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Le 21ème siècle sera religieux,
ou ne sera pas !
Lion's club
fr. Michel Van Aerde op
Aborder un tel sujet est un véritable défi. Il s'agit d'étudier cette sorte de retour du religieux qui se produit au 21ème siècle. Pour cela, il faut rappeler que nous sommes sortis du religieux ! Evoquer l'époque nazi, le communisme soviétique, chinois, vietnamien etc. Rappeler les persécutions religieuses en Amérique Latine (souvenez-vous de ce qu'écrit Rigoberta Menchu, quand les chrétiens doivent enterrer les bibles, parce que le fait d'être chrétien est considéré comme subversif par les dictatures militaires). Il faut évoquer les génocides, celui de l'Arménie, celui des nazis, celui du Cambodge, celui du Rwanda. Il faut se demander comment nous sommes sortis du religieux. Et enfin, alors que nous sommes encore à la recherche de Ben Laden et des leaders d'Al Qaïda, alors que tout est fait dans nos villes, les gares et les aéroports, pour nous défendre des intégristes violents, il me faut vous parler d'un retour du religieux ! Lequel ? Quel religieux ?
A la demande de certains d'entre vous, je me présente en habit dominicain. Si vous aviez invité un bonze, un saddu, un rabbin, vous auriez eu droit au folklore de la tenue vestimentaire. L'habit ne fait pas le moine, mais porter un habit de moine n'empêche pas d'en être un ! Nous verrons si le renouveau religieux qu'annonce Malraux pour le siècle qui commence, sera seulement folklorique ou s'il sera plus profond. C'est aussi le sujet de cette conférence.
Pour donner le ton de la conférence, je voudrais vous raconter un petit détail amusant. Nous sortons des fêtes de fin d'années, où l'on fait grande consommation de chocolat (même dans les couvents !). Et savez-vous le message que j'ai trouvé dans une papillote ? Il pourrait faire le résumé de cette conférence. C'est une citation de Jonathan Swift, l'auteur de Les voyages de Gulliver :
« Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr,
mais pas assez pour nous aimer ! »
Introduction
A. Qui parle ?
Vous avez invité un religieux.
Qu'est-ce que la religion ? Il y a la définition de Cicéron, qui s'appuie sur une étymologie simple : re-legere : collecter l'ensemble des rites et des croyances, faire une uvre de sociologue religieux en quelque sorte.
Il y a la définition, plus exigeante, moins sociologique, de Lucrèce, à partir d'une étymologie différente : re-ligare, au sens de re-lier, avec serment, promesse, obligation.
Il y a enfin l'étymologie de re-legere, comprise différemment de Cicéron, re-legere par opposition à neg-legere : il y a des nég-ligeants, et il y aurait donc par opposition des re-ligeants, ou des exigeants ! Un peu comme pour Cicéron il y aurait des élégants (elegere) et des recueillants, religiants ???
1. Le point de vue d'un chrétien
Il est délicat pour moi de me situer, il me faut essayer.
Vous avez invité un religieux, pas un analyste, un sociologue, un observateur impartial juché à l'extérieur.
Si je ne prends pas partie, si je parle comme un politicien ou un professeur d'université, je ne serai pas moi-même. Je ne serai pas moi-même car je ne suis pas extérieur à ce sujet. Je suis saisi au sens où je ne sais pas si j'ai la foi, ou si plutôt, c'est la foi qui m'a. J'engage ma vie dans ce que je crois et dans ce que je dis, et ainsi je vérifie ce que je crois. Dans ma vie, mes interventions ne sont jamais ` à propos du religieux'. Elles ne sont pas réflexes. Je suis un religieux. La religion, ou plutôt Dieu, je n'en parle pas, j'essaie d'en vivre.
Mais, si je dis ce que je crois, on va me dire partial.
Le discours de l'analyste prétend, lui ne pas être situé, mais n'est-ce pas une illusion ?
2. Y a-t-il un point de vue extérieur, objectif ?
Cet exposé suppose-t-il un regard extérieur ? Si vous répondez Oui, il fallait inviter quelqu'un d'autre, Régis Debray par exemple, une sorte de Malraux-bis, comme lui un révolutionnaire romantique, l'auteur du livre récent : « Dieu, un itinéraire ».
