<?php @include("titres.inc"); ?>

DOMUNI | Bibliothèque | Homélies


 
Michel Van Aerde, dominicainDes cendres aux langues de Feu
Messages pour le temps pascal
  par Michel VAN AERDE, dominicain
Le buisson ardent, Chagall

Éditoriaux précédents
Messages pour le temps pascal - Cendres - 1er DC - 2e DC - 3e DC - 4e DC - 5e DC - Rameaux - Jeudi S.
Sois heureux ! - La Passion du Christ selon Mel Gibson
Prochains messages
Le 21 mars 2005 :
Pour Pâques

Le transfert chrétien
Vendredi Saint
, 25 mars 2005

Calendrier des Messages pour le temps pascal imprimer

Le Christ a souffert un jour mais ce qu'il a vécu historiquement révèle un mystère permanent. Jésus manifeste en clair qui est Dieu et ce qu'il vit à chaque instant pour nous. Dieu souffre par nous, il souffre pour nous, il souffre en nous.

La Passion de Dieu pour l'humanité est un mystère qui traverse le déroulement du temps. Il ne s'agit pas un simple drame ponctuel extérieur, vieux d'il y a deux mille ans entre juifs et romains. La passion de Jésus nous dit la passion de Dieu pour l'humanité et comment Dieu est présent dans chaque erreur de jugement. Dieu est amour, d'un amour fidèle et inconditionnel, qui va jusqu'au bout.

La passion de Jésus rejoint les chrétiens au cœur. Nous nous reconnaissons en lui parce que lui s'identifie à nous. Nous sommes son corps, il est notre vérité. Il est Dieu qui se dit, dans notre humanité. « Qui es-tu, Seigneur ? » « Celui que tu persécutes ». Devant Paul persécuteur, le Ressuscité s'identifie aux chrétiens enchaînés. La passion ressuscitante du Christ est un mystère qui porte la trame du temps : « Le Christ est en agonie jusqu'à la fin du monde. Il ne faut pas dormir pendant ce temps-là ! »1

***

J'approche le Christ souffrant de deux manières, dans l'extériorité et dans l'intériorité, le grain jeté et le grain sous la terre. Il y a là où il se voit : dans son corps, le peuple persécuté, là où l'on emprisonne et où l'on tue physiquement. Et il y a ce lieu mystérieux où il capte sur lui l'immense souffrance anonyme que personne ne ressent. Car ce monde est un autiste suicidaire. Il se frappe la tête sur le mur, pour chercher à provoquer la souffrance insoutenable, à laquelle il n'a pas accès.

« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, avoue Jésus, que vous ne pouvez pas porter maintenant »... Qui pourra recueillir ces paroles que les apôtres les plus prestigieux, ne sont pas capables de porter ? Cette souffrance là, les contemplatifs peuvent-ils davantage l'approcher, afin que Jésus ne soit plus tout à fait seul ?

Revenons à ce qui se voit et aux conflits ouverts. Il y a des pays où les choix sont durs mais simples et clairs. On est un saint ou un salaud, pas de troisième voie ! Une fois, un ami décroche le téléphone. Il raccroche. « C'était une menace de mort ». Et il ajoute :  « tu sais, dans ce pays, si l'on n'est pas menacé de mort, c'est qu'on n'est pas important ».

Il y a peu, j'étais en Amazonie dans une école où une sœur dominicaine allait visionner le film de Mel Gibson pour des jeunes de 18 ans. En Amérique Latine, depuis toujours, les Christs souffrants sont terriblement réalistes, avec de vrais cheveux, des cicatrices grandes ouvertes, un teint grisâtre, un visage supplicié. Il y a une dizaine d'années, je pensais encore qu'il s'agissait d'une fascination morbide pour la mort. Mais non ! Sœur Melva, jeune et belle comme un cœur, n'est ni une sadique si une masochiste. Simplement elle n'a pas peur du sang et pour son peuple, la fiction est toujours en deçà de la réalité.

Car, pour les pauvres d'Amérique Latine, il ne suffit pas que Jésus se soit fait humain pour qu'ils puissent se reconnaître en lui. Il pourrait être riche et vivre dans un monde à part. Pour que les indiens puissent adopter Jésus, il faut qu'il ait souffert. C'est là qu'il devient un être humain vraiment comme eux.

Las Casas écrivait : « ce n'est pas `un' crucifié que j'ai rencontré. Ici, ce sont des milliers de crucifiés». Les blessures ostentatoires, la souffrance manifestée jusqu'à saturation, leur dit que Jésus s'est fait homme vraiment. Il s'agit là de son incarnation. En ce point douloureux, les suppliciés comprennent qu'ils ne sont plus seuls et qu'ils ne l'ont jamais été.

Il n'avait pas figure humaine, nous dit le prophète Isaïe. Comment le pauvre pourrait-il être beau ? Il était défiguré. Objet de rebus, mépris du peuple. Comme celui devant qui on se voile la face. Comme ce qu'il est insupportable de regarder longtemps.

***

Mais voilà, nous ne sommes pas menacés de mort. Les choses, chez nous, ne sont pas aussi tranchées. Le martyre n'est heureusement pas d'actualité. Mais les suicides d'adolescents, les dépressions, toutes les maladies psychosomatiques autour de nous, le montrent bien : le monde n'est pas encore exorcisé. La Passion se vit dans l'homme, et il importe de s'y rendre présent pour que le Christ ne soit pas seul.

J'y reviens donc : il y a quelque part une souffrance introuvable, un point de sensibilité personnelle et collective qui n'ose pas s'avouer, un enfant qui pleure tout au fond. Il y a quelque chose en nous dont nous ne pouvons prendre conscience qu'en le voyant affiché sur le Christ torturé, exorcisé dans l'extérieur, tout comme les indiens qui portent sur le Christ un regard, où ils se reconnaissent en lui : une souffrance portée par un autre, qu'ils reconnaissent comme la leur.

Il y a un transfert et un contre-transfert. « Ce sont nos souffrances qu'il portait ». « Le châtiment qui nous rend la vie pesait sur lui... »

« C'est par tes souffrances, Seigneur, que nous sommes guéris ! »

Vivons cette passion de vie et d'amour. Elle est la sienne, elle est la nôtre. L'histoire est un immense chemin de croix.

Fr. Michel Van Aerde op


imprimer imprimer

maj 18.05.2005

Droits d'auteur : © Michel VAN AERDE - Domuni - 2005
Ce texte peut être librement diffusé en entier ou en partie à titre non commercial. Toute diffusion, sous quelque forme que ce soit, devra être obligatoirement être accompagnée de la mention suivante :
- Source : Domuni, article de Michel Van Aerde, Messages du temps pascal, www.domuni.org, 2005