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Document 2. Obéissance du serviteur de Dieu, malade, à son provincial.
Les onze lettres reproduites ici sont importantes pour étudier la manière dont le P. Lataste entretient une relation d'obéissance avec ses supérieurs, malgré les réserves que manifeste le provincial. La visite du P. Jandel à Béthanie a certainement été un geste qui a profondément touché le serviteur de Dieu, déjà gravement malade. Il a peut-être aidé le P. Souaillard à avoir une attitude plus généreuse à l'égard du serviteur de Dieu : il lui accorde un séjour d'un an à Béthanie pour pouvoir mener à bien le travail de la fondation, en particulier la rédaction des constitutions, avant l'expiration du délai de deux ans accordé par le chapitre provincial. On notera l'inquiétude et la lassitude qui transparaîtssent dans les lettres du serviteur de Dieu, et la sécheresse du style épistolaire de son provincial, en particulier dans le dernier échange de lettres.
a. Lettre 439 m, au P. Souaillard, provincial de France, du 21 août 1868. (Orig. A. o.p. Paris).
Mon très Révérend Père,
Puisque le T. R. P. Faucillon n'est plus là pour vous donner des nouvelles de ce méchant fils malade auquel vous voulez bien vous intéresser, et puisque je me trouve mieux depuis quelques jours, c'est moi-même qui vais vous donner le bulletin de ma précieuse santé. M'ayant interdit jusqu'à ce jour toute autre correspondance, je veux me donner un peu de large avec vous et reprendre les choses ab ovo, pour vous bien éclairer.
Dans la nuit du 20 au 21 juillet, étouffements, obligé de passer la nuit sur mon séant. Le 21 et les jours suivants mal de tête si violent qu'on a craint une congestion cérébrale ; on m'a appliqué de la glace au front ; puis fièvre intermittente, puis une angine assez forte qui a nécessité de nombreuses cautérisations ; et après quinze jours, quand tout cela a été guéri, l'appétit ne revenant pas, on a compris qu'il devait y avoir autre chose encore. On a cherché la cause de ces étouffements de la première nuit ; un mois avant, j'avais de même, à Dijon, failli étouffer pendant trois minutes consécutives.
C'est le Dr Renaud, Dr de Gy, que vous nous avez conseillé de prendre et que nous avons substitué depuis ce jour à notre médecin ordinaire (bien que dans ce pays Mr Renaud n'ait aucune réputation), c'est lui qui a découvert la source du mal : engorgement du poumon droit, amas d'eau considérable provenant de refroidissements (que je fais remonter à ma retraite d'hommes à Nîmes, où il me fallait en sortant de chaire, tout mouillé, confesser des hommes dans une sacristie très froide, quoique chauffée). Je crois qu'il nomme cela une pleurésie chronique. Le mal connu, on est allé aux remèdes : quatre vésicatoires grands comme la main appliqués successivement sur la poitrine et sur le dos, du côté droit ; ils ont donné abondamment ; et maintenant comme la place manque pour en remettre d'autres, en attendant de pouvoir recommencer, on me frictionne à l'huile de croton, ce qui me fait venir sur la peau une multitude de petits boutons purulents, fort agréables. La nuit, sueurs continuelles et très abondantes dès le début de ma maladie ; ce qui m'oblige à avoir deux lits et à passer de l'un à l'autre après m'être bien essuyé et avoir changé de linge. Tout cela m'a bien épuisé vous devez le comprendre et d'autant plus que je ne puis rien manger de substantiel, je suis absolument sans appétit. Le médecin assure que l'appétit ne reviendra qu'après guérison, qu'il est sûr de me guérir surtout en cette saison, mais que cela demandera bien encore trois semaines ou un mois (et l'on dit qu'il atténue sa pensée pour ne pas me décourager).
