<?php @include("titres.inc"); ?>

DOMUNI | Bibliothèque | Homélies


 


Messages pour le temps pascal
par Michel VAN AERDE, o.p.

Le buisson ardent, Chagall

Messages pour le temps pascal

 Message pour le mercredi des Cendres, 9 février 2005

Renaissons de nos cendres
Devenons des
Buissons Ardents !

Éditoriaux précédents

Messages pour le temps pascal
Sois heureux !
La Passion du Christ selon Mel Gibson

Prochain message
Pour le premier dimanche de Carême 13 février 2005 :
De très louables tentations

Calendrier des Messages pour le temps pascal imprimer


Après Auschwitz, Hiroshima et les Twin-Towers, notre monde a pris un goût de cendres. Je me demande si, en les recevant sur le front ce mercredi, nous nous rendons compte dans quel mauvais film nous jouons car nous risquons tous d'être incinérés, individuellement ou collectivement ! Les cendres ne signifient plus la poussière de notre mortalité, associée à une sorte de fatalité voulue par Dieu. Les cendres sont aujourd'hui le résultat de notre violence collective. Elles signent notre autodestruction. Elles marquent notre péché, le contraire même du projet de Dieu.

Mais il n'y a pas de cendres sans feu !

Le mystère pascal commence par le Carême et s'accomplit à la Pentecôte. Comme toujours, la foi renverse l'ordre des choses : au début, les cendres ; à la fin, les langues de feu ! Il s'agit de passer de la nuit à la clarté du jour, de la servitude à la liberté, de l'errance à l'alliance, de l'offense au pardon, de l'angoisse à la paix, de la solitude à la communion, des ténèbres à la lumière, de la rupture à la réconciliation et, finalement de la mort à la vie ! D'êtres éteints, il s'agit de devenir lumières, de cendriers : des buissons ardents !

***

Et pour cela, il faut du temps ! Carême signifie quarante. Quarante, chiffre symbolique, bien entendu !

Quarante, comme les quarante jours et quarante nuits interminables du Déluge, comme les quarante ans d'exode dans le désert, les quarante jours d'intercession de Moïse sur le Mont Sinaï…
Quarante, comme les quarante jours de marche du prophète Elie, depuis le massacre des prophètes au Carmel jusqu'à la brise légère de l'Horeb, comme les quarante jours, délai annoncé par Jonas pour la destruction de Ninive et enfin, récapitulation de tout cela, quarante, comme les quarante jours et quarante nuits de Jésus dans le désert.
Quarante, ce n'est donc pas une mesure de temps !

C'est une façon symbolique de dire un temps complet, le temps qu'il faut pour un changement profond, une métamorphose, une nouvelle naissance. Comme la traversée du désert a forgé le peuple d'Israël, le chemin pascal nous est proposé qui, à travers l'épreuve, mène à la résurrection.

Le Carême nous invite à une expérience vitale, celle de la rupture, celle de la nuit, celle du feu, celle de la foi. Le Carême n'a rien à voir avec une épreuve physique, une compétition de fakirisme ou de mortification. Nous pouvons boire et manger. Le Dieu vivant n'a que faire de nos crampes d'estomac. Jésus est clair : ne faites pas une "face de carême", ne faites pas "la tête", n'ayez pas l'air sinistre ! Lavez-vous et profitez-en même pour vous parfumer ! Le jeûne qui plait à Dieu, nous le savons, c'est délier les chaînes injustes, aider la veuve et l'orphelin, accueillir les sans-papiers (Is 58).

Le carême est d'abord et avant tout un temps de transformation, de transmutation… Renaître à la vie, à la liberté, à la tendresse, à la compassion… mais sans aucun volontarisme !
Il s'agit de se laisser attirer par un amour brûlant, envahir par un goût de la vie, par une passion pour l'homme, entraîner dans une communion qui transfigure tous les vivants. Il s'agit d'implanter l'Evangile dans le vif de nos vies !

***

Nous recevons les cendres, en un signe d'humilité, signe de notre condition humaine, signe surtout, et avant tout, d'un malheur dont nous sommes aujourd'hui sauvés.

Nous croyons que la braise couve sous la cendre, nous croyons que le feu renaîtra. Le monde est un vieux cendrier refroidi, il sent la solitude et le tabac froid ? Il faut y mettre le feu et la chaleur cordiale de l'amitié ! Il s'agit d'être une Eglise contagieuse qui communique la passion de Dieu, l'enthousiasme, la flamme de la foi, l'amour qui brûle sans consumer, la vie plus forte que la mort !

Nous recevons les cendres, pour dénoncer nos multiples morts et renaître à notre propre vie. Nous recevons les cendres pour communiquer le feu. Il brûle et purifie, dans une passion de vie, toutes les mesquineries, manques de vitalité et complaisances avec le désespoir.

De même que la lumière blanche se diffracte en différentes couleurs, le mystère pascal présente des phases très contrastées, mais il n'est qu'un seul mouvement. Recevoir les cendres et communiquer le feu : c'est tout un. C'est entrer en un chemin où il n'y aura plus d'impasse, ni de mort… Mystère de notre foi. Alors notre geste de recevoir les cendres, les nôtres, celles de nos frères, celles des ruines de partout, a un sens. Solidaires du monde entier, nous sommes appelés à être transfigurés, à renaître de nos cendres, à recevoir les langues de feu, à devenir buissons ardents ! Mais c'est à travers le feu…au cœur même de la nuit, de la détresse parfois, de la souffrance… si proches alors de la croix victorieuse du Ressuscité.

Frère Michel VAN AERDE,
dominicain

Prochain message
Pour le premier dimanche de Carême 13 février 2005
De très louables tentations

imprimer imprimer

maj 18.05.2005

Droits d'auteur : © Michel VAN AERDE - Domuni - 2005
Ce texte peut être librement diffusé en entier ou en partie à titre non commercial. Toute diffusion, sous quelque forme que ce soit, devra être obligatoirement être accompagnée de la mention suivante :
- Source : Domuni, article de Michel Van Aerde, Messages du temps pascal, www.domuni.org, 2005