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Le 9 mai 2005 : Pour le dimanche de Pentecôte |
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Jn 14, 15-21
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Le mystère de l'ascension de Jésus est un sujet bien délicat car il utilise une symbolique qui n'est guère plus en correspondance avec notre vision du cosmos. Dans quelle planète Jésus serait-il allé, comment penser ce phénomène ascendant ? Nous proposons ci-dessous deux homélies très différentes entre elles et qui encouragent à penser de manière renouvelée la réalité que nous célébrons. L'ascension du nouvel ElieFr. Michel Van Aerde op Pour nous le jour s'est levé ! Les espoirs inexprimés que nous portons confusément se sont concrétisés au-delà, plus loin, plus haut que nous ne pouvions l'imaginer : Christ est venu, Christ a vaincu ! L'immense effort de l'humanité vient d'aboutir : Christ a détruit la division, la haine, le péché ! Une fois pour toutes1 Christ a vaincu la mort ! Tout est accompli, parachevé ! L'histoire est scellée, stabilisée, fixée ; Christ est Seigneur ! On n'ira jamais plus loin, on ne fera jamais mieux ! Le soleil est au plus haut, voici l'été, la plénitude des temps ! Comme l'éclair jaillit de l'Orient à l'Occident : l'omniprésence de Dieu va éclater soudainement et sa plénitude sera toute en tous ! Le Royaume de Dieu ! Enfin. *** Pourtant les disciples sont nerveux. Ils attendent cette
grande réalisation du Dieu Vivant, mais rien ne vient. Le Ressuscité
répond à leurs questions par quelques mots difficiles puis
il disparaît... C'est alors que deux émissaires apportent
un message stupéfiant : « Christ est vainqueur,
mais ne soyez pas béats, continuez le combat ! »2.
Ce message, les apôtres n'ont toujours pas fini de le méditer.
Il exprime à merveille cette perplexité qui habite notre
foi : Comment comprendre cela ? Ces paradoxes font question ! S'il est vrai de dire que cet entre-deux est un temps de patience pour que le monde en son entier soit rassemblé par la prédication de l'Evangile3, il est plus vrai encore que ce décalage, ce vide, cette absence forment l'espace de résonance où peut retentir, dans les graves, la profonde signification de la messianité de Jésus. Car l'éloignement du Ressuscité ranime en nous le souvenir de la vie humaine de Jésus4. La gloire de la Résurrection n'efface pas la réalité de la Croix. La Passion n'était pas une péripétie banale, un mauvais cauchemar, un simple souvenir qu'il suffirait d'oublier. La Passion était et restera toujours, le chemin logique et, l'on pourrait presque dire, obligé5. Le triomphe de Jésus ne doit pas défigurer la souveraineté, la maîtrise, la seigneurie qui se manifestent sur la Croix. Le vainqueur, c'est le Crucifié et il ne faudrait pas imaginer sa victoire de façon à restaurer insidieusement ce vieil ordre mondain qu'il est venu détruire, qu'il est venu renverser, qu'il est venu enflammer ! La nature de Dieu se montre sur la Croix et c'est sous cette forme-là, avec ces moyens-là et dans ce style-là que le Ressuscité attire tout à Lui6. Dès lors vous le comprenez bien nous ne sommes pas dispensés de suivre le même chemin. Sa victoire à Lui ne confisque aucun de nos propres combats. La Croix marque l'histoire jusqu'à la fin : le corps ressuscité est un corps stigmatisé. Jésus n'est pas un super-man, il n'a pas vaincu la mort par magie, mais parce qu'en agissant selon l'amour du Dieu vivant, il en a recueilli l'énergie active dans sa Résurrection. Dans notre monde d'égoïsme, Jésus est mort par qu'il était trop vivant ! Il est notre résurrection parce que, toute sa vie, il affrontait notre mort et la prenait sur lui. Sa victoire justifie sa pratique de tous les jours et manifeste la fécondité de son combat, elle prouve qu'il disait vrai. Mais comme la liberté ne peut