Voilà la situation. Bien entendu, je suis incapable de rien de sérieux. Si je suis un peu mieux aujourd'hui, c'est que tout les vésicatoires sont secs, que les boutons d'huile de croton n'ont pas encore bien levé et que le temps s'étant radouci, les sueurs de nuit ont un peu diminué et m'ont laissé dormir davantage. En fait d'offices, je ne puis dire que les petites heures, vêpres et complies. Le R. P. Faucillon m'a dispensé du reste et à bon droit. Depuis le vingt-deux juillet je n'ai pu avoir ni la sainte messe, ni la communion, si ce n'est deux fois à minuit et demi pendant le séjour du bon abbé Claudon ici, lors du passage du Révérendissime Père. Le quinze août j'ai pu dire la sainte messe et depuis ce temps je la dis quelquefois, non pas tous les jours encore, mais par intervalles. Je crois vous avoir tout dit en détail.
Et maintenant, mon Très Révérend Père, je crois à propos de vous fixer d'une manière positive sur la durée de mes séjours ici, car il m'a semblé à notre dernière entrevue que vous me soupçonniez d'avoir étendu mes permissions. Tous mes voyages et séjours ici ont été marqués au fur et à mesure sur mon ordo, il m'est donc facile de parler sciemment.
Les 2 mois incomplets passés ici l'an dernier se sont terminés le 22 novembre :
En décembre - rien.
En janvier 1868 - 8 jours passés ici.
En février - 12 jours dont 9 au lit.
En mars, rien.
En avril, - 15 jours
En mai - rien.
En juin, - 12 jours.
En juillet, 9 jours en bonne santé, du 12 au 20, et le reste, vous savez comment.
En récapitulant, j'ai séjourné ici, depuis le 22 novembre 1867, 47 jours, sans compter ceux où j'ai été malade.
Je pense, mon Très Révérend Père, que votre intention n'est pas de tenir compte des jours de maladie car le but de mes venues ici est de pouvoir m'occuper activement de la formation de l'uvre, des coutumes à établir, des constitutions à déterminer etc. Or, tant que je suis malade, non seulement je ne fais rien de cela, mais je suis plutôt une gêne à la formation de l'uvre à cause des soins que mon état réclame et que la Rde Mère prieure seule peut convenablement me rendre ; ce qui la détourne de ses autres devoirs.
Or, voici maintenant ce à quoi m'a autorisé le définitoire (j'ai sous les yeux le rapport que j'avais adressé à ce sujet) :
1. 3 mois consécutifs, par exemple du 18 août au 25 novembre (à cause des retraites que j'avais à prêcher en août et en septembre, le T. R. P. Bissey m'a permis de commencer ces trois mois, dès le mois de juillet ; je vous en avais averti à votre passage à Dijon et vous l'aviez approuvé).
2. Dans le reste de l'année, divers séjours, constituant ensemble une moyenne de 8 semaines environ (soit 56 jours).
D'après ces calculs, il me resterait donc encore, jusqu'au 25 novembre :
1. 9 jours (restant des 8 semaines).
2. 3 mois consécutifs.
(Sans compter le temps où la maladie me rendra incapable de travail sérieux.)
N'ayant pas osé demander au définitoire tout ce qui me semblait nécessaire, et ayant réduit ma demande à ce qui me semblait les plus minimes proportions vu les nécessités actuelles de l'uvre, vous ne trouverez pas mauvais, j'ose l'espérer, mon Très Révérend Père, que je ne renonce à aucune des permissions qui m'ont été accordées.
Et néanmoins, en cela comme en toute chose, je demeure soumis d'avance à tout ce qu'il vous plaira de décider.
