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Cours de Science des religions : l'Islam --- Auteur : Fr. Jacques Jomier op


2 - Les cinq piliers de l’Islam

Les obligations religieuses du musulman comprennent cinq obligations principales. La liste qui les fournit est appelée « les cinq piliers de l’Islam ». Tout musulman adulte, libre, capable de ses actes, y est astreint sous certaines conditions de pureté légale, de possibilité matérielle d’exécution ou de circonstances politiques.

Les cinq piliers sont les suivants :

1. Proclamation de l’unité de Dieu et du caractère prophétique de Mohammad (la shahâda). Notez qu’il ne s’agit pas seulement d’y croire pour le musulman, mais bien d’en témoigner, de le proclamer. L’Islam est une religion missionnaire ; nombreux sont les musulmans qui ont le souci de convertir ceux avec lesquels ils vivent.

2. L’obligation de réciter les cinq prières rituelles quotidiennes (çalâh). Ces prières doivent se dire :

- peu après l’aube ;

- aussitôt après le midi solaire ;

- au milieu de l’après-midi ;

- aussitôt après le coucher de soleil ;

- au début de la nuit noire.

Tout adulte en état de pureté rituelle est tenu à les dire (une musulmane ne priera pas à certains jours de son mois, ni au moment des naissances). D’où la performance d’ablutions avant la prière lorsque l’on a rompu la pureté rituelle (aller aux toilettes, dormir, lâcher un vent) et surtout d’ablutions spéciales pour les impuretés majeures (relations sexuelles, émissions, etc…).

La prière se fait sur un sol pur ( l’emploi du tapis de prière) face à la Mekke, ou à la Kaaba si l’on est à la Mekke, en symbole d’unité. Elle comporte la récitation à plusieurs reprises de la prière fondamentale de l’Islam ou fâtiha dont voici le texte :

« Au nom de Dieu, très bon et miséricordieux,

Louanges soient à Dieu, Seigneur de l’Univers, très bon et miséricordieux.

Souverain du Jour du Jugement,

C’est Toi seul que nous adorons,

Toi seul dont nous demandons l’aide.

Guide-nous sur la voie droite, la voie de ceux à qui Tu as donné tes bienfaits, qui ne sont ni l’objet de ton courroux, ni les égarés.

Amen. »

(Coran, chapitre 1)

Le fidèle récite également quelques versets coraniques de son choix. Enfin toute une série d’inclinations, de prostrations – pour signifier que l’homme n’est rien en face de son Seigneur, qu’il adore et dont il proclame la grandeur : « Allahu Akbar » répète-t-il plusieurs fois, spécialement lorsqu’il se prosterne le front contre terre : « Dieu seul est grand ».

Ces prières se font généralement en privé. C’est seulement le vendredi à midi et le matin des deux grandes fêtes de l’année que les hommes ont l’obligation de se rendre à la mosquée, où le Coran est chanté et où un sermon est prononcé en plus de la récitation de la prière. Tout musulman compétent peut diriger la prière commune, mais une femme ne dirigera que la prière de femmes – car un homme ne prie pas sous la direction d’une femme. L’Islam ne comporte aucun sacerdoce, mais seulement un corps social, sorte de clergé professionnel, marqué par les études religieuses et la connaissance du Coran. La pratique de la prière, même si tous ne s’y conforment pas, est une des forces de la communauté musulmane. Les musulmans sont un peuple qui prie, et qui estime ceux qui prient. Un des reproches faits par les musulmans aux chrétiens occidentaux est qu’ils ne prient pas.

Dans l’Islam, le pardon est demandé individuellement à Dieu qui pardonne directement sans intermédiaires. Le musulman refuse farouchement tout intermédiaire : d’où son opposition au dogme chrétien. La place du Christ dans la foi et le culte chrétiens lui semble un empiètement sur les droits de Dieu : l’Islam refuse l’incarnation, la croix, la rédemption, aussi bien que l’Eglise, et l’ordre sacramentel. En un sens, le protestantisme lui semble un début de retour vers la doctrine du Christ qui, selon eux, était un Islam avant la lettre. Les protestants pour eux ont le seul tort de ne pas aller assez loin.