pas être vécue par personne interposée, aujourd'hui, Jésus s'efface et nous laisse avancer. *** Voilà tout ce que nous apprend l'Ascension, mystère de haute volée, qui nous dépasse un peu ! C'est pourquoi les Evangiles et les Epîtres7 l'expriment à leur manière, de façon multiple et diversifiée. Les récits ne concordent pas car les détails importent peu mais ils convergent dans leur mouvement général et ce qu'ils visent est essentiel. Luc a pris le parti de présenter Jésus comme un nouvel Elie, ce grand prophète prestigieux que l'on disait monté au ciel et qui devait réapparaître dans l'histoire d'Israël, lorsque viendraient les derniers temps.... Nombre de traits et d'épisodes du destin de Jésus Christ, s'expliquent par ce parallèle, ce souci de montrer que Jésus vient accomplir les faits, les gestes, la mission de cet Elie tant attendu. L'ascension s'inscrit donc dans le courant de l'Evangile depuis le jour où Jésus durcit son visage pour `monter' résolument vers Jérusalem car il pressent l'approche de son enlèvement8. Par trois fois, un disciple lui dit : « je te suivrai partout, partout où tu iras ! »9 Mais Jésus l'avertit10 : « Les oiseaux du ciel ont des nids, les renards des tanières, le Fils de l'Homme, lui, n'a pas où reposer la tête ! » Tu veux saluer ton père et lui dire « au revoir », laisse-donc les morts enterrer leurs morts ! » « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière est incapable du Royaume de Dieu ! »11. Il faut un engagement radical, comme celui d'Elisée qui brûle sa charrue et ses douze paires de b ufs. Seul un engagement sans retour est assez fort pour tenir jusqu'au bout, jusqu'au point où s'arrête le chemin. Au terme du parcours12 voici Elie au bord du fleuve, à la fin de sa vie, il frappe les eaux de son manteau roulé, comme avec un bâton. Elie reprend le geste de Moïse, au franchissement de la mer rouge et du Jourdain13. Je sais que c'est la Pâque : le passage dans les eaux de la mort, ces mêmes eaux du Jourdain où Jésus fut plongé14, où il prit sur lui les péchés que le peuple y avait lavés, au temps où Jean baptisait. L'Ancien Testament s'illumine de la lumière du Nouveau ! Parvenu sur l'autre rive, aux jours de la Résurrection, j'entends la prière du disciple et la réponse de son maître : « si tu me vois quand je serai enlevé d'auprès de toi, mon esprit te sera donné, sinon cela ne sera pas »15. Apprenant aujourd'hui que les disciples ont vu Jésus au moment de son enlèvement, je suis sûr qu'ils vont recevoir l'héritage promis. L'Esprit de prophétie viendra sur eux, il les enveloppera comme le manteau de feu qui recouvrit Elisée, quand il reçut l'Esprit du prophète Elie. *** Pâque, l'Ascension et la Pentecôte ne forment
donc qu'une fête unique, une seule joie ! Frère Michel Van Aerde, op Une nouvelle voiefr. Michel Van Aerde op Il y a deux aspects dans cette ascension que nous célébrons
: *** Je reprends le premier point : la glorification
de Jésus. Quand on aime quelqu'un, on s'intéresse à
ce qui lui arrive personnellement et pas seulement aux conséquences
qui en découlent pour soi. L'épître aux hébreux parle en images : « A travers le voile, c'est-à-dire dans sa chair, Jésus a inauguré une voie nouvelle et vivante »17 « Une voie nouvelle et vivante », c'est le langage de l'alpinisme, pas étonnant pour une « ascension ». Imaginez l'humanité bloquée dans la paroi, inexpérimentée, ne sachant par où passer, ne pouvant ni reculer, ni avancer : des hommes perdus ! Un guide les rejoint, il prend la tête, il les précède au sommet ! C'est gagné, ils sont sauvés ! Les conséquences pour nous, les voici : Tout cela se dit bien sûr à travers des images et si vous préférez l'univers marin à celui de la montagne, on peut essayer ! Suivant l'épître aux hébreux : « notre espérance est pour nous comme une ancre de l'âme, bien fermement