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DOMUNI
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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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Derniers moments.Le début de l'année 1869 est une lente descente du serviteur de Dieu vers la mort19. Ses forces le quittent peu à peu. Son état d'extrême faiblesse nécessitant des soins que les surs ne peuvent plus lui donner, l'un de ses anciens novices, dont la sur est entrée à Béthanie, le frère Dominique Roland, est envoyé de Flavigny le 28 février pour l'aider dans ses derniers moments. Ce jeune frère, qui éprouvait une grande vénération pour le P. Lataste a laissé un compte-rendu précis des jours qu'il a passés au chevet du mourant20. Ce document, ainsi que la Chronique de Béthanie21, permet de percevoir deux dimensions importantes de l'expérience spirituelle du P. Lataste à l'approche de la mort. D'une part, la confiance en Dieu qui l'a toujours soutenue dans sa vie religieuse et apostolique donne ici toute sa mesure. Il invite ses filles à la confiance en Dieu et leur rappelle que si la province de France les abandonne, des frères des la province de Toulouse sont prêts à les soutenir22. Cette confiance en Dieu ne se limite pas à la confiance dans la Providence, pour Béthanie ; elle s'étend à sa vie mystique. C'est en effet à l'approche de la mort qu'il commence à dévoiler ce qui a fait en profondeur son union à Dieu durant sa vie religieuse. Il note que sa piété s'est peu à peu tournée vers le Christ, et qu'elle aboutit, en ce moment ultime, à un acte simple d'adoration et d'adhésion profonde à Dieu. Autrefois j'avais pour la Très Sainte Vierge une dévotion toute filiale. Je remettais entre ses mains pour qu'elle-même en fît l'application, selon sa sagesse et ses prédilections, tous les mérites que la grâce de Dieu, mes actes de piété et ma vie religieuse, toute d'obéissance et de charité, pouvaient me faire acquérir. Peu à peu cette dévotion fut un peu éclipsée par une autre plus radieuse et plus féconde. Pendant tout mon noviciat et une partie des années de ministère que Dieu m'a données, l'amour de Notre Seigneur alimenta mon âme et la remplit. Maintenant tout s'efface devant une pensée unique qui domine mon âme et s'impose à elle avec force, la pensée de Dieu, de Dieu seul. Je le vois, je le sens dans mon âme d'une manière confuse et un peu inconsciente il est vrai, mais je l'y vois et l'y sens avec une inébranlable et brûlante certitude. Aussi mon âme se porte vers lui sans cesse par un acte d'amour continu un peu vague et un peu sourd, il est vrai, mais plus fort que moi-même. Il se fait en moi une adoration perpétuelle de Dieu par un acte simple de mon âme, toujours le même et toujours nouveau, sans commencement, sans milieu, sans fin : c'est comme un reflet, une lueur de l'éternité. Il me semble que Dieu m'abaisse et m'anéantit lui-même devant lui pour m'élever ensuite et me fixer en lui-même par une adhésion infinie à lui seul tout puissant, tout lumière, tout amour, et par un détachement absolu de tout ce qui n'est pas lui. Je ne puis plus concevoir de pensée précise sur lui, plus produire d'actes d'amour déterminés comme autrefois ; je n'ai plus qu'une seule pensée qui comprend tout et épuise toutes les forces de mon âme, Dieu ; plus qu'un acte d'amour si intense et si continu que je ne puis plus, sans un grand effort, ni augmenter son ardeur, ni le cesser pour le recommencer. Il me semble que toute mon âme, avec tout ce qui est en elle, est jetée dans le sein de Dieu et qu'il ne reste plus rien en elle que Dieu la pénétrant de toutes parts, la vivifiant, l'illuminant, l'embrasant, la divinisant23. D'autre part, il faut souligner, dans les divers entretiens que le serviteur de Dieu tient à avoir avec ses filles à l'approche de la mort, la manière dont il rend grâce pour la vie religieuse qui lui a été donnée de connaître dans l'Ordre, et qu'il exprime son pardon envers ceux qui ont combattu son uvre : Je remercie bien l'ordre de Saint-Dominique tout entier de m'avoir donné son saint habit. Je remercie bien et je bénis en mourant toutes les personnes qui m'ont approuvé et m'ont aidé de leurs prières, de leurs conseils, de leur influence, de leurs dons. Je pardonne à tous ceux qui ne m'ont pas approuvé et même qui m'ont contredit et combattu : je prie Dieu de les bénir tous, tous24. A l'approche de la mort, il prie pour ses filles, en paraphrasant en leur faveur la prière sacerdotale du Christ (Jn 17). Cette prière est le signe qu'il accomplit en ces jours le vu fait dix mois plus tôt : il donne sa vie pour Béthanie, confiant la fragilité de la fondation à la Providence, à saint Joseph. C'est le 10 mars 1869 que le serviteur de Dieu rend son âme à Dieu, dans une grande paix, après avoir manifesté son bonheur d'aller à la rencontre de Dieu. 19 . Durant ces dernières semaines, il reçoit des lettres d'encouragement très chaleureuses du P. Jandel (12 février 1869 ; Orig. A. o.p. Rome), voir aussi une lettre du cardinal Mathieu du 24 février 1869, à M. Henri-Dominique, (Orig. A.D.Bn.). En revanche, il est navré de ne recevoir aucune réponse aux lettres qu'il a fait parvenir au père provincial pour le tenir au courant de l'évolution de son mal. Le P. Souaillard ne lui adresse aucun encouragement, malgré l'appel envoyé par le P. Eveillé-Lagrange le 25 février 1869 (Orig A. o.p. Paris). 20 . Rapport du frère Dominique Roland, reproduit intégralement p. 429. 21 . De larges extraits de la Chronique sont reproduits dans le Summarium, Num. XVIII, p. 350-365, § 48-109. 22 . Chronique, loc. cit., § 64. 23 . Rapport du frère Dominique Roland, p. 434-435, (Orig. AB.). |
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