Imaginez que l'on ait demandé à Régis Debray, il y a une vingtaine d'années, alors qu'il venait de sortir des prisons d'Amérique latine, de plancher sur l'avenir de la révolution ... Il aurait été impliqué dans on propos. De même, quand je parle, je me trouve impliqué jusqu'au cou, jusqu'au cur ! Cette affaire, c'est la mienne.
Et pour pousser les paradoxes et la provocation, imaginez qu'à la manière de Malraux, athée et révolutionnaire qui déclare « Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas », moi qui suis religieux et d'un milieu bourgeois, je vous dise : « Le 21ème siècle sera révolutionnaire ou ne sera pas ! »
3. Un dialogue
Je suis engagé dans la foi, et c'est pourquoi je suis sans cesse en dialogue avec les autres religions et avec les incroyants. Dans cet exposé, je dialoguerai constamment avec Malraux et Camus en particulier qui, comme beaucoup d'athées, sont des obsédés de la religion et de la foi !
« Je suis un incroyant convaincu qu'il faut croire » écrit R. Debray. Mais, il le reconnaît explicitement : il parle de ce qu'il ne vit pas, de ce qu'il ne ressent pas, de ce qu'il ne connaît pas... Comme Malraux, d'ailleurs !
« Je n'ai pas de perception de Dieu. J'ai la perception de la façon dont les hommes s'y réfèrent. Je ne suis pas croyant, mais je suis un incroyant convaincu qu'il faut croire ».
4. Ce dialogue est-il actuellement possible de la même façon dans d'autres religions ?
On sait qu'il n'y a pas de place pour les athées dans les pays dits musulmans, mais je me risque à une autre question : Est-ce qu'en terre d'Islam (comme on dit), s'il est convaincu qu'il faut croire, Régis Debray n'aurait pas tout simplement prononcé la profession de foi au Dieu unique ? Il est si simple de prononcer la phrase de l'attestation, la shâhada « Dieu est unique et Mahomet est son prophète ».
Mais nous sommes en France, R. Debray est convaincu qu'il faut croire, tout comme Malraux. Il ne le fait pas (croire). Pourquoi ? (Peut-être y en a-t-il plus d'un dans cette salle qui se trouve en cette situation !)
J'essaie de répondre à cette question : pour Régis Debray comme pour ceux d'entre vous qui se trouvent dans cette situation, la foi, c'est autre chose qu'une simple conviction intellectuelle. La foi, c'est d'un autre ordre, pas seulement intellectuel : une affaire d'expérience, une affaire de cur, une rencontre, une adhésion à quelqu'un que l'on connaît, au sens biblique, au sens humain du mot. La foi n'est pas une conviction, n'est pas un système de pensée, elle n'est pas une idée mais quelque chose que l'on vit, que l'on reçoit et que nos auteurs reconnaissent n'avoir pas reçu, n'avoir pas vécu, qu'ils aimeraient peut être vivre et recevoir. Question ouverte, au cur de la culture chrétienne, mais pas, me semble-t-il dans la culture musulmane.
5. Les religions sont extrêmement hétérogènes
On le voit ici : dire « le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas » , c'est un raccourci qui supposerait que le religieux est homogène. Il y a en fait une telle diversité que l'on risque de poser toutes sortes de questions qui n'ont aucun sens. Pour en donner une idée, le théologien Raimond Pannikar, qui vit à la rencontre de l'hindouisme et du christianisme, explique que certaines questions que l'on se pose parfois sont totalement hors de propos : « c'est comme si l'on se demandait si les concertos brandebourgeois sont jaunes ou bleus ! »
Qu'est-ce que la religion pour un hindou, qu'est-ce que la religion pour un musulman ? Pour un bouddhiste, pour un raélien, cloné ou non ? Puisque le titre est une phrase attribuée à Malraux, il me semble qu'il faut développer cette conférence dans cette référence culturelle, quitte de temps en temps à élargir la perspective en prenant en compte ce qui se passe en d'autres continents. Autrement le sujet serait trop vaste. J'ai vécu cinq ans à 4000 m d'altitudes dans les Andes Péruviennes, j'ai appris le quechua et découvert la culture inca. Il est évident que dans ce contexte culturel là, la phrase de Malraux est déplacée. Elle ne vaut à mon avis ni pour l'Afrique, ni pour l'Asie, ni pour l'Amérique, fut-ce même l'Amérique du Nord. Elle appartient au contexte culturel européen.
