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maison s'est mise à trembler sous l'effet d'un souffle violent.
Des langues de feu sont même apparues. Mais ce n'était pas
des lances flammes, ni des paillotes corses ni un bombardement de l'Otan !
Ce feu ne brûlait pas pour diviser les éléments,
réduire tout en poussière, à néant. Ce feu
n'apportait pas la mort, il apportait la Vie ! Ce feu ne dévorait
pas les meubles ni les chairs : il ne divisait pas, il unissait !
Comme une évidence lumineuse, intérieure, il faisait voir
et favorisait la communication entre les gens. Ce feu déliait les
langues et réchauffait les curs. C'était au sens propre
comme au sens figuré un « enthousiasme »1,
un enthousiasme délirant, un enthousiasme divin, prodigieux, irrésistible
et contagieux.
C'était la Pentecôte, le Souffle vivifiant
de l'amour vainqueur ! L'irruption d'une vie plus forte que la mort,
plus forte que les divisions ! Une « communication »,
plus encore une « communion », par delà la
haine et par delà le désespoir. Disons-le clairement :
c'était une nouvelle création !
La « Ruah Eloim » qui couvait jadis
les eaux primordiales pour en faire éclore le sec... l'Esprit de
prophétie qui s'était emparé du peuple choisi sous
les yeux d'un Moïse heureux, exultant... la colombe naïve qui
désignait le Messie ruisselant de lumière au sortir des
eaux troubles du Jourdain... prenait possession d'un peuple nouveau. Elle
transformait des disciples craintifs en apôtres de plein vent. Elle
leur insufflait le courage fou de ceux qui n'ont plus rien à perdre
car ils ont tout gagné par ce Jésus qui, en leur nom, avait
déjà tout donné et déjà « tout
accompli ».
La Pentecôte, c'est à tout moment !
A l'opposé des guerres humaines, la paix nous est déjà
donnée, la victoire est assurée : ne nous restent à
mener que des batailles modestes, à l'avance déjà
gagnées même s'il y faut encore un peu de temps car l'histoire
se poursuit. Nos petites craintes sont effacées, évaporées
nos misérables peurs : le soleil s'est levé, l'homme
peut se déplier, sortir de l'ombre, s'élancer depuis les
cénacles fermés, prendre son envergure d'image de Dieu.
Avec le Christ, nous sommes tous fils et filles du Dieu vivant !
On nous traitera de fous, peut-être de drogués
ou simplement d'alcoolisés ? Mais qui est fou ? Qui est
« allumé » ? Les 20 siècles qui
nous séparent de la première étincelle, loin d'avoir
circonscrit l'incendie, lui ont ouvert des espaces infinis. Par delà
les déserts et par delà les océans, d'un continent
à l'autre, le feu de Dieu est passé à des terres
jadis insoupçonnées, à des langues inconnues, et
jusqu'aux lieux les plus reculés ! Les 20 siècles qui
nous séparent de la première étincelle, loin de l'avoir
soufflée, lui ont permis de pénétrer en profondeur,
l'ont conduite au cur des cultures, des savoirs et des civilisations.
Qui ne s'est senti touché par ce « feu
de Dieu », qu'il connaisse ou non clairement l'Incendiaire qui
l'a allumé ? Qui n'a compris plus ou moins consciemment qu'il
n'est de véritable unité que dans la diversité ?
Il n'est de vraie communication, que dans le partage
commun de la même expérience fondamentale d'une commune humanité,
unie dans sa reconnaissance du Père, source de toute vie et de
toute liberté. Il n'y a pas d'avenir en dehors du pardon et celui-ci,
en Jésus condamné, torturé et ressuscité nous
a été définitivement manifesté. Il n'y a pas
de sécurité véritable sans désarmement et
le plus fort, c'est Lui qui s'y est risqué le premier. Il n'y a
pas d'autre voie pour aimer que faire confiance, s'appuyer sur la foi
et y croire malgré tout. Aimer, ou comme on dit « avoir
un faible pour quelqu'un, c'est bien accepter cette radicale vulnérabilité.
