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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op


      Article 4 — La joie est-elle une vertu ?

Annotation

1. La joie ne demande pas un autre habitus que celui de l'amour dont elle procède ; si cet amour est une vertu, la joie en sera un acte, en quelque sorte terminal, mais un acte de cette vertu. En disant que la joie n'est pas une vertu, nous voulons seulement dire qu'elle n'est pas une vertu différente de la charité, elle n'exige pas un autre habitus ; c'est la charité même qui est la vertu dont elle est un acte.

[141] Il suit de là que la joie surnaturelle dont nous parlons n'est pas une affection plus ou moins involontaire qu'on éprouve ou qu'on n'éprouve pas ; elle est un sentiment qui se cultive, dans lequel il faut s'entretenir et qu'au besoin on commence par s'impérer. L'exigence que la charité en contient déjà est manifestée en outre par le précepte : « Gaudete in Domino semper ». Il n'est pas facultatif et réservé aux seuls contemplatifs de se réjouir des joies de Dieu, de sa grandeur, de son bien, c'est connaturel à la charité la plus humble, quoique le cœur s'y prête encore mal s'il n'est pas suffisamment purifié et dominé par la charité.

2. Parallèlement à la joie, il y a une certaine tristesse qui est aussi un acte dérivé de la charité et ne demande pas un autre habitus : c'est celle qui porte sur le mal opposé à la charité. La seule vertu de charité suffit à ces diverses affections.

Par contre, comme le souligne 1'ad primum et comme nous le verrons mieux dans la prochaine section de notre traité, la mauvaise tristesse est un vice spécial, ou plutôt une attitude vicieuse qui se particularise en plusieurs vices. Elle consiste à s'attrister, non pas du mal opposé à la charité, mais de la charité elle-même et des biens surnaturels comme si c'étaient des maux pour nous. C'est ainsi qu'il y aura une tristesse du bien de Dieu, l'acedia ; une tristesse du bien au prochain, l'envie. Et ce sont là des habitus vicieux distincts parce que l'amour dont ces tristesses procèdent n'est pas un habitus particulier : c'est l'amour naturel de soi, mais désordonné et perverti.

Nous verrons aussi à la question 30 qu'il y a une tristesse spéciale, mais plus précise et plus complexe à la fois, qui demande un habitus distinct, fruit immédiat de la charité : la miséricorde. Et dans la Tertia Pars, au traité des Sacrements, vous verrez encore une tristesse surnaturelle qui est aussi une vertu spéciale : la pénitence, douleur des péchés qu'on a commis. La tristesse nous apparaîtra ainsi plus exigeante que la joie, pour ce qui est de requérir, en certains cas, un habitus distinct. C'est qu'elle est aussi plus éloignée de l'amour, et quand elle se précise tout à fait à un objet, celui-ci prend, par rapport à celui de l'amour, cette autonomie qu'il est un mal. Dans sa généralité l'amour suffit à faire qu'on le déplore et qu'on le combatte ; mais prendre tel mal précis comme objet de lutte, c'est développer une activité qui procède de l'amour, mais qui est beaucoup plus particulière et spécialisée.


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