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DOMUNI
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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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La compagnie des saints.L'étude de la spiritualité du P. Lataste ne serait pas complète sans l'évocation de son culte pour les saints. Durant les longues heures qu'il a dû passer seul dans sa cellule à l'infirmerie de Saint-Maximin, le serviteur de Dieu a pu lire des ouvrages hagiographiques comme L'Année dominicaine, un ouvrage du xviie siècle en douze volumes qui décrit la vie de saints bienheureux et personnages édifiants de l'ordre des Prêcheurs. Il aimait lire des récits concernant la vie des saints, dont il faisait les exempla de ses sermons. Les saints principaux de sa litanie personnelle sont la Vierge Marie, sainte Marie-Madeleine et saint Joseph. La Vierge Marie.Les références à la Vierge Marie sont très nombreuses dans la correspondance et la prédication du serviteur de Dieu30. Sa piété mariale, née dans son enfance lors des pèlerinages à Verdelais, est l'une des constantes de sa vie spirituelle. Devenu prêtre, il a eu, presque chaque année, à prêcher pour le mois de Marie, ce qui lui donnait l'occasion de développer largement sa vénération pour la mère de Dieu, à partir d'un commentaire des mystères du Rosaire et des litanies de la Vierge. On trouve des traces de cet attachement filial pour Marie dans les habitudes qu'il a transmises à ses filles31. Il introduit à Béthanie la dévotion à Mère Admirable32, une façon de contempler la Vierge Marie s'appliquant simplement au travail de tous les jours, qui manifeste que le travail le plus humble fait partie de la vie chrétienne, de la vie contemplative. D'autre part, il souhaite que dès que la taille de la communauté le permettra, les surs assurent deux par deux l'Adoration perpétuelle et la prière continue du Rosaire. Nous voulons en outre, dans la maison de Béthanie, ce qui n'a pu encore être réalisé nulle part, que je sache : l'Adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement et le Rosaire perpétuel réunis. Quel ordre semble mieux prédestiné de Dieu à cette double dévotion que l'ordre de Saint-Dominique, l'instituteur du Rosaire, et saint Thomas d'Aquin, l'auteur de ce magnifique office du Saint-Sacrement qui a tant contribué à l'extension du culte eucharistique, et dont l'Eglise, presque chaque jour, chante quelque fragment ? A Béthanie donc, à toute heure du jour et de la nuit (dès que le nombre le permettra) deux des enfants de la famille, une prêcheresse et une réhabilitée, iront au pied des autels ; et tandis que leurs surs ou leurs compagnes travailleront ou prendront leur sommeil, au nom de toutes elles adoreront Jésus par Marie et honoreront Marie en Jésus. Le travail ainsi sera vraiment une prière et le sommeil une veille sacrée. Comme la sainte amante du Christ, elles pourront toutes dire au Seigneur : « Je dors mais mon cur veille33 », et avec vérité, car n'ayant toutes qu'un cur et qu'une âme c'est bien vraiment le même cur qui fera l'un et l'autre, la veille et le sommeil34. Dans cette dévotion mariale classique, il est un point qui mérite d'être souligné, c'est la fréquente mise en parallèle de Marie et de Marie-Madeleine ou d'autres converties. Il est en effet frappant de constater que le serviteur de Dieu aime comparer, mettre presque en rivalité, les saints, ceux qui ont aimé Dieu dès le commencement, au premier rang desquels on trouve la Vierge Marie, et ceux qui se sont ouverts à l'amour de Dieu, au milieu du péché : Marie-Madeleine, Augustin, Pierre... S'appuyant sur ces exemples, le prédicateur aime inviter son auditoire à entrer dans cette sainte émulation, déclarant aux « âmes préservées » qu'elles ne sont pas certaines d'être plus proches du Seigneur, car d'autres éprouvent peut-être une gratitude, un attachement plus profond pour Dieu, à la suite d'une expérience de conversion. La présence des deux femmes au pied de la croix, Marie et Marie-Madeleine est pour le P. Lataste une bonne illustration de ces deux voies pour atteindre le cur de Dieu par l'amour. Sainte Marie-Madeleine.L'importance qu'a revêtue la rencontre du P. Lataste avec la personnalité de sainte Marie-Madeleine lors de son séjour à Saint-Maximin a été étudiée dans le chapitre consacré à la formation religieuse du serviteur de Dieu35. Il faut juste souligner ici combien ce culte magdalénien est resté, tout au long de sa vie et de sa prédication, un aspect essentiel de sa spiritualité. Il lui est en effet difficile dans la rédaction de ses sermons d'évoquer l'amour de Dieu pour les hommes, les appels à la conversion que l'Esprit leur adresse, sans faire référence à la pécheresse devenue témoin de la Résurrection. Lors de la fondation de Béthanie, il confie la recherche d'un lieu adéquat à Marie-Madeleine et reçoit la nouvelle de la découverte de la propriété de Frasnes le jour de sa fête. Il place la congrégation naissante sous son patronage36 et organise chaque année de grandes fêtes à Béthanie le 22 juillet, date à laquelle il aime placer des prises d'habits et les premières professions. Dans l'histoire de Marie-Madeleine, ce qui touche le P. Lataste, c'est avant tout l'occasion qui lui a été donnée de contempler les merveilles de Dieu. La miséricorde réalise en elle ce que le