Certes il faudra du temps, beaucoup de temps, pour que
ce que certains esprits rapides, certains mystiques et grands saints ont
compris soit enfin perçu collectivement par les peuples et les
nations : l'Europe comme telle, l'Amérique, l'Afrique, l'Asie.
Il n'y a d'autre voie pour trouver son authentique identité que
l'oubli de soi, l'abandon des masques, des personnages et des fonctions,
il n'y a pas d'autre chemin que se perdre de vue tout entier pour se trouver
dans le regard aimant de Celui qui nous a voulus et qui nous a aimés
à en mourir, à en ressusciter !
La logique de Jésus, le message évangélique,
la bonne nouvelle aux nations, est là, de plus en plus clair, noir
sur blanc dans nos journaux et même progressivement dans tous nos
règlements, non plus seulement comme chemin individuel de salut
mais bien maintenant comme condition collective de survie, tout simplement.
Le reste n'est qu'illusion, court terme piège et frustration.
Il s'agit de donner corps à cette vague immense
de résurrection qui nous ouvre les yeux, les oreilles et le cur.
Il s'agit de donner corps à cet élan prodigieux qui traverse
les siècles pour nous emmener au cur d'un Dieu lui même
communauté. Il s'agit de donner corps à cette vie qui aspire
à se communiquer. Il s'agit de jeter tout notre bois mort dans
ce feu vivifiant pour que le monde renaisse et soit transfiguré.
Ne laissons rien de côté. Ne mesurons pas notre générosité.
Car ce qui est économisé sera dévalué, ce
qui est conservé par devers soi sera perdu. Ce qui n'est pas saisi
par ce feu paradoxal sera consumé. La vie est dans le don. Un homme
est mort et il était Dieu, il est vivant et nous sommes divinisés.
Le cadeau qu'il nous fait, c'est de vivre de son Esprit et ce cadeau là,
n'est autre que le don. Le don de quoi ? Le don de pouvoir se donner !
La maison peut trembler puisque le monde est secoué.
Les pouvoirs peuvent frissonner puisqu'ils sont démasqués :
provisoires, illusoires, dérisoires ! Les grands prêtres
en tout genre ne sont que des pantins. Le politique n'est pas un absolu :
César n'est pas Dieu !
Sentir battre en son cur la simple et belle reconnaissance
d'un enfant perdu pour son Père retrouvé, sentir au fond
de soi l'assurance de cette alliance intime, renouvelée, définitive,
fait de nous des hommes libres, dignes et fiers : capables de tout
car finalement l'échec n'existe pas, l'amour triomphera toujours,
le tombeau de Jésus restera vide, à tout jamais !
Alors surgit la communauté. Une communauté
d'hommes et de femmes tellement transformés qu'on peut dire qu'ils
sont comme renés, nés de nouveau, mis à neuf pour
de vrai, plénitude de vie, de partage et de communion. Voici la
communauté nouvelle, l'Eglise rajeunie, l'épouse magnifique,
parée pour les noces de Dieu et de l'humanité.
La fête a commencé, libérons-nous
des vieilles peaux, de tout ce qui retient, entrons dans la danse, dans
la ronde des vivants. C'est une fête contagieuse, une joie pleine
et mûre nous a saisis, que rien ne pourra jamais arrêter,
un enthousiasme du feu de Dieu !
Fr. Michel Van Aerde op
1
Enthousiasme, étymologiquement en theos, en Dieu !
maj
18.05.2005
Droits d'auteur : © Michel VAN
AERDE - Domuni - 2005
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à titre non commercial. Toute diffusion, sous quelque forme que
ce soit, devra être obligatoirement être accompagnée
de la mention suivante :
- Source : Domuni, article de Michel VAN AERDE, Messages du temps pascal,
www.domuni.org, 2005
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