J'arrive à une question qui depuis longtemps m'embarrasse : des personnes qui se sont attachées à l'uvre nous envoient de temps en temps des messes à dire à Béthanie en réclamant les prières de la communauté ; et donnent pour cela des honoraires plus ou moins élevés. Leur but évident est de faire une aumône pour Béthanie, j'en ai eu la preuve dans bien des passages de leurs lettres, et une personne, que je ne connais pas, mais qui nous a fait quelques dons, nous ayant un jour posé catégoriquement cette question : A qui reviennent les honoraires des messes que je vous fais dire. Est-ce à Béthanie ? Nous avons dû répondre que non ; et depuis ce temps elle a complètement cessé d'en envoyer. Ces choses nous placent dans un grand embarras. Garder quelque partie de l'honoraire, théologiquement nous n'en avons pas le droit, et cependant donner l'honoraire entier au R. P. aumônier, c'est frustrer évidemment l'intention des donateurs. Le R. P. Faucillon, que j'ai consulté à ce sujet, pense que le plus simple est de vous en faire trancher la question ; que vous pourriez, pour ces cas-là, déterminer un honoraire (une fois pour toutes) à donner au R. P. aumônier ou au couvent de Dijon quand c'est moi qui les dis ; et alors le reste serait considéré comme l'aumône que nos bienfaiteurs ont voulu faire à l'uvre.
La T. R. Mère prieure me presse de vous remercier de nous avoir envoyé le T. R. P. Faucillon. Je comprends maintenant la vérité de votre parole que j'avais acceptée alors aveuglément : « Je maintiens ma décision au sujet du T. R. P. Faucillon, et cela dans l'intérêt de votre uvre. » Il a fait ici le plus grand bien et les âmes qu'il a si bien travaillées ne l'oublieront jamais.
Je ne puis vous cacher en terminant, mon T. R. Père, que nous avons ressenti tous une profonde peine de vous savoir si près de Béthanie et de ne vous voir pas ici. Je respecte assurément les motifs qui vous ont fait agir, je n'ignore pas combien, même dans l'intérêt de l'uvre, vous avez de ménagements à prendre et de réserve à garder, mais laissez-nous espérer que ces raisons cesseront enfin quelque jour et que vous viendrez ajouter votre bonne bénédiction à celles que nous avons déjà reçues.
Nous avons reçu la visite de notre Révérendissime Père. Monseigneur doit venir à sa prochaine tournée de confirmation dans ce pays. Mr le préfet de la Haute-Saône est venu avec sa dame et les plus grands châtelains du voisinage, Mr le baron et Mme la baronne de Gourgaud. Il nous a témoigné les plus vives sympathies, s'est informé de tout avec le plus grand intérêt, nous a annoncé que le cardinal de Besançon avait répondu la plus excellente lettre au sujet de notre demande de cimetière sur laquelle Mr le préfet a tenu à le consulter, que cette autorisation allait nous arriver d'un jour à l'autre et enfin a terminé en me disant d'user de lui quand je voudrai, qu'il se mettait tout à notre service.
Vous le voyez, mon T. R. Père, votre visite seule nous fait encore défaut, et nous y tenons essentiellement. Je voudrais que vous puissiez vous rendre compte par vous-même de l'état de l'uvre, de ce qui est déjà fait et pourtant de tout ce qui reste à faire encore. Mais ce sera quand le bon Dieu et vous le trouverez bon.
Lors de votre passage à Dijon, quand vous vous rendiez à Rome, vous eûtes la bonté de me dire que puisque le R. P. Eveillé-Lagrange n'appartenait à aucun couvent, et que j'avais versé au couvent de Dijon ce qui revenait au R. P. Guérittot pour son temps de séjour ici, je pouvais, vu notre pauvreté, me considérer comme quitte des honoraires d'aumônier. Toutefois, le R. P. Eveillé nous ayant écrit l'autre jour qu'il avait besoin de 150 F et qu'il allait vous les demander si nous ne pouvions les lui donner nous-mêmes, nous avons préféré nous imposer ce sacrifice auquel nous ne nous attendions pas, (et qui est un vrai sacrifice dans l'état actuel de nos finances). Il nous a semblé que vous verriez là, une fois de plus, la preuve de notre bonne volonté.
Je vous demande pardon, mon Très Révérend et bien cher Père, d'une si longue lettre, que je n'ai pu faire ainsi sans la reprendre à plusieurs fois. C'est abuser de votre temps, je le sens bien, mais il y a si longtemps que je ne vous ai écrit que j'espère indulgence.