Dans les confréries musulmanes, l’autorité reconnue aux chefs de confréries comme directeurs spirituels a été et est toujours une pomme de discorde entre musulmans de stricte observance et ceux qu’attire un approfondissement de leur foi.

3. L’impôt de bienfaisance ou aumône rituelle (Zaka). Il s’agissait d’une sorte de dîme que le musulman acquittait aux débuts de l’Islam, et qui alimentait une caisse de bienfaisance. Plus tard, ce rôle social fut assumé par les impôts de l’Etat moderne et complété par des dons privés. Les musulmans fondamentalistes voudraient rétablir la zaka.

Un texte coranique prévoit que cette somme, payée par les musulmans, doit revenir aux catégories suivantes de musulmans :

- les pauvres à aider ;

- ceux qui sont dans le besoin ;

- le personnel chargé de la perception de ces fonds ;

- les « cœurs ralliés », c’est à dire ceux que l’on veut attirer à l’Islam, ou des convertis à affermir dans leur foi (politique de fonds secrets) ;

- les esclaves musulmans à racheter ;

- les débiteurs musulmans écrasés de dettes et que l’on aide à s’en sortir ;

- les guerriers de la guerre sainte se trouvant dans des situations matérielles pénibles ;

- le voyageur coupé de ses ressources, et qui a besoin d’aide (cf. Coran 9, 60).

La zaka ne supprime pas l’aumône privée, elle la complète. L’Islam insiste beaucoup sur l’aumône, et spécialement l’aide aux pauvres et aux orphelins : Mohammad ne fut-il pas orphelin pendant son enfance ? (cf. Coran 93, 6-11). Un mot du Coran est très fort ; les musulmans aiment le rappeler pour justifier les lois sociales : les pauvres, y est-il écrit, ont un « droit » sur les biens des riches. L’Islam rappelle que la richesse crée des obligations, et que l’homme n’est pas libre de faire uniquement ce qu’il veut de son argent.

4. Le jeûne de Ramadan. On notera que, parmi les cinq piliers, trois concernent des obligations de base, celles-là même dont Jésus parle dans le Sermon sur la Montagne, pour demander qu’on les accomplisse pour Dieu seul et non pas pour un intérêt humain : prière, aumône, et jeûne.

Le jeûne demandé par l’Islam est celui d’un mois lunaire, le neuvième de l’année musulmane. On y jeûne sans aucun jour d’interruption, de la fin de la nuit noire au coucher du soleil, ne faisant rien entrer dans le corps par aucune des extrémités du tube digestif, ni nourriture, ni boisson, ni eau, ni fumée de tabac. Pas de relations sexuelles durant les heures de jeûne. On discute sur la licéité ou la non-licéité des vaccins, des piqûres médicales, etc…

Le jeûne d’un mois lunaire, sans aucun jour de rémission, est d’un type inconnu dans le christianisme : il rappelle celui que pratiquaient les manichéens, ainsi qu’une secte baptiste mal connue, les Sabéens.

Le mois de ramadan a une importance toute spéciale dans la vie sociale de l’Islam. C’est un mois de maîtrise de soi, d’obéissance en vue du pardon et de la pureté du cœur, mois durant lequel la faim rappelle aux riches l’existence des pauvres, donc mois d’aumônes et de bonté. C’est le mois de la révélation du Coran, mois de prières spéciales et de récitations du Coran, suivies de sermons et de conférences religieuses. Le repas de la rupture de jeûne, après le coucher du soleil, est pris souvent en famille.

Il arrive que des chrétiens invitent leurs amis musulmans pour un tel repas de rupture de jeûne. Ramadan est ainsi un mois de relations sociales et de veillées. Un mois d’unité pour la communauté qui vit au coude à coude, avec les mêmes horaires, les mêmes gestes. Le travail s’en ressent, ainsi que la production, mais le sentiment de force, de cohésion de la communauté marque les musulmans pour le reste de l’année. Radio et télévision ont des programmes spéciaux ; la grande presse consacre souvent au ramadan une page particulière chaque jour.

