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DOMUNI
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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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4. La formation religieuse du serviteur de Dieu. (1857-1863)L'ordre des Frères prêcheurs en 1857.L'ordre des Frères prêcheurs avait été supprimé par la Révolution. Quelques religieux entrés dans l'Ordre avant 1789 avaient survécu, mais ils étaient dispersés, sans aucune relation entre eux. De ce fait, la restauration de l'Ordre en France va prendre la forme d'une nouvelle fondation, avec des acteurs nouveaux, principalement le frère Henri-Dominique Lacordaire. Originaire du diocèse de Dijon, ce jeune avocat avait attiré l'attention du grand public par son entrée au séminaire, puis, une fois devenu prêtre, par ses activités de journaliste aux côtés de Lamennais. Resté fidèle à l'Eglise au moment où celui-ci entrait en conflit avec le Saint-Siège, Lacordaire s'était fait une réputation d'orateur ; il avait créé des conférences pour les jeunes gens du collège Stanislas, qui étaient devenues dès 1835 les conférences de carême de Notre-Dame de Paris. Alors qu'il semblait promis à une belle carrière de prédicateur, Lacordaire avait quitté Paris pour se rendre à Rome, dans l'intention de participer à la renaissance de l'ordre de Saint-Dominique en France. Il avait reçu l'habit le 9 avril 1839 au couvent de la Minerve, à Rome, avec deux autres Français. Après quelques années de formation en Italie, les premiers dominicains français étaient revenus dans leur patrie. Lacordaire, nommé vicaire général de l'Ordre en France, fonde le couvent de Nancy en 1843, à la suite d'une prédication de carême dans cette ville. Au hasard des demandes et des offres de propriétés qui lui sont faites, il fonde Chalais, près de Grenoble en 1844, Flavigny, près de Dijon en 1848 et Toulouse en 1853. La province est érigée en 1850, et le Père Lacordaire en devient le premier provincial. Ses principaux soucis durant ces vingt premières années de la renaissance dominicaine sont la formation des frères et les questions financières. Ces dernières sont souvent lourdes, car les fondations répétées coûtent cher, et la province comprend de nombreux frères novices et étudiants qui n'ont pas d'activités apostoliques. Pendant longtemps, la province vit sur les prédications du Père Lacordaire et sur ses droits d'auteur ; les bienfaiteurs sont rares. Les questions financières seront longtemps un problème pour les couvents français, il en sera à nouveau question dans les relations entre le serviteur de Dieu et son provincial. La formation des frères connaît les difficultés que rencontre toute communauté naissante : les formateurs n'ont pas beaucoup plus d'expérience que les candidats, et ils sont sollicités par une multitude de tâches. Malgré un idéal marqué par une idée romantique des usages monastiques, malgré une insistance sur les observances, et des débats très vifs sur cette question1, la vie religieuse dominicaine souffre à cette époque d'un manque de cohésion entre les frères, d'un manque de générosité dans la pratique de l'obéissance. Les frères sont tous de la même génération, sans expérience longue de la vie religieuse. Le discernement des vocations se fait d'une manière empirique. Le Père Lataste, par exemple, fait son premier séjour dans un couvent de l'Ordre quelques jours avant d'entrer au noviciat, alors que sa décision est prise. L'examen précédant la vestition, dont il donne un récit détaillé2, consiste à faire une version latine et une composition française. Peu de temps avant sa mort, le Père Lacordaire écrira à l'un de ses proches : Comme vous je reconnais les bénédictions de Dieu sur notre Province et en même temps je reconnais ce qui manque à un certain nombre de nos religieux sous le rapport de la piété et de la docilité : l'insuffisance de la formation primitive à cause du défaut des moyens d'éducation dans un commencement ; les dissentiments sur l'observance presque inévitables dans les uvres de restauration monastiques ; et enfin le défaut d'une législation canonique qui puisse remplacer le bras séculier pour la répression de l'esprit d'indépendance3. Le gouvernement de la province est entre les mains d'une personnalité charismatique : Lacordaire, provincial de 1850 à 1854 et de 1858 à 1860. Le nombre des entrées avait considérablement réduit durant le provincialat du père Danzas (1854-1858), il reprend avec le retour du fondateur : vingt-neuf novices en 1858. Le Père Lacordaire gouverne avec son tempérament : il a des intuitions fulgurantes, des idées parfois prophétiques, mais il manque singulièrement de capacités à faire jouer les institutions démocratiques de l'Ordre4. Personne ne reste indifférent à sa personnalité : même les frères qui s'opposeront à lui, comme le Père Jandel, éprouvent à son égard une admiration sans réserve. Le serviteur de Dieu emploie facilement à propos du Père Lacordaire, et en particulier après la mort de celui-ci, l'expression « notre saint et bien aimé père Lacordaire5 ». Ce climat contrasté de la province dominicaine de France à la fin des années 1850 est celui de la formation religieuse du serviteur de Dieu et de ses premiers pas dans la vie apostolique. Les frères sont habitués à vivre dans des structures neuves et provisoires ; ils changent de couvent parfois chaque année6. Peu nombreux, il se connaissent tous et ont un peu une mentalité de pionniers. Malgré leur fragilité institutionnelle, ils ont une haute conscience, qui leur vient de Lacordaire, de la grandeur de la vie dominicaine. Le noviciat de Flavigny.Le noviciat était à Flavigny depuis 1848. Des trente-deux novices7 qui étaient au noviciat en même temps qu'Alcide Lataste, dix étaient déjà prêtres. La moyenne d'âge à la prise d'habit est de vingt-sept ans, ce qui montre que, malgré son expérience professionnelle, le serviteur de Dieu ne se trouve pas parmi les plus âgés. La prise d'habit se fait à n'importe quelle époque de l'année. Néanmoins, il se passera six mois, entre la prise d'habit du Père Lataste et celle du Père Lévy une semaine plus tard, et les suivantes qui n'auront lieu qu'en mai 1858. Cette concomitance a dû renforcer la sympathie qui liait les deux frères8 entrés en même temps et qui ont vécu le noviciat ensemble. On comptait nettement sur le noviciat pour opérer le discernement des vocations, celui-ci étant fait de manière assez sommaire avant l'entrée. C'est ainsi que sur les trente-deux conovices du Père Lataste, onze ne vont pas jusqu'à la profession simple, et sept autres quittent l'Ordre après la profession ou l'ordination. Un tiers seulement des frères qui reçoivent l'habit dans ces années 1857-1858 mourront dans l'Ordre. 1 . Sur le débat entre Lacordaire et Jandel, voir B. Bonvin, Lacordaire-Jandel, Paris, Ed. du Cerf, 1989. Ces débats sont encore très présents dans la période de fondation de la province de Toulouse (1865) ; ils sont à l'arrière-plan du mémoire du Père Lataste sur les observances pour le chapitre de 1865, voir p. 209. 2 . « Notes personnelles au noviciat », reproduites intégralement p. 112. (Orig. A.B.). 3 . Lettre du 7 septembre 1861 au Père Chocarne. (Archives Lacordaire ; voir B. BONVIN, p. 99). 4 . Il semble, par exemple, qu'il a très mal vécu l'élection du Père Danzas par le chapitre provincial de Flavigny en 1854. Il a quitté brusquement le couvent sans attendre M. de Montalembert qui devait le chercher. Le Père Danzas se plaint de n'avoir reçu de lui aucun conseil pour sa tâche (lettre du Père Danzas à Cartier ; AGOP XIII 30102, reproduite par B. Bonvin, p. 158). 5 . Voir, par exemple, les lettres 289 du 18 juin 1867, à Mlle de saint Juan, et 324, du 29 mai 1867, à de futures postulantes, (Orig. A.B.). 6 . En moins de douze années de vie dominicaine, le serviteur de Dieu a vécu successivement dans sept couvents : Flavigny, Toulouse, Chalais, Saint-Maximin, Bordeaux, Flavigny, Dijon... et il est mort étant assigné à Abbeville. 7 . Les renseignements démographiques sur le noviciat sont extraits des registres de prise d'habit et de profession de la province de France. (Orig. A. o.p. Paris). Les notices nécrologiques parues dans L'année dominicaine à propos des frères de noviciat du serviteur de Dieu qui sont mort dans l'Ordre ont été également étudiées. 8 . Voir sur ce sujet la correspondance du serviteur de Dieu avec le P. Lévy, parti comme missionnaire à Mossoul, (Orig. A.B.). |
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