Veuillez agréer, mon Très Révérend et bien cher Père, l'assurance renouvelée de ma respectueuse soumission aussi bien que mon filial dévouement en Notre Seigneur, et veuillez bénir votre fils malade.
Fr. M.-Jean-Joseph Lataste.
b. Lettre du P. Souaillard au P. Lataste, du 26 août 1868, en réponse à la précédente. (Orig. A. B.).
Je n'ai pas du tout l'intention de vous rogner les semaines et les mois que vous a concédés le chapitre provincial, mon cher Père : rassurez-vous donc sur ce point.
Mais ne perdez pas de vue le 15 septembre de l'année 1869 : tant pis pour vous et pour votre uvre si elle ne peut se passer de vous : bon gré mal gré il faudra vous en séparer, et vous ne conserverez avec elle que ces rapports de bonne amitié et de direction épistolaire qui n'engagent aucune responsabilité.
Je ne vous cache pas que mes dispositions étant telles, je n'ai pas cru pouvoir me lier par une simple visite vis-à-vis de la province ni vis-à-vis de Béthanie. C'est net et franc pour tout le monde.
Adieu. Guérissez-vous pleinement et utilisez bien votre dernière année. Je vous bénis en Notre Seigneur et me recommande à vos prières.
F. M. D. Souaillard
des F. Prêcheurs
26 août 1868.
c. Lettre 417 j au père Jandel, du 14 septembre 1868. (Orig. A. o.p. Rome).
Ce 14 septembre 1868.
Révérendissime Père,
L'extrême bienveillance que j'ai toujours trouvée en vous m'amène à vous ouvrir de nouveau mon âme sur des souffrances et des désirs que vous connaissez déjà.
Est-ce de ma part manque de foi ou prudence légitime ? Je ne puis m'empêcher d'être à certains moments assez fortement préoccupé de l'avenir de l'uvre que Dieu m'a confiée. Jusqu'à ce jour j'ai toujours espéré, même contre toute apparence, et ma confiance en Dieu n'a jamais été confondue, mais aujourd'hui l'avenir s'assombrit. Le définitoire m'a accordé des permissions qui étaient nécessaires, mais il a aussi posé des limites dont nous nous rapprochons, or ces limites semblent inflexibles. Le T. R. P. provincial me les rappelle sans cesse, en affectant pour l'avenir de l'uvre la plus profonde insouciance, et se montrant résolu à ne pas même s'en inquiéter. Il m'a dit bien des fois, en substance, et avec des termes plus énergiques encore : « Qu'elle vive ! qu'elle meure ! c'est un détail insignifiant pour vous ; l'expiration des deux ans arrivés, vous en serez séparé sans pitié et afin de vous enlever toute espérance, toute tentation à ce sujet, je vous assignerai à l'autre extrémité de la France, au couvent le plus éloigné de Béthanie. » L'autre jour encore, le 26 août dernier, le T. R. P. Souaillard m'écrivait : « Ne perdez pas de vue le 15 septembre de l'année 1869 ! Tant pis pour vous et pour votre uvre, si elle ne peut se passer de vous : bon gré mal gré, il faudra vous en séparer, et vous ne conserverez avec elle que ces rapports de bonne amitié et de direction épistolaire qui n'engagent à aucune responsabilité. »
Il m'est plus qu'évident, Révérendissime Père, et il saute à tous les yeux que l'uvre ne peut absolument pas être définitivement constituée au 15 septembre prochain, que ses antécédents ne seront pas suffisamment posés, que toutes les difficultés ne se seront pas encore présentées et n'auront pas été résolues, puisque ce n'est qu'au bout de quatre ou cinq ans que nos petites surs peuvent espérer d'être agréées au milieu des surs, que dès lors confier dans un an la direction et la supériorité de l'uvre à des mains jusque-là étrangères, c'est s'exposer presque infailliblement à voir son esprit se modifier et l'uvre cesser bientôt d'être elle-même. Cette menace de me retirer sans ménagements, sans pitié, sans même s'inquiéter des nécessités de l'uvre, ce n'est donc rien moins à mes yeux qu'une menace de mort et d'extermination pour elle. Sans doute, cette uvre n'est pas mienne, ce n'est pas moi qui l'ai fondée, ce n'est pas moi qui l'ai soutenue ; la main de Dieu y est trop visible en tout pour que je puisse m'en rien attribuer, et toutefois, puisque Dieu a bien voulu se servir de moi, n'est-il pas de mon devoir de veiller sur elle de tout mon pouvoir et de prévenir tous les coups qui peuvent la frapper ?
