Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.

La vie et l'œuvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Sœurs dominicaines de Béthanie

- Pâques 1996 -

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Fondation de Béthanie.

L'abbé Claudon, qui revendiquera le fait d'être le premier prêtre de Franche-Comté à avoir connu et aimé le P. Lataste48, était tertiaire dominicain. Ce lien avec l'Ordre a eu une conséquence heureuse pour la fondation, car l'abbé Claudon a spontanément eu l'idée d'intéresser à la fondation le groupe des tertiaires dominicaines de Besançon. Ces tertiaires, parmi lesquelles il faut nommer en particulier Melle de Saint-Juan et Mme Bontoux, formeront le noyau solide du futur comité des dames auxiliaires de Béthanie49. Elles soutiennent dès la première heure de leurs dons, et de leurs relations dans la région, les premiers pas de Béthanie.

A la suite de la signature de l'acte d'achat de la maison de Frasnes, le serviteur de Dieu en prend possession avec sœur Marguerite-Marie, qui les a rejoint, et M. Henri-Dominique. Celle-ci tient à se faire précéder par une statue de saint Joseph lors de sa première visite des lieux50. Après avoir fait les premiers achats nécessaires pour rendre l'endroit habitable, les fondateurs accueillent les premières postulantes le 13 août au soir : Anna Boyer, de Dijon, et Augustine, postulante converse. Les quatre femmes sont accueillies par les sœurs de charité ; le P. Lataste, par le curé du village. C'est le lendemain51, après la messe dans l'église paroissiale, que les sœurs vont s'installer « chez elles ».

Dès le surlendemain, l'épreuve touche la communauté, et donne au P. Lataste l'occasion de faire preuve d'une confiance inébranlable en Dieu. M. Henri-Dominique tombe malade, et la sœur Zotique, une sœur de charité qui soigne tout le pays, pense qu'elle est en danger. A la question posée par le curé de Frasnes : « Vous n'avez personne pour la remplacer, qu'allez-vous faire ? » le serviteur de Dieu répond : « Ma foi est inébranlable. Dieu veut l'Œuvre, s'il m'enlève ce premier instrument, il saura bien m'en trouver un autre52. »

Dès cette date, commence une collaboration entre le P. Lataste, qui ne peut faire que de brefs séjours à Béthanie, et M. Henri-Dominique. Il a semblé plus clair de décrire cette collaboration sans suivre strictement la chronologie, mais en dégageant les grandes questions auxquelles ils ont été confrontés, pour mettre en lumière la façon dont le serviteur de Dieu s'est comporté dans ces moments extrêmement délicats.

Les premiers actes officiels qui marquent l'existence de la nouvelle communauté sont les cérémonies des 20-22 novembre 1866. Le 20 novembre, à la suite de l'autorisation accordée par l'archevêque de Besançon, le P. Lataste reçoit les professions de M. Henri-Dominique et de sœur Marguerite-Marie53. Le lendemain a lieu la bénédiction de la maison par le curé de Frasnes, et la première vêture, celle d'Anna Boyer qui devient sœur Marie-Cécile, novice de chœur54. Cette journée est également marquée par la fondation du comité des dames auxiliaires de Béthanie55. Le 22 novembre, le P. Lataste institue M. Henri-Dominique comme prieure56. Durant ces journées, le P. Lataste est accompagné du P. Boulanger57, l'un de ses plus proches et de ses plus fidèles amis dans l'Ordre. Le serviteur de Dieu le décrivait comme « celui de nos pères qui a pris tant à cœur l'Œuvre de Béthanie que c'est un autre moi-même58. »


48 . Summ. Num. III, p. 469, § 227.

49 . La première suggestion concernant l'existence de ce comité voué à représenter l'OEuvre au dehors et à la faire connaître se trouve dans la lettre 103 du P. Lataste, du 23 août 1866 à M. Henri-Dominique. C'est ce comité qui endossera la responsabilité de la publication des comptes-rendus rédigés chaque année par le P. Lataste ; ses supérieurs ne voulaient pas qu'il signe ces documents. (Orig. A.B.).

50 . Chronique, Summ. Num. III, p. 87, § 139 ( Orig. A.B.).

51 . Récit de la fondation dans la Chronique, ibid, p. 88, § 142-145.

52 . Ibid., p. 89, § 147.

53 . Chronique, Summ. Num. III, p. 101, § 193.

54 . Chronique, Summ. Num. III, p. 102, § 194.

55 . Le texte autographe d'un règlement du comité des dames auxiliaires de Béthanie, non daté, rédigé par le serviteur de Dieu, est conservé aux archives de Béthanie. Le comité a un double but : « rattacher le centre de l'OEuvre au centre même du diocèse en formant des liens plus étroits de charité entre nos soeurs dominicaines et les âmes pieuses qui ont déjà, à Besançon, témoigné de leurs sympathies pour l'OEuvre ; représenter l'OEuvre aux regards du public et de l'abriter sous leurs noms et leurs personnes en même temps que de se dévouer de loin à son intérêt et à son développement. » Cette mission se manifeste par trois activités principales : recueillir des aumônes, veiller à ce que la maison de Béthanie soit pourvue en travail, et publier les comptes-rendus annuels (Orig. A.B.).

56 . Chronique, Summ. Num. III, p. 102, § 197.

57 . Le P. Raymond Boulanger est né le 6 avril 1840 à Blâmont (diocèse de Nancy). Il entre dans l'Ordre le 3 mai 1860, et fait ses études à partir de 1861 à Saint-Maximin, avec le P. Lataste, d'un an son aîné au noviciat profès. Il est ordonné prêtre le 24 septembre 1864. Très proche du serviteur de Dieu lorsque celui-ci était père maître à Flavigny, il l'a secondé dans la rédaction des Réhabilitées. Il fut élu neuf fois prieur, et fut provincial de France de 1893 à 1897 et de 1905 à 1913. Il garda durant tout son ministère le souci de la prédication en prison, et fut un soutien pour Béthanie dont il rédigea les constitutions après la mort du P. Lataste. Décédé le 8 décembre 1913, il est inhumé dans le cimetière de Béthanie, à Montferrand-le-Château.

58 . Lettre 395, du 22 avril 1866, à l'abbé Puissant (Orig. A.B.).

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