous droits réservés
biblio.domuni.org