Dans cette perplexité, Révérendissime Père, mes regards se retournent de plus en plus vers vous. Ne subissant aucune pression de la part de vos religieux, comme il peut arriver de nos provinciaux, il vous est facile, à vous, d'étudier les questions avec une plus complète liberté de vues, selon les seules indications de votre conscience, prenant à cur les intérêts des plus petits comme ceux des plus grands, et vous préoccupant des plus humbles branches dominicaines, comme du tronc lui-même.
Laissez-moi donc vous dire de nouveau, Révérendissime Père, je me sens de plus en plus pressé de me donner à vous ; si vous voulez bien agréer le don que je vous fais de moi-même. Je le fais, provoqué, il est vrai, par les faits que je viens de vous dire, mais sans arrière-pensée cependant. Je crois que vous ne dédaignerez nullement les intérêts et l'avenir de Béthanie, et que vous me continuerez pendant quelques années encore, comme vous l'avez fait pour le R. P. Hue autrefois, les pouvoirs qui m'ont été donnés provisoirement pour l'établissement de l'uvre, mais, après cela, et quand vous le jugerez convenable, je me sens résolu à faire tout ce que vous voudrez et à aller partout où vous m'enverrez.
Veuillez, je vous prie, répondre à mon humble demande et garder le secret sur cette affaire ; je craindrais que si cela venait à la connaissance du T. R. P. P provincial et de nos pères de France on en tirât occasion de se montrer moins bienveillant encore à l'avenir.
Fr. M.-Jean-Joseph Lataste
des ff. Prêcheurs.
[ Au début de la lettre, sous la date, le Rme Père a noté : ]
France, 11 octobre 1868, avec copie de la réponse.
d. Lettre 439 o, au Père Souaillard, du 1er octobre 1868. (Orig A. o.p. Paris).
Ce 1er octobre 1868.
Mon Très Révérend et bien cher Père,
J'attends toujours et je désire toujours la réponse aux deux questions que vous posaient mes deux dernières lettres. Je vous serai bien reconnaissant de vouloir bien les trancher en quelques mots.
Après un redoublement de fièvre qui m'a obligé de garder le lit et de me priver de la sainte messe pendant quelques jours, je suis enfin entré en pleine convalescence il y a de cela bientôt huit jours. L'appétit revient ; cependant il me reste de continuelles sueurs, abondantes quelques fois, surtout la nuit, et suivies brusquement de froid, ce qui m'oblige à de minutieuses précautions pour éviter une rechute ; et le médecin de Gy, qui est venu encore avant-hier, parle de recourir de nouveau aux vésicatoires parce qu'il trouve que l'amélioration ne se développe pas aussi vite qu'il l'espérait.
Je viens d'apprendre que M. le curé de Cadillac se propose de vous écrire pour vous prier de m'envoyer dans sa paroisse pour le carême prochain. C'est mon pays natal et le lieu qu'habite toute ma famille, c'est vous dire, mon Très Révérend Père, combien je serais heureux de cette combinaison qui me permettrait de revoir tous les miens et en particulier ma pauvre vieille mère, mais je me crois obligé de vous avertir dans l'intérêt de notre Ordre et de nos couvents que les honoraires dans cette paroisse sont à peu près nuls (200 fr. à peine) et bien que ma famille paierait le voyage, il ne me semble pas que cette demande de M. le curé de Cadillac puisse être acceptée. Je lui ai fait parler dans ce sens, sans cependant lui en dire le motif.