P. Lataste cherche à faire à Béthanie : choisir celles qui sont le plus méprisées pour en faire des témoins de la Résurrection. Malgré son attachement pour le sanctuaire magdalénien de la Sainte-Baume, le serviteur de Dieu semble attacher peu d'importance à la tradition provençale selon laquelle Marie-Madeleine aurait passé trente ans à pleurer ses péchés : comment en effet continuer à pleurer ainsi sur le passé lorsqu'on a été choisie pour être un témoin du Ressuscité ? Il est possible de rapprocher de cette dévotion pour Marie-Madeleine la sympathie manifeste que le serviteur de Dieu éprouve pour d'autres grands pécheurs pardonnés : saint Pierre, dont il conserve une image rappelant le reniement37, la Samaritaine, le bon larron, saint Augustin, dont il souligne facilement le passé orageux. Tous vos crimes, si grands qu'ils soient, n'arriveront jamais aux proportions de son amour infini et de son infinie miséricorde ! Ne l'avez-vous pas vu déjà pardonner tous ses péchés à Madeleine, absoudre la femme adultère, regarder Pierre et le sauver ? Ne l'entendrez-vous pas tout à l'heure promettre au bon larron une place dans son paradis... Ah ! de grâce, mes frères, quoi que vous ayez fait, quoi que vous fassiez, ne désespérez jamais de la miséricorde de Dieu ; mais pour cela ne vous exposez pas au désespoir par une résistance opiniâtre à sa grâce qui vous sollicite, en ce moment même38. Saint Joseph.La dévotion pour saint Joseph mérite une étude particulière, puisqu'elle l'a mené à faire l'offrande de sa vie. Déjà, à Saint-Maximin, il lit un volumineux ouvrage du xvie siècle39 : La Somme des dons de saint Joseph. Il s'émerveille de voir qu'à une époque où la dévotion à S. Joseph était presque inexistante, on ait pu ainsi développer « un ensemble complet de tout ce qui peut se dire de plus pieux et de plus solide sur S. Joseph ». Une fois quitté les soucis d'un jeune religieux en formation, le P. Lataste entre dans une relation à S. Joseph. Comme beaucoup de responsables religieux confrontés à des problèmes matériels, il entre dans des relations « d'homme à homme » avec le protecteur de la Sainte Famille. Il lui propose un marché, en faveur de Béthanie : si celui-ci mène à bonne fin la fondation de Béthanie dans les deux ans, le P. Lataste s'engage à essayer d'obtenir que son nom figure au canon de la messe et que l'Eglise lui fasse une messe propre40. Deux ans plus tard, au printemps de 1868, le serviteur de Dieu s'inquiète de la manière dont il va pouvoir tenir sa promesse. Il fait parvenir au pape une lettre dans laquelle il offre sa vie pour que S. Joseph soit déclaré patron de l'Eglise universelle et que son nom soit inséré au canon de la messe, à condition que S. Joseph protège son uvre et supplée l'appui humain qui lui manque41. Ces engagements réitérés en faveur de S. Joseph sont la marque de la grande confiance que lui faisait le serviteur de Dieu, convaincu de la faiblesse de ses propres forces, touché peut-être plus qu'il ne l'a jamais avoué par les attaques dont il est l'objet à propos de Béthanie. 30 . 52 sermons sur les 467 qui ont été conservés ont pour sujet la dévotion mariale. 31 . La Chronique de Béthanie, à la date du 20 septembre 1866, signale par exemple que le serviteur de Dieu ne lit jamais son courrier sans réciter d'abord le Sub tuum. Il engage les surs de Béthanie à faire de même. (Summ. Num. III, p. 94, § 165 ; et Orig. A. B.). 32 . Il a découvert cette manière de prier la Vierge qui a contemplé en travaillant de ses mains lors d'une retraite prêchée avec le P. Boulanger chez les surs dominicaines de Langres, lettres 186 à 189 du 10 au 17 septembre 1867; à M. Henri-Dominique ; allusion dans la lettre du P. Boulanger au serviteur de Dieu, du 10 octobre 186, reproduite intégralement p. 399 (Orig. A. B.). 34 . m. j. j. lataste, Quelques détails sur la Maison de Béthanie, p. 18-19. (Orig A. B. ; texte intégral p. 337). Sur ce point voir également la lettre 127 du 29 novembre 1866 à M. Henri-Dominique. (Orig. A.B.) 36 . Lors de la retraite qu'il prêche à Béthanie en février 1867, le P. Lataste consacre chaque matin une méditation sur la vie de Marie-Madeleine selon l'Evangile. (Chronique de Béthanie, Summ. Num. III, p. 107, § 213 ; Orig. A. B.). 37 . Image de piété intitulée « Tendresses du cur de Jésus. /Regard miséricordieux sur saint Pierre. /Doux reproches à l'âme ingrate. Au dos, le serviteur de Dieu écrit : « O regard béni de Jésus, vous qui amollissez les curs les plus durs, qui fait jaillir l'eau des rochers eux-mêmes, que de fois vous êtes tombé sur moi et j'ai détourné de vous mon visage... pardonnez-moi. » (Orig. A. B.). 38 . Sermon 4 pour le vendredi saint, 3 mars 1863 (Orig. A.B.). 39 . i. isolani (1480-1528) Summa de donis Sancti Joseph, Pavie, 1522, traduite en français par un prêtre qui a signé « D.C. » et publié à Avignon en 1861. Voir la lettre 258 du 28 avril 1862, fête du patronage de saint Joseph sur la province de France, à Mme Piron, reproduite intégralement p. 126. (Orig. A. B.). 40 . Chronique de Béthanie,. Notes du P. Lataste au 19 mars 1866. (Summ. Num. III, p. 82, § 121-123) ; voir ici p. 264. 41 . h.-m. cormier,Vie du Révérendissime Père A.V. Jandel , op. cit., p. 458-460 (voir ici p. 415). et « Annales de S. Joseph », Summ. Num.V, p. 281, § 123. ( Orig. A.B.) |
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