fixée, qui pénètre au delà du voile, là où est entré pour nous en précurseur, Jésus, devenu grand prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech18. Ici l'image maritime se mêle à l'image du Temple et la seconde image vient heureusement corriger la première car si l'ancre permet de tenir, il faut éviter de la rejoindre au fond... Le voile du Temple, lui, peut en revanche être franchi pour accéder au « Saint des Saints », en la présence de Dieu. Vous l'avez compris, l'Ascension de Jésus ne correspond pas tout à fait à un départ en fusée Ariane ou en hélicoptère... Il y a là tout un monde symbolique qu'il faut savoir considérer comme tel, et analyser, si l'on ne veut pas en rester à la simple matérialité des faits rapportés. Leur représentation naïve a, certes, nourri la foi des chrétiens pendant des siècles mais le concile Vatican II nous appelle bien à considérer « les genres littéraires ». Il est clair qu'ici l'ascension du prophète Elie a fourni un modèle pour notre récit. *** Je voudrais maintenant insister sur mon deuxième point, le départ de Jésus avec tout ce qu'il signifie pour ses amis. La parole des anges est claire : la relation au Ressuscité doit entrer dans une phase nouvelle. Le Christ est désormais absent physiquement. En termes psychologiques, il faut que les disciples fassent un travail de deuil, qu'ils aillent retrouver leurs activités. C'est net, il faut qu'ils se débrouillent, tout comme s'ils étaient seuls : qu'ils fassent preuve d'initiative et de responsabilité. « Livrés à eux-mêmes » comme on dit, ils ont perdu le guide qui marchait devant eux ; Il ne leur est plus possible d'écouter ses paroles ni de suivre ses pas. La relation au Ressuscité doit se vivre dans la foi, sans le support de la vue. Elle ne se vit plus dans l'évidence et dans l'extériorité, mais dans l'intériorité de l'intuition. L'Ascension de Jésus est placée entre la mort-résurrection et l'envoi de l'Esprit. Celui-ci est vivement attendu et l'on ressent le manque qu'il va combler. J'ai dit qu'il s'agit d'un départ. Jésus est perdu de vue. « Perdu », oui, et j'ai parlé d'un deuil. Structurellement, pour nous, l'ascension fonctionne comme le Vendredi Saint. Elle crée une rupture, une séparation. Cette séparation n'est pas ici le fait du refus des hommes ni de leur cruauté. Elle fait partie du projet de Dieu ! Elle correspond à son accomplissement plénier. La Pentecôte viendra combler le vide qui s'est créé, comme la Résurrection répondait à la déroute du Vendredi Saint. Mais on ne revient jamais à une situation antérieure, chaque fois est franchi un pas important. C'est un mortel qui est crucifié, mais c'est un Christ glorifié que les apparitions pascales font rencontrer. Dans l'Ascension, c'est le guide qui disparaît pour toujours et c'est un guide intérieur que la Pentecôte va communiquer, un guide intérieur qui va rendre actifs en personnalisant les apôtres, amenés à s'organiser, qui va faire d'eux des disciples adultes dans leur foi et reliés entre eux. *** Il est clair que l'événement pascal n'est qu'un seul et unique mystère, une seule et même réalité que l'on approche par étapes sous différents aspects : la mort de Jésus et son départ, le don du dernier souffle et celui de l'Esprit. Chaque évangéliste en parle différemment pour nous faire comprendre à sa manière ce qu'il a perçu. Le Crucifié est le premier-né d'entre les morts. Il nous précède auprès du Père. Son départ et le don de l'Esprit font naître l'Eglise à toutes ses responsabilités dans une impressionnante autonomie. Frère Michel Van Aerde, op 9 On peut voir un parallèle très étroit entre la démarche d'Elie et les réactions de ses proches 2 R. 2,2 et celle de Jésus en relation avec ses disciples, dans Luc. maj
18.05.2005
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AERDE - Domuni - 2005 |