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Michel Van Aerde, dominicainDes cendres aux langues de Feu
Messages pour le temps pascal
  par Michel VAN AERDE, dominicain
Le buisson ardent, Chagall

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Le 21 mars 2005 :
Pour Pâques

« Faites cela en mémoire de moi ! »
Jeudi Saint
, 24 mars 2005

Calendrier des Messages pour le temps pascal imprimer

1. Offrande Ouverture

« Faites cela en mémoire de moi ! »
« Faites cela » Qu'est-ce que ce « cela » ?

« Cela » commence par l'offrande. « Il prit le pain, et les yeux levés au ciel, il rendit grâce ». L'offrande, pour nous c'est la quête habituellement, la collecte. On rassemble ce qui est offert. Fouiller dans ses poches, sortir son porte-monnaie. L'ouvrir, oui, l'ouvrir...
L'offrande peut être très peu (rappelez-vous la piécette de la veuve !). Mais c'est un presque rien qui change tout. Parce que quelque chose s'est ouvert. Et alors, de fil en aiguille, d'ouverture en ouverture, d'engrenage en engrenage, tout y passe en cascade, de don en pardon, de don de soi en abandon, perte à l'infini, à perdre cœur, à perdre corps, à prendre vie...
Nous est offerte la possibilité de nous offrir, d'accomplir l'un des plus beaux gestes humains, à partir des plus simples éléments de notre vie, du pain, du vin, le minimum, l'essentiel, pour nous dire tout entier, au bout des bras.

C'est le premier choix : tout garder pour soi ou entrer dans le mouvement de mettre en commun. Pardonner ou crever en implosion, tout pourri de ressentiment... libérer ou emprisonner... Ouvrir les mains ou serrer les poings.
« Faites cela en mémoire de moi ! »

A l'opposé d'une vie de fermeture et de repli : l'ouverture, comme une blessure à l'envers, de l'intérieur vers l'extérieur, une ouverture qui guérit, une blessure qui sourit. Entre terre et ciel, à cœur ouvert, bras tendus, c'est la rencontre conjugale de Dieu et de l'humanité.
Pain rompu, vin versé. Cette offrande ne se reprendra jamais. C'est une parole gravée sur les mains et dans le cœur, une porte que personne ne fermera, un Souffle lancé comme le grand vent.
« Faites cela en mémoire de moi ! »

***

2. Après l'offrande, la mémoire

« En mémoire de moi ! » L'offertoire reprend la prière juive qui est mémoire. Mémoire de l'Exode, quand le peuple était bébé, suçant au biberon la manne venue du ciel. Mémoire de la terre promise, quand le peuple adulte produit lui-même ses aliments. Quand l'autonomie peut entraîner l'oubli, l'offrande est acte de mémoire. « Voici ce qu'a produit la terre que tu m'as donnée ». Je me souviens en offrant, en « donnant le don » au donateur.

Et maintenant mémoire de Jésus Christ. Il est notre terre et nous sommes les fruits! Nous faisons mémoire du don qu'il est, en nous donnant à notre tour.

Prenons l'image incongrue d'un super-marché. Dans le super-marché chrétien, tout est gratuit. « Demandez et vous recevrez ! » Nous avons plusieurs chèques en blanc, signés d'une croix mais toujours acceptés. Dans le super marché chrétien, tout est gratuit mais tout est inversé ! Car la plus belle chose qui est proposée, c'est le don. Et quand je dis le don, cela ne veut pas dire le don de ceci ou le don de cela, c'est le don en soi, le don de soi, le don du don, le don de se donner, l'Esprit Saint, que le Père ne refuse jamais.
Dans le super marché chrétien, tout est très cher, finalement : impossible de rien emporter si l'on n'a pas donné de soi, si l'on n'a pas payé de sa personne, si l'on ne s'est pas donné tout entier.

« Faites cela en mémoire de moi ! »

***

3. L'offrande, la mémoire... et surtout « le faire » vraiment !

Il ne s'agit pas de singer mais de s'associer.
Jésus ne dit pas « faites comme moi, à la manière de moi », symboliquement. Il n'invente pas un folklore nouveau, un petit rite à lui : Il dit « Faites cela en mémoire de moi ! » Ce qui veut dire : faites-le en vrai , en grand, vous aussi !

« Faites cela en mémoire de moi ! », sautez dans le don qui rebondit, parce que seul celui qui se perd se trouve, seul celui qui donne reçoit, seul celui qui se donne se reçoit.

Vivre la semaine sainte, c'est découvrir la Trinité, non pas comme formules compliquées, d'unité et de multiplicité, mais comme la circulation d'une vie qui ne se replie jamais, rythme d'un don total et parfait. La Trinité dans le concret : le Fils associe les hommes à sa relation au Père. Il nous fait acteurs maintenant de l'offrande absolue qui embrasse tous les peuples et toute la création.

C'est dans ce don que Dieu est ! C'est dans le don que se trouve la présence réelle de Celui qui se donne. Comme bonté, source de toute bonté, liberté source de notre liberté, Créateur source de notre temps, Sagesse source de nos intelligences, Père de nos audaces, Inspirateur de nos grands coups, force d'innover, de se risquer, de rire et d'être heureux...
« Faites cela en mémoire de moi ! » Vivez-le !

Se décrisper, ouvrir les lèvres et desserrer les dents, sourire, expirer pour aspirer. Il y a une gestuelle de l'eucharistie, un théâtre liturgique, une gymnastique. C'est une danse et son rythme envahissant prend possession de notre corps, de notre vie...
« J'ai joué de la flûte et vous n'avez pas dansé »...
Ne résistez pas ! Il ne s'agit pas de se réfugier dans une petite dînette, avec un dosage ridicule de gouttes d'eau dans trois centimètres cubes de vin blanc, la fraction d'un biscuit sec pré-divisé, le souci qu'il y ait le moins possible de miettes et, pour les ramasser, des scrupules de chimiste obsessionnel ! « Voici mon corps, livré pour vous ! » Il en a vu d'autres, il s'est livré !

« Faites cela en mémoire de moi ! » Vivez-le !
« Ceci est mon corps livré ». Livrez-vous sans retrait ! « Ceci est mon sang versé ». Prenez vous aussi le risque d'être saigné... donnez largement votre temps, même s'il vous est si précieux que vous le sentez couler goutte à goutte comme votre propre sang.
Rien de suicidaire ici, l'Alliance s'accomplit, où nous ne sommes plus par nous-mêmes mais par lui qui est mort et ressuscité pour nous.

« Faites cela en mémoire de moi ! »
En vivant de son souffle, de son rythme, en dansant avec lui, nous faisons corps et nous vivons enivrés, enthousiasmés, la vie même du Dieu communauté, Père, Fils et Saint Esprit.

Fr. Michel Van Aerde op


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maj 18.05.2005

Droits d'auteur : © Michel VAN AERDE - Domuni - 2005
Ce texte peut être librement diffusé en entier ou en partie à titre non commercial. Toute diffusion, sous quelque forme que ce soit, devra être obligatoirement être accompagnée de la mention suivante :
- Source : Domuni, article de Michel Van Aerde, Messages du temps pascal, www.domuni.org, 2005