J'ai grand besoin d'aller à Besançon pour plusieurs choses mais tout particulièrement pour voir son Eminence, lui demander quelques permissions dont nous avons besoin, lui soumettre de nouveau nos livres de compte, et l'entretenir des questions qui nous touchent. Je vous prie, mon Très Révérend Père, de vouloir bien m'accorder la permission d'y aller dès que je me sentirai en mesure de pouvoir le faire sans danger, et comme il me faudra prendre de grands ménagements dans mes courses à cause de mes sueurs, je vous demande permission d'y séjourner deux jours à peu près. J'en profiterai pour faire imprimer le compte-rendu que vous avez bien voulu approuver et que je vous serai reconnaissant de vouloir bien me retourner le plus tôt possible si vous ne l'avez déjà remis aux mains de Mlle de Saint-Juan.
Il a été réglé avec Monseigneur que dans mes voyages à Besançon je descendrai tantôt au collège catholique, tantôt chez Mme Bontoux, en alternant. Aller toujours au collège catholique gênerait parce qu'ils sont à l'étroit, n'y aller jamais les blesserait. Cette fois c'est le tour de Mme Bontoux.
Veuillez agréer, mon Très Révérend Père, l'assurance de ma respectueuse soumission en Notre Seigneur.
Fr. M.-Jean-Joseph Lataste
des ff. Prêcheurs.
e. Lettre du P. Souaillard au P. Lataste, du 2 octobre 1868, réponse à la précédente. (Orig. AB.).
Mon Révérend Père,
M. le curé de Privas vous a demandé personnellement pour le carême prochain, et vous êtes promis. La question de Cadillac est donc tranchée.
Comme je tiens absolument que le 16 septembre prochain vous ne soyez plus à la tête de Béthanie, et que je tiens aussi que vous donniez pendant cette année à votre uvre tous vos soins, je vous assigne au couvent d'Abbeville et vous habiterez Frasnes, avec votre socius actuel. J'en ai prévenu le P. Bissey. Vous n'aurez qu'à faire venir vos hardes et vos papiers, ou aller les chercher quand vous irez à Besançon.
Je ne demande aucun traitement à Béthanie, les surs se contenteront de vous entretenir tous les deux. Mais je me réserve toutes vos messes, et les honoraires de vos sermons. Si dans le courant de l'année vous êtes demandé dans les environs pour de petites prédications, je vous autorise à les accepter. Mais n'en prenez que comme distractions et n'en donnez au P. Lagrange que modérément pour ne pas le fatiguer.
A Dieu, mon cher Père, je vous bénis en N. S. et me recommande à vos prières.
Fr. M. D. Souaillard
des F. Prêch.
Abbeville, 2 octobre 1868.
f. Lettre 439 p au P. Souaillard, du 7 octobre 1868, à la suite de son assignation à Abbeville. (Orig. A. o.p. Paris).
Ce 7 octobre 1868.
Mon Très Révérend et bien cher Père,
J'ai reçu votre lettre et votre nouvelle décision. Je vous remercie de me donner ainsi les moyens de mieux me préparer à accomplir dans un an les vux du définitoire. Je vous promets d'y travailler consciencieusement.
Je vous remercie aussi de me laisser le R. P. Eveillé ; avoir un frère à mes côtés me sera un soutien dans la vie religieuse, un petit dédommagement des avantages spirituels qui résultent toujours du séjour au couvent ; et puis à un moment donné, son témoignage pourra peut-être m'être utile.
De son côté, la santé du bon Père E. Lagrange se trouve mieux de n'être plus dans l'isolement et nous ferons tout ce qui dépendra de nous pour le bien soigner.
Veuillez me dire, mon Très Révérend Père, si en demandant que la maison entretienne les pères vous l'entendez seulement de l'entretien « ordinaire » ou bien aussi de l'entretien extraordinaire comme celui de robes neuves à faire ou autres choses de ce genre. Ou bien, voulez-vous que ces achats soient pris sur les honoraires des messes que nous dirons ?
Pourrez-vous nous fournir d'intentions de messes ou devrons-nous en chercher autour de nous ; à part quelques-unes qui nous sont envoyées, celles d'ici ne sont habituellement que d'un franc.
