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Michel Van Aerde, dominicainDes cendres aux langues de Feu
Messages pour le temps pascal
  par Michel VAN AERDE, dominicain
Le buisson ardent, Chagall

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2e dimanche de Carême, 20 février 2005

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Comme toute montagne, la transfiguration de Jésus présente deux versants, l'obscur et l'ensoleillé : la révélation et la nuée, la parole et le secret, la lumière et la nuit, des disciples qui ont été choisis mais qui sont effrayés et endormis. Le côté lumineux convient à la grande fête de la Transfiguration, l'été. Le côté nébuleux convient pour le Carême, il correspond à notre recherche confuse de Dieu. Les deux versants de la montagne se rejoignent sur le même sommet.

Cette révélation paradoxale est tout à fait dans le style de Jésus : il se révèle au moment où il disparaît. Il se sauve quand on veut le faire roi. Il se cache quand on commence à l'apprécier. « Où est-il celui que mon cœur aime ? Je l'ai cherché et ne l'ai pas trouvé !» Il survient quand on ne l'attend plus, au Temple ou au coin de la rue, près de la fontaine, chez un riche ou à la table d'un pécheur. Il marche incognito entre les désespérés d'Emmaüs.

Il s'agit de pudeur plutôt que de retrait. Sa discrétion n'est pas de la réserve, il se donne tout entier. Elle n'est pas non plus un effacement : qui pourrait gommer son empreinte dans notre cœur ? Il y a beaucoup d'aveux dans ses questions : « Pierre, m'aimes-tu ? », beaucoup de présence dans son absence, beaucoup d'insistance dans ses silences !

***

La foi perçoit, dans la nuit la plus épaisse et même au fond du désespoir, au moment de la clôture du caveau, que tout n'est pas encore joué. La foi atteint et parvient à toucher le Ressuscité, plus sûrement que la main de Thomas dans le côté ouvert. La foi, sous des apparences contraires, reconnaît qui est, mystérieusement, cet homme affamé, ce pauvre, nu, en prison, malade ou étranger. Il est ce même corps, cette même Personne, ce même Vivant qui, au jour dernier, nous reconnaîtra ou non, nous accueillera ou non, suivant que nous l'aurons secouru, ou non... Car il est là et nulle part ailleurs, le seul véritable sacré !

Pas besoin de préciser que le disciple du Christ, pas plus que son maître, ne se reconnaît à des signes extérieurs mais à ses choix dans l'épaisseur de la vie. Le spirituel pur n'existe pas, il est une respiration de la vie globale, sa musique ou son parfum. En fait, rien n'est parfaitement clair. Le caché se montre, mais de manière à n'être vu que de ceux qui savent voir.

Pierre, Jacques et Jean sont choisis. Ils n'ont pas idéalisé leur récit. Qu'est-ce que la Transfiguration pour eux, sinon l'obscurité de la nuit, la fatigue qui les endort, la nuée qui rend toutes choses floues, le brouillard menaçant et rempli d'inconnu, la peur qui les fait plonger à terre ? Finalement, cette transfiguration doit rester secrète. Silence sur un fait constaté mais qui n'est pas encore compris, qui n'est pas encore assumé ! Caillou dans la gorge qui empêche de parler parce qu'on n'a pas encore les mots, les clés, les idées pour apprivoiser le fait, et le faire sien.

Quelque chose de difficilement assimilable, presque scandaleux.

Moïse et Elie parlaient avec Jésus de son Exode, c'est à dire de sa mort. « Le Fils de l'homme va être livré ». Dieu échappe à nos définitions pour se remettre entre nos mains ! Les rôles sont inversés, ce qui n'a rien de rassurant : Dieu n'est pas le bon papa protecteur dont nous aurions besoin, pour nous protéger de nous-même et des autres humains. La rencontre spirituelle est mystère. Dieu échappe à nos systèmes. Nous perdons tout contrôle mais c'est dans l'amour confiant, et la mémoire de la foi.

***

Finalement, ce récit de la Transfiguration nous dit qu'il n'y a rien à voir. Circulez ! Pas question d'être voyeur. A l'opposé de certains films tapageurs, la liturgie n'est jamais exhibitionniste. Elle reste sous le voile des symboles, dans la simplicité. Les grandes orgues, l'or des calices et des ciboires, l'encens à profusion, tout le baroque du monde et pourquoi pas les feux de Bengale ou la musique techno en certaines occasions : rien ne peut remplacer la foi !

Le plus surprenant est peut-être que le récit de la Transfiguration nous déplace de la lumière vers la voix. On ne connaît pas par l'œil mais par l'oreille et par le cœur. La foi naît, non pas des miracles ni du voir, mais de la prédication. Car, finalement, il s'agit d'entendre : dans le clair-obscur du récit, nous parvient un message précis. Le salut n'est pas un `voir' ni même un savoir, c'est quelqu'un : le Fils Bien Aimé ! « Ecoutez-le ! »

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maj 18.05.2005

Droits d'auteur : © Michel VAN AERDE - Domuni - 2005
Ce texte peut être librement diffusé en entier ou en partie à titre non commercial. Toute diffusion, sous quelque forme que ce soit, devra être obligatoirement être accompagnée de la mention suivante :
- Source : Domuni, article de Michel Van Aerde, Messages du temps pascal, www.domuni.org, 2005