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Document 6. Lettre 214 à M. Henri-Dominique, du 29 février 1868. (extraits) (Orig. A. B.).
Cette lettre a été écrite au début de la prédication du carême à la cathédrale de Nîmes. Elle met bien en lumière les sentiments qui sont ceux du serviteur de Dieu : désir de sainteté pour lui et pour ses auditeurs, grande humilité et sentiment de son indignité devant la tâche à accomplir. Deux passages qui sont relatifs à des problèmes de vie quotidienne à Béthanie n'ont pas été reproduits ici.
Evêché de Nîmes.
Nîmes, le 29 février 1868.
6 h du soir.
Tout s'est bien passé jusqu'à ce jour, mon enfant, mais je sens le besoin de vous dire une chose : Demandez instamment au bon Dieu, à notre bon Maître, à Notre Seigneur, que je devienne un saint ! que je l'aime à la folie ! que je n'aime et que je ne fasse en toutes choses que sa très adorable volonté ! Il me semble que depuis longtemps c'est mon unique désir, mais que j'en suis loin dans mes actes ! et ce qui me fait le plus de peine c'est que par moments il me semble (et je devrais dire je vois bien) que ce désir baisse en moi. Oh ! si j'allais le perdre ou seulement le laisser s'affaiblir ! Bien sûr j'aime moins Notre Seigneur qu'aux premiers jours de ma vie religieuse, j'en suis bien humilié et j'en souffre vivement, mais cela est. O mon Dieu, délivrez-moi de moi-même, videz-moi de tout moi-même et remplissez-moi jusqu'au bord de vous et de vous seul !
Je sens que tout est là, et qu'avec cela si faible, si inculte que soit ma parole je ferais des merveilles sur les âmes parce que c'est Dieu seul et sa grâce qui agiraient en moi. Oh ! demandez bien cela pour moi. Je suis effrayé de la tâche qui m'a été imposée, et je sens que je devrai me ménager pour le travail et le sommeil.
Pourtant tout va bien. Je suis arrivé à Dijon à 9 h du soir. Grandes nouvelles, la place de sous-prieur a été vacante. Le R. P. Bissey a refusé de choisir, le droit est revenu au provincial qui a nommé le T. R. P. Boulanger. J'en suis bien heureux.
Autre : Le R. P. Duley prêche un carême, et le R. P. Guérittot a été envoyé à Langres pour le remplacer pendant ce temps-là. Que Dieu l'assiste !
Je suis reparti de Dijon, le lendemain vendredi à midi 35. A Lyon où je suis arrivé à 7 h par un temps magnifique tout le jour, j'ai pris un repas ; puis j'ai pris les « premières » selon qu'il m'avait été dit et j'ai fait ainsi fort doucement le voyage jusqu'à Nîmes où je suis arrivé à 5 h 1/2 ce matin, en très bon état.
Monseigneur est charmant de bonté et de simplicité. Je suis somptueusement logé : tapis, fauteuils et sopha de velours etc. Je dîne avec Mgr et ses trois secrétaires dont un, grand ami du R. P. Lévy, se trouve le mien par le fait même.
Le R. P. Chambeu arrive ce soir. Nous ne sommes que tous deux dominicains. Les autres prédicateurs sont un père de la maison des chartreux de Lyon, un père jésuite, un père mariste et des prêtres séculiers.
Matériellement tout est parfait, trop bien même. Cette lettre ne partira pas sans que je vous aie dit un mot du premier sermon. [...]
Dimanche, 5 h du soir.
La première épreuve est passée. Dieu l'a bénie. La cathédrale était comble, les hommes fort nombreux ; le coup d'il était magnifique. J'ai vu quelques instants à en jouir, tandis que j'attendais que tout le monde fût en place et silencieux. Le vaisseau n'est pas beau, mais bien commode pour la prédication. Il suffit de peu de voix pour remplir cette immense enceinte ; et une très profonde chapelle, toute pleine, qui est en face de la chaire aide et soutient beaucoup le prédicateur qui a ainsi, en face de lui, comme une seconde église.
Dieu soit béni. Va-t-il vouloir encore montrer qu'avec rien et moins que rien, un instrument misérable, il peut faire tout ? Ce que je sais et ce qui me donne encore plus de confiance c'est que je sens vivement mon extrême misère (ne prenez pas cela pour de l'humilité, ce n'en est pas) et que je suis prêt, je crois, à une humiliation publique si Dieu le trouve bon, car je ne puis raisonnablement et justement prétendre à rien de mieux, ni au point de vue naturel car je n'ai aucun des talents qui peuvent faire réussir dans une grande chaire, ni au point de vue surnaturel, je suis trop loin de ce que je devrais être et de ce que je serais si j'étais toujours fidèle aux grâces et à l'appel de Dieu. Priez pour mon âme, qu'en travaillant à sanctifier les autres qui en ont besoin, elle travaille encore mieux à se sanctifier elle-même, qui en a plus besoin encore.
Je vais répondre à votre lettre.
Voilà six mois qu'il n'a pas plu ici. Mgr a ordonné des prières pour avoir la pluie, il y a huit jours, elle est enfin venue ce matin, mais pas assez longtemps. On craint pour les récoltes, et les fontaines commencent à tarir dans la ville. Priez à cette intention.
Je dirai désormais la sainte messe tous les jours à 6 h 1/2 dans la chapelle du Saint- Sacrement, qui est en face de la chaire. Je confesserai après s'il y a lieu, puis je prendrai quelque chose. Quelques instants devant le Saint-Sacrement. Travail jusqu'à midi. A midi dîner avec Mgr, son père et ses secrétaires. Après dîner une petite sortie ; une petite visite au Saint-Sacrement. Travail. Saint office. A 7 h souper ou collation. Après le repas, partie au billard avec Mgr et ses secrétaires, puis coucher vers 8 h 1/2 ou 9 h. Le mardi et le jeudi instructions à 7 h du soir. [...]
   
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