Vous nous avez autorisés par l'intermédiaire de M. le curé à aller avec lui chez tous les curés du canton pour le jour de leur réunion, je vous demande la même permission pour nous quand il y aura quelque utilité, en dehors de ces jours de réunion, où nous allons le moins possible. J'ai surtout en vue Gy, où nous n'allons jamais pour les réunions et où de temps en temps j'aurais besoin d'aller pour affaire : voir le médecin, le juge de paix, etc., faire quelques achats. Le P. Eveillé m'accompagnerait alors, sans doute, comme promenade. Je l'attends ici aujourd'hui ou demain.
Veuillez agréer, mon très Révérend Père, l'expression réitérée de mon respectueux et tout filial attachement en Notre Seigneur.
Fr. M.-Jean-Joseph Lataste
des ff. Prêcheurs
g. Lettre du P. Souaillard au P. Lataste, du 12 octobre 1868, en réponse à la précédente. (Orig. A. B.).
Il me semble, mon cher Père, que si vous usez vos nippes au service gratuit de vos surs, elles peuvent bien non seulement les raccommoder mais encore les remplacer. On fait cela pour les serviteurs qui n'ont pas de salaire !
Je crois que souvent vous oubliez trop votre mère pour votre fille, du moins on vous en accuse. Prenez-y garde.
Vous me demanderez des intentions de messes quand vous n'en aurez pas. J'ai interrogé le P. Lagrange sur ses messes « grasses » que vous me disiez recevoir, et qui dans l'intention des demandeurs n'étaient que dons déguisés à l'adresse de Béthanie. Il m'a dit n'en avoir jamais reçu. Vous avez l'air de n'en pas recevoir vous-même beaucoup. Que signifie donc alors la demande que vous me faites à ce sujet !
Vous irez à Gy quand vous en aurez besoin avec le P. E. Eveillé-Lagrange.
Tous les quinze jours vous m'écrirez, l'un ou l'autre, pour me tenir au courant de vos faits et gestes.
A Dieu, mon Révérend Père. Je vous bénis en N.S. et me recommande à vos prières.
F. M. D. Souaillard
des F. Prêcheurs
Abbeville, 12 octobre 1868.
Le curé de Cadillac vous demande pour le carême : mais vous êtes personnellement promis à celui de Privas, et je tiens à ma parole donnée.
h. Lettre 439 q du P. Lataste au P. Souaillard, du 19 octobre 1868. (Orig. A. o.p. Paris).
Ce 19 octobre 1868.
Mon Très Révérend et bien cher Père,
Je regrette qu'on m'ait accusé d'oublier la mère pour la fille, je ne crois pas mériter ce reproche. Dieu sait qu'en bien des circonstances il m'eût été facile de détourner sur Béthanie des aumônes qui sont allées à nos couvents, et je ne l'ai pas fait ; j'ai fait le contraire. Si je vous ai questionné sur le sens du mot « entretien », c'est que, n'ayant rien à moi, puisque j'ai fait vu de pauvreté, il ne m'est pas plus permis de retirer un sou de nos couvents pour le donner à Béthanie, que d'en retirer un à Béthanie pour le passer à nos couvents. Je suis lié de part et d'autre ; je tenais donc à avoir votre décision, mais tout disposé à l'accepter simplement quelle qu'elle fût.
Il en est de même des honoraires de messes. Jusqu'à ce jour, ne pouvant prendre sur moi de rien déterminer à cet égard, je demandais ou faisais demander chaque fois, aux personnes qui avaient envoyé, de nous spécifier leur intention et de désigner elle-même l'honoraire et l'aumône ; elles l'ont fait et plusieurs nous ont marqué leur intention une fois pour toutes. La question que je vous avais posée, mon T. R. Père, était donc pour l'avenir, au cas où ces choses se reproduiraient, pour savoir une fois pour toutes à quoi m'en tenir sans avoir à consulter chaque fois les donataires. Il n'est donc pas étonnant que le R. P. Lagