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Cours de théologie morale : la Charité --- Auteur : P. Michel LABOURDETTE op
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Introduction Le péché qui s'oppose universellement à la dilection, soit de Dieu soit du prochain, est la haine, qui peut également se porter sur l'un et sur l'autre. 1. La haine est le mouvement affectif inverse de l'amour, non pas la seule absence d'amour, mais le mouvement positif de détestation du mal. Comme, par l'amour, l'appétit s'adapte au bien en un acte de complaisance, de même, par la haine, il s'adapte pour ainsi dire à ce qui est présenté comme mauvais, par un acte de détestation. La haine a donc, en un sens, et par manière d'envers, une universalité semblable à celle de l'amour ; nous la trouvons partout où il y a appétit et amour, toujours selon les différences caractéristiques de ces divers appétits : naturel ou élicite, élicite sensible ou spirituel. S. Thomas l'étudie au traité des passions, I-II, 29. 2. De même que nous distinguons l'amour de convoitise qui, comme tel, se termine à une chose, et l'amour d'amitié qui, comme tel, se termine à une personne, nous distinguerons aussi dans la haine (cf. Cajetan in I-II, 29, 1 et II-III, 34, 2) : a) un « odium abominationis » qui porte précisément sur un mal considéré comme une chose qu'on veut écarter de soi ; b) un « odium inimicitiae » qui porte précisément sur une personne à qui on veut du mal. Le premier type de haine se formule par le « nole aliquid » (sibi vel amico) ; le deuxième type de haine se formule : « velle malum alicui » (normalement à un autre : inimico ; mais il y a un sens où on se hait soi-même en se voulant un bien apparent, qui est un vrai mal) 3. Ces distinctions sont parallèles à celles que nous avons faites pour l'amour ; et de même faut-il faire une remarque analogue : elles s'entendent formellement. On peut aimer une personne comme une chose si en réalité on la réfère au bien d'une autre et sous l'aspect précis où on l'aime ainsi ; on pourra de même haïr une personne comme une chose si on la déteste précisément comme nuisible à soi ou à son ami. Haïr une personne comme personne, c'est lui vouloir du mal à elle. [170] Mais il y a cette différence que l'amour étant un sentiment premier, en lui tout est amour ; au contraire la haine est un sentiment second et dérivé, causé par l'amour et, par suite, toujours mélangé d'amour, non pour son objet et sous le même aspect, mais pour quelqu'un. On ne peut haïr que si l'on aime, au moins soi-même. On n'abomine un mal que parce que l'on aime la personne qu'il peut atteindre ; on ne déteste une personne que parce qu'elle s'oppose ou paraît s'opposer à un bien voulu à soi-même ou à un ami. 4. Dans la question présente, nous restons sur le plan théologal. Toute haine humaine, bien entendu, ne se situe pas sur ce plan, mais nous étudions ici un vice opposé à la charité en son acte premier, la dilection. Et comme la dilection embrasse Dieu et le prochain, la haine qui s'oppose à la charité, pourra aussi se porter sur l'un ou l'autre objet. D'où six articles : A - la haine de Dieu est-elle possible ? : a. 1 est-elle le plus grand des péchés ? : a. 2 B - la haine du prochain est-elle un péché ? : a. 3 le plus grand de ceux qui concernent le prochain ? : a. 4 C - rapports du péché de haine avec les autres est-ce un vice capital ? : a. 5 provient-il de l'envie ? : a. 6 |