B. Qu'est-ce qu'une religion, pour moi ?
Qu'est-ce que c'est, pour moi qui suis religieux, que la religion ? Et c'est ici que l'on peut être surpris : pour moi, la religion n'est pas première, elle est même très seconde par rapport à autre chose, la foi.
1. Une recherche
Ma religion, c'est une rencontre, une recherche, une aimantation, quelque chose qui n'est jamais figé et qui est en permanente évolution, une inquiétude, une source de créativité. Voyez l'incroyable créativité de l'art chrétien et sa diversité de formes, du roman au gothique et de Fra Angelico à Rembrandt ou Rouault. Au plan intellectuel, voyez l'évolution des théories, et ce que l'on appelle le développement du dogme dont le dernier est de 1950, justement à la moitié du 20ème siècle. Au plan social et de l'organisation humaine, voyez la multiplicité des ordres et des congrégations. Au plan culturel, ce sont les monastères qui ont permis la continuité de la culture, par les grandes bibliothèques et l'enseignement qui s'y est transmis de génération en génération, ce que l'Islam n'a pas connu. La religion chrétienne est quelque chose qui évolue, qui est vivant.
2. Une relation
Comment la définir ? Comme une relation à Celui qui est pour moi et pour ceux qui partagent la même foi, le Dieu vivant. Il s'agit d'une relation de confiance totale, il s'agit d'un amour, d'une réciprocité, d'une communion. Cette foi conduit au baptême. Le baptême n'est pas une purification, un nettoyage... mais un don de soi à Celui qui s'est lui-même donné jusqu'à son dernier souffle. Le baptême est une plongée dans la mort-résurrection du Christ, une mort à soi-même, pour vivre en Celui qui est mort et ressuscité pour nous. C'est l'aboutissement et le point culminant de l'Alliance dans une pleine réciprocité. « qui vous accueille, m'accueille, qui vous écoute, m'écoute ». « Comme le Père m'a aimé, moi aussi, je vous ai aimés » « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous ai envoyés ». Le Christ s'identifie, il fait corps avec ceux qui croient en lui. A Saül de Tarse, quand il persécute les chrétiens, avant sa conversion, le Christ apparaît dans une lumière aveuglante et comme Paul lui demande « Qui es-tu, Seigneur », il répond : « Je suis Celui que tu persécutes ».
3. Mon credo
Puisque nous allons parler de la révolte contre Dieu et de l'athéisme, je précise que je n'ai pas peur de Dieu. Je le respecte mais je n'ai pas peur de lui. Il n'est pas pour moi une limite à ma liberté, il est la source de ma liberté. Il est le père de mes audaces, celui qui me donne l'inspiration des actes les plus fous et les plus beaux que je peux poser. Il est pour moi l'amour, Dieu un et trois, unité dans la diversité, archétype et modèle de toute communauté. Je le connais dans cette relation de confiance et de clarté, par Jésus-Christ qui me donne accès à son Père dans le dynamisme de l'Esprit, L'Esprit qui est la relation même, le don par excellence, c'est à dire le don de se donner. Tout est dit, tout est accompli, une fois pour toutes dans la mort du Fils assassiné et dans sa résurrection, comme premier né d'entre les morts et prémisses de l'humanité. L'amour est allé jusqu'au bout, il s'est offert sans conditions, il s'est dit dans le pardon proclamé sans limite et pour tous. Cet amour là est plus fort que tout. Dieu est amour !
4. Foi et religion
On peut se poser la question de savoir si cette foi là, la foi chrétienne, est une religion. Le Christ répond à la Samaritaine qui l'interroge sur la religion juive et sur celle des samaritains : « Femme, ce n'est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, qu'il faut adorer, mais en esprit et en vérité. » Il a fallu attendre trois siècles pour que le christianisme soit considéré comme une religion. Les premiers chrétiens étaient martyrisés pour cause d'athéisme « je suis athée de tous vos faux dieux ! » s'écrie un père de l'Église.
La foi chrétienne ne se confond pas avec une religion mais elle ne peut pas vivre à l'état pur, comme culturellement désincarnée, sans s'exprimer dans une religion, c'est à dire un ensemble de rites, de repères, d'attitudes et de croyances communes, qui peuvent avoir une grande diversité suivant les cultures et les pays. La foi n'est pas une religion mais elle ne peut pas se vivre indépendamment d'une religion.
Je ne peux pas détailler trop cette partie de mon exposé. Nous pourrons y revenir dans le débat si vous le souhaitez, mais vous voyez par là ce qui fait l'âme d'une religion vivante, ce qui en fait le feu, ce qui la rend créatrice et en renouvellement incessant. Il ne faut pas s'arrêter à certaines formes religieuses comme si elles étaient sorties toutes faites d'un congélateur. Une religion congelée, c'est l'intégrisme, nous y reviendrons plus loin. Un intégrisme, c'est une religion figée, une religion qui a perdu son âme : une religion sans la foi.
C. Qui parle ? Malraux
« Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas »
1. Malraux a-t-il prononcé cette phrase ?
Qu'en est-il de cette phrase de Malraux ? L'a-t-il vraiment prononcée ? Et sous quelle forme ? On trouve souvent citée une variante : « Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas ». D'autres utilisent l'adjectif `mystique'.
On l'a recherchée dans ses livres et ses interviews. Aux dernières nouvelles, la matrice de cette phrase date de près d'un demi-siècle. En 1955, un journaliste danois l'interroge : « Une foi religieuse ou une croyance dans des êtres ou puissances en dehors de la vie terrestre est-elle indispensable pour la création d'une morale ou le maintien d'une morale ? (...) Serait-il vrai que seul un sentiment de dévouement à quelque chose au-dessus et au-delà de l'être humain puisse créer les conditions de tolérance et de compréhension entre les hommes ? »
En réponse, Malraux se lance dans une de ces superbes envolées dont il a le secret :
« La civilisation moderne, la civilisation du siècle des machines, tente de rationaliser le problème moral ; elle a substitué un fantôme aux profondes notions de l'homme qu'avaient élaboré les grandes religions. Or la science ne tend pas à une notion de l'homme mais à la connaissance du cosmos ». C'est là pour Malraux « la plus terrible menace qu'ait connue l'humanité ».
Il conclut cette interview par cette phrase : « Je pense que la tâche du prochain siècle va être d'y réintégrer les dieux »1 Dans les années suivantes, Malraux reprend cette antienne : « Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas »..
2. Quelques questions se trouvent sous-entendues dans l'affirmation de Malraux
1. Une bonne nouvelle
Est-ce que je peux soupçonner pourquoi vous avez choisi cette phrase de Malraux ?
1° Vous me direz si je me trompe mais je présume que vous l'entendez tout d'abord comme quelque chose qui sonne juste.
Elle dit que, sans une authentique ouverture à la transcendance, ce monde va devenir irrespirable et que le « progrès » finira comme un cauchemar. Ce que dit Malraux sonne juste et nous révèle une nécessité.
2° Ensuite, vous l'entendez comme une bonne nouvelle, quelque chose de rassurant, et pas seulement pour le 21ème siècle : comme quelque chose de sage et d'important. Le 21ème siècle sera, et il sera religieux.
2. Que s'est-il passé ?
Alors, nouvelle question : que s'est-il passé ? Que s'est-il passé pour que nous en soyons là ? Que s'est-il passé pour que nous découvrions, seulement au 21ème siècle, qu'il faudrait un peu de religieux ? Qu'il en faudrait, sinon nous risquons de n'être pas, de n'être plus !
Sinon quoi ? Sinon, c'est l'autodestruction, la fin, la mort, l'absurde, la nuit, le néant.
3. Une erreur à réparer ?
Quand Malraux parle, il ne parle pas comme un professeur qui cherche à se faire comprendre et qui argumente pour démontrer. Mais il parle plutôt comme un prophète. Il lance des phrases qui parlent on ne sait où, qui disent quelque chose qui va au-delà des mots, qui ne cherchent pas à se prouver, à se démontrer, qui sonnent comme des avertissements. Vous comprenez ou vous ne comprenez pas. Vous comprenez éventuellement qu'il n'y a rien à comprendre. Il se passe de toute démonstration. Il s'agit de ces vérités qui sont à recevoir ou à laisser. « Si vous ne m'entendez pas, a-t-il dit un jour, vos enfants, eux, m'écouteront ! » Quelle prétention ! En fait, on pourrait dire qu'il touche l'inconscient. Il nous faudrait une psychanalyse collective pour analyser la trame de notre triste histoire, voir par quelle brisure de la conscience, nous avons pu cesser d'être religieux, pourquoi nous en avons aujourd'hui la nostalgie, comment aussi nous avons vécu et vivons encore de terribles cauchemars...