Le jeûne commence lorsque le mince croissant de la nouvelle lune de ramadan a été aperçu par des témoins patentés. Jadis, on ne le voyait pas toujours. Aujourd’hui, avec les liaisons radio, il est rare qu’on ne l’ait pas vu quelque part dans le monde ; et, sinon, l’on s’appuiera en fait sur le calcul astronomique – dont on n’a pas encore admis la légitimité, purement et simplement. En théorie, si l’on n’a pas vu le croissant de la nouvelle lune au soir du 29ème jour du mois lunaire, on décrète que le mois aura trente jours, et ramadan commencera le surlendemain. La fin de ramadan se détermine de la même façon. Cette manière de fixer les débuts des mois lunaires était également courante dans le judaïsme, jusqu’à l’époque de Saadia Gaon qui fit accepter le principe du calcul astronomique.

Plusieurs jours de fêtes avec visites et congratulations marquent le début du mois suivant : c’est le ‘id al-fitr, fête de la « rupture du jeûne ». Il serait bon que les chrétiens félicitent leurs amis musulmans à cette occasion, et leur rendent visite.

Les prédicateurs insistent sur le pardon et la réconciliation entre musulmans brouillés à l’occasion des fêtes.

Une aumône spéciale, la zakat al-fitr, est donnée à l’occasion de la fête – pour que tous soient en mesure de se réjouir ; elle peut être donnée à des non-musulmans.

5. Le pèlerinage à la Mekke. Une des pratiques qui rappellent à la nation musulmane sa force, et la regroupent autour d’affirmations monothéistes dans le cadre même où elle apparut, il y a quatorze siècles, est le pèlerinage à la Mekke. Obligatoire une fois dans la vie pour le musulman adulte, libre, sain, d’esprit et de corps, qui possède les ressources voulues pour le voyage et l’entretien de sa famille durant son absence, le pèlerinage est le grand « Pardon » qui remet tous les péchés s’il est bien fait.

Accompli à la Mekke et dans les environs à une époque déterminée de l’année (le douzième mois de l’année lunaire), il comporte un certain nombre d’obligations qui rappellent les exigences bibliques ou sémitiques en face du sacré. Comme jadis les Israélites se rendant à Jérusalem en pèlerinage (en hagg dit la Bible en hébreu) trois fois par an, ainsi le musulman fait le hagg (c’est le même mot en arabe) à la Mekke, qui pour lui est la nouvelle Jérusalem, une fois dans sa vie.

Des conditions de pureté légale, un habit spécial (visible sur les photos des pélerins), des interdits (sexuels ou du système pileux, ne pas tuer de vie animale ou humaine, etc…), sept fois le tour de la Kaaba, sept courses (quatre allers, trois retours) entre deux buttes en souvenir d’Agar affolée, croyant mourir avec son fils dans le désert (Gn 21, 14-16), une station commune de toute la masse des pélerins le 9 du mois de Dhul Hijja (un million de pélerins au moins depuis quelques années) dans le désert du mont Arafat, puis à Mouna, près de la Mekke, deux jours de station avec les sacrifices (en souvenir du bélier sacrifié par Abraham à la place de son fils), et lapidation de stèles symbolisant le démon.

Pendant ce temps, la foule scande avec lenteur et ferveur – au point d’en avoir la voix tout enrouée le soir : « Nous voici ! O Dieu, nous voici, Tu n’as pas d’associés. Nous voici ! La louange, les bienfaits t’appartiennent, et l’empire ! Tu n’as pas d’associés ! » Et l’on rappelle également dans d’autres invocations que Dieu a donné la victoire à Mohammad et à ses compagnons.

Les pélerins complètent souvent leur voyage par une visite au tombeau de Mohammad, enterré dans la mosquée de Médine. Ceux dont l’itinéraire de retour passait près de Jérusalem (avant l’occupation de la ville arabe par les Israéliens) aimaient faire le détour et aller prier à la mosquée al-Aqsa, sur l’esplanade de l’ancien Temple.

Au retour, les pélerins qui ont prié pour tous les leurs rapportent de menus cadeaux pour les uns et les autres. Ils seront à l’arrivée accueillis et fêtés de façon inoubliable.


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