"Bernard Montagnes est archiviste de la
province dominicaine de Toulouse. Son volumineux
ouvrage est consacré à retracer
la vie du Père Marie-Joseph Lagrange. Il
s'agit bien d'une biographie critique comme le
sous-entend le titre même que l'auteur donne
à son livre. Cette biographie du Père
Lagrange repose sur deux sources écrites :
« Toute biographie repose sur des sources
écrites. Pour ce qui est du père
Lagrange, elles sont de deux sortes : ses
écrits autobiographiques d'une part, sa
correspondance active de l'autre »
(p. 12).
Ce grand volume contient seize chapitres qui sont
suivis par une riche bibliographie et un index.
Dans son introduction, L'A. a eu soin de souligner
l'originalité du Père Lagrange"...
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la suite
"Le dominicain Lagrange (1855-1938), fondateur
en 1890 de l’École biblique de Jérusalem, en 1892
de la « Revue biblique », en 1900 de la collection
des « Études bibliques », autant d’institutions
qui poursuivent aujourd’hui l’étude scientifique
de la Bible, a connu et subi toutes les vicissitudes
de l’attitude de l’Église romaine sous quatre
pontificats. Léon XIII, conseillé par le cardinal
Rampolla, fait confiance aux débuts de l’École
biblique et veut même appeler le père Lagrange
à Rome pour y fonder un enseignement scientifique.
Pie X, affronté à la crise moderniste, redoute
les effets néfastes de l’exégèse critique et ne
cesse de manifester de la défiance pour les travaux
de l’École de Jérusalem, jusqu’à un blâme public
décerné en 1912 par les services du cardinal De
Lai. Sous Benoît XV, en dépit du revirement par
rapport à l’orientation précédente, une encyclique
(« Spiritus paraclitus ») désavoue Lagrange plutôt
qu’elle ne l’encourage. Au temps de Pie XI, l’embellie
pour l’étude critique de la Bible ne viendra que
tout à la fin du pontificat, par les responsabilités
confiées au cardinal Tisserant. L’orientation
préconisée par Lagrange ne sera avalisée que par
l’encyclique « Divino afflante Spiritu » de Pie
XII en 1943."
"En dépit de toutes les tracasseries qui
ont marqué sa carrière, Lagrange a continué contre
vents et marées son labeur scientifique, convaincu
qu’il était du profit que le croyant devait trouver
dans la critique historique pour comprendre la
Parole de Dieu. Comme bien d’autres précurseurs
en Église, il n’a connu que la peine des semailles,
tandis que la joie de la fructification n’est
venue qu’après sa mort, le 10 mars 1938. Il importe
de découvrir aujourd’hui combien il en a coûté
d’acculturer dans le monde catholique la méthode
historico-critique mise au service d’une lecture
théologique de la Bible. Lagrange savait que les
travaux les plus savants sont destinés à être
dépassés par des recherches plus récentes. « Mais
qu’importe un destin éphémère, écrivait-il dans
la Revue biblique de 1900, si cette parcelle d’activité
inspirée par la foi et par le désir du bien n’est
pas complètement stérile ? C’est surtout lorsqu’on
consacre ses efforts à la parole de Dieu qu’on
peut espérer qu’ils ne seront pas absolument vains.
» Telle a été la ligne directrice de sa vie."