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Mais il n'y a pas de cendres sans feu ! Le mystère pascal commence par le Carême et s'accomplit à la Pentecôte. Comme toujours, la foi renverse l'ordre des choses : au début, les cendres ; à la fin, les langues de feu ! Il s'agit de passer de la nuit à la clarté du jour, de la servitude à la liberté, de l'errance à l'alliance, de l'offense au pardon, de l'angoisse à la paix, de la solitude à la communion, des ténèbres à la lumière, de la rupture à la réconciliation et, finalement de la mort à la vie ! D'êtres éteints, il s'agit de devenir lumières, de cendriers : des buissons ardents ! *** Et pour cela, il faut du temps ! Carême signifie quarante. Quarante, chiffre symbolique, bien entendu ! Quarante, comme les quarante jours et quarante nuits
interminables du Déluge, comme les quarante ans d'exode dans le
désert, les quarante jours d'intercession de Moïse sur le
Mont Sinaï… C'est une façon symbolique de dire un temps complet, le temps qu'il faut pour un changement profond, une métamorphose, une nouvelle naissance. Comme la traversée du désert a forgé le peuple d'Israël, le chemin pascal nous est proposé qui, à travers l'épreuve, mène à la résurrection. Le Carême nous invite à une expérience vitale, celle de la rupture, celle de la nuit, celle du feu, celle de la foi. Le Carême n'a rien à voir avec une épreuve physique, une compétition de fakirisme ou de mortification. Nous pouvons boire et manger. Le Dieu vivant n'a que faire de nos crampes d'estomac. Jésus est clair : ne faites pas une "face de carême", ne faites pas "la tête", n'ayez pas l'air sinistre ! Lavez-vous et profitez-en même pour vous parfumer ! Le jeûne qui plait à Dieu, nous le savons, c'est délier les chaînes injustes, aider la veuve et l'orphelin, accueillir les sans-papiers (Is 58). Le carême est d'abord et avant tout un temps de
transformation, de transmutation… Renaître à la vie,
à la liberté, à la tendresse, à la compassion…
mais sans aucun volontarisme ! *** Nous recevons les cendres, en un signe d'humilité, signe de notre condition humaine, signe surtout, et avant tout, d'un malheur dont nous sommes aujourd'hui sauvés. Nous croyons que la braise couve sous la cendre, nous croyons que le feu renaîtra. Le monde est un vieux cendrier refroidi, il sent la solitude et le tabac froid ? Il faut y mettre le feu et la chaleur cordiale de l'amitié ! Il s'agit d'être une Eglise contagieuse qui communique la passion de Dieu, l'enthousiasme, la flamme de la foi, l'amour qui brûle sans consumer, la vie plus forte que la mort ! Nous recevons les cendres, pour dénoncer nos multiples morts et renaître à notre propre vie. Nous recevons les cendres pour communiquer le feu. Il brûle et purifie, dans une passion de vie, toutes les mesquineries, manques de vitalité et complaisances avec le désespoir. De même que la lumière blanche se diffracte
en différentes couleurs, le mystère pascal présente
des phases très contrastées, mais il n'est qu'un seul mouvement.
Recevoir les cendres et communiquer le feu : c'est tout un. C'est entrer
en un chemin où il n'y aura plus d'impasse, ni de mort… Mystère
de notre foi. Alors notre geste de recevoir les cendres, les nôtres,
celles de nos frères, celles des ruines de partout, a un sens.
Solidaires du monde entier, nous sommes appelés à être
transfigurés, à renaître de nos cendres, à
recevoir les langues de feu, à devenir buissons ardents !
Mais c'est à travers le feu…au cœur même de la
nuit, de la détresse parfois, de la souffrance… si proches
alors de la croix victorieuse du Ressuscité.
Prochain message maj
18.05.2005
Droits d'auteur : © Michel VAN
AERDE - Domuni - 2005 |