D. Une psychanalyse collective serait nécessaire
1. L'inconscient biblique
Pour faire ce que j'appelais une psychanalyse collective, Malraux étudie l'évolution de l'art mondial. C'est une approche extrêmement intéressante parce que l'art permet l'expression de l'inconscient. Je complète cette analyse de l'art avec celle de la littérature, en écoutant cette fois Albert Camus, dans son ouvrage L'homme révolté.
Comme ce titre l'indique, la sortie de la religion se produit comme un effort pour s'affranchir et se libérer d'une dimension pourtant essentielle, constitutive et structurante. Il se produit une « brisure de la conscience », dit Malraux, « révolte métaphysique », dit Camus et il y aura un « retour du refoulé », écrit le philosophe Maurice Clavel.
L'humanité est malade, ce qui est refoulé va s'investir sous des formes pathologiques d'une violence extrême.
A sa manière, Camus réfléchit en des termes théologiques. Il y a là quelque chose qui entre en consonance avec le mythe de Prométhée quand celui-ci dérobe le feu aux dieux, et avec la théorie chrétienne du péché originel. A l'étude de l'inconscient, s'ajoute ainsi une étude de la volonté, les deux exprimant un désir des hommes à la fois d'être dieu et, comme il le précise, d'être dieux `tout seuls'. On se rappelle alors la phrase du livre de la Genèse, où le serpent parle à l'homme, insinuant que Dieu est son rival, qu'il veut garder pour lui seul ses prérogatives. « Vous ne mourrez pas, mais vous serez comme des dieux ». Mais, je le dis tout de suite, il s'agit, comme le dira Nietzsche d'une volonté de puissance. Rien à voir avec le Dieu chrétien et la révélation scandaleuse d'un homme-dieu en agonie sur une croix.
2. Le Dieu refoulé dans la conscience
Il y a donc un abîme entre le vrai visage de Dieu (pour moi révélé en Jésus-Christ) et ses représentations.
Nous allons suivre le chemin qu'a parcouru notre culture occidentale. Mais dès maintenant, je précise qu'il s'agit là d'un malentendu fatal. On se trouve devant « le » malentendu fondamental et structurant, qui n'est pas seulement aux origines, avec Adam et Eve mais qui se trouve à chaque instant. Car le Dieu chrétien ne veut rien se réserver pour lui-même, il cherche à tout partager, y compris sa condition divine. Il ne nous propose pas seulement d'être `comme', il nous propose de partager sa vie. « Dieu s'est fait homme, écrit saint Irénée de Lyon, pour que l'homme devienne Dieu ».
Qu'entend-on par Dieu ? Toute la question est là ! S'il s'agit d'un potentat qui cherche des êtres soumis, il nous étouffe et limite notre liberté. S'il s'agit d'un père qui se réjouit de nos progrès et qui éveille notre liberté, il aspire seulement à être reconnu et à faire alliance avec nous pour nous communiquer sa vie. « Dieu est amour » écrit saint Jean. Mais que savons-nous de l'amour ? « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » dit Jésus de Nazareth. Il donne sa vie pour rendre crédible son message de partage et de pardon. « L'homme ne cède que sous le poids de l'extrême humiliation de Dieu » écrit saint Maxime le Confesseur. Le Dieu chrétien est un Dieu vaincu, mais son amour est vainqueur de toute forme de haine et de mort. C'est en cela qu'il est tout puissant. Mais la résurrection du Christ est d'une extrême discrétion.
3. Le Dieu enfoui socialement
Il est rare de rencontrer une représentation de Dieu libérée de toute caricature, car il y a un abîme entre la foi vivante et la religion majoritaire d'une société.
Il n'y a pas que des saint François d'Assise ! Lorsque nous parlons du 20ème siècle et que nous analysons les évolutions culturelles, nous nous trouvons devant l'ampleur et l'inertie d'une religion, davantage marquée par les dérives sociologiques que par le témoignage des mystiques.
Le père Kolbe, Edith Stein font peu de poids face au nazisme.
« Le pape, combien de divisions ? » demande Staline.
Mais nous voici au 21ème siècle. Nous savons que le nazisme a été vaincu. Le mur de Berlin s'est effondré. « Qui l'eût cru ? Qui l'eût dit ? »
Pour comprendre les grands mouvements culturels qui nous portent et nous conditionnent, nous allons évoquer la grande cassure qui a plongé une bonne partie de l'humanité dans l'athéisme et la barbarie.
1 Notre Histoire octobre 2001
  
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