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Je ferai deux remarques : les tentations de Jésus portent sur des objectifs excellents et l'on voit qu'être tenté n'est pas un péché. Les objectifs sont bons, la manière de les obtenir ne l'est pas. La tentation est celle de la facilité, de l'impatience, du pouvoir immédiat, en un mot, celle de la toute-puissance. C'est vouloir fonctionner comme « superman », différent de l'homme courant. La tentation est celle d'échapper à la condition humaine ! Jésus a ressenti cette tension à chaque instant de sa vie publique et la tentation lui est souvent suggérée par ses disciples. Devant le mauvais accueil d'un village, certains n'hésitent pas à lui rappeler l'attitude d'Elie qui avait envoyé le feu du ciel le consumer. Cette méthode ne demande aujourd'hui aucun miracle et nous savons que, même doués d'une « précision chirurgicale », les bombardements sont de plus en plus terrifiants. Mis à part les vendeurs du Temple, Jésus n'a jamais frappé personne. La tentation pourrait être de se protéger. Quand Jésus est arrêté, Pierre bondit avec son épée. Il n'a toujours pas compris qu'il se met en travers du chemin et que Jésus doit démasquer le piège en lui disant : « Arrière, Satan ! » Pierre rêve d'un messie triomphant facilement. Si nous relisons le récit de la Genèse, nous voyons qu'Adam et Eve, c'est-à-dire nous tous, l'homme en général, vivons en permanence ce même désir : cesser d'être des hommes pour devenir « comme des dieux ». Depuis Prométhée jusqu'à nos jours, en passant par la tour de Babel qui cherche à unir la terre et le ciel, c'est le même mouvement : échapper à l'humaine condition. Certes il n'est nullement mauvais de déplacer les limites, il n'y a rien de mal à descendre en parachute, à faire de l'agriculture hors sol etc. La tentation se présente toujours comme quelque chose de bon mais elle nous piège parce que derrière elle, ou dans la manière de l'obtenir, se trouve un vice caché, quelque mensonge, une perversité. Désirer partager la vie divine est excellent, si bon que « le Verbe s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu » ! Il fait tout et plus encore, pour nous permettre d'y accéder. Il nous est bon de partager la vie de Dieu mais le chemin que nous propose le tentateur est mauvais. Il est pervers et conduit au contraire de ce qui est annoncé : au lieu de la vie, il s'agit de la violence et de la mort. Le couple devient un espace d'affrontement. Si Adam et Eve se prennent chacun pour un petit dieu, ils entrent en conflit. Si l'homme veut dominer la terre sans la respecter, le travail du sol devient aliénant. Si les parents veulent se reproduire en leurs enfants au lieu d'enfanter de jeunes libertés, cet amour captatif entraîne une mise au monde douloureuse. Si les frères sont jaloux, ils deviennent assassins... Pourquoi tout cela ? Où se trouve la perversion ? Où se trouve l'action de Satan, qui fait qu'en cherchant la vie, on aboutit à la mort, qu'en ayant des buts excellents, on aboutisse à la jalousie et à la destruction ? En insistant sur l'interdit et en le généralisant, comme si, du fait qu'un seul fruit est interdit, tous les autres le sont, Satan introduit une rivalité entre l'homme et Dieu. Il introduit un doute sur la bonté de Dieu. Il faut alors se faire « comme dieu » contre Dieu, se mettre à sa place pour le remplacer. Or, supprimer la différence entre l'autre et moi, c'est supprimer la relation et d'une certaine façon le tuer symboliquement. Me faire Dieu, c'est l'exclure, le supprimer tel qu'il est. Une fois perdue l'image du vrai Dieu, l'homme s'en fait une représentation faussée. Et le cercle est vicieux... Les empereurs de l'Antiquité se représentaient divinisés. L'idéal est perverti et l'homme est désorienté, littéralement perdu. Il se rêve tout-puissant, insensible, sans limite, autosuffisant, unique, seul... Affronté à la présence des autres, il est inévitable qu'il les perçoive comme des rivaux et qu'il soit tenté par l'homicide ou l'oppression. Le Christ, dépassant les tentations, nous révèle la vérité de l'homme. Il accepte le manque, les délais, la frustration, exactement l'inverse de la toute-puissance ! La condition humaine n'est pas celle d'un magicien. Jésus nous révèle aussi en lui-même la vérité de Dieu : il n'est pas cette caricature d'empereur que nous imaginons. Dieu est communauté, Trinité, réciprocité, dépendance dans l'amour. Dieu est capable de souffrir pour l'homme. Il n'est en rien campé dans l'autosuffisance ni dans l'autojustification. Dieu est relation, il est amour, et il n'a d'autre désir que de permettre à l'homme d'entrer dans cette même relation, cette amitié où rien n'est caché, où tout est mis en commun. Dieu cherche à se communiquer, par son souffle, par son Esprit, par tout lui-même. De cela nous sommes capables, depuis le début, parce que nous sommes créés à son image. Tout est inscrit, au plus profond de nous, en espérance, en creux. maj
18.05.2005
Droits d'auteur : © Michel VAN
AERDE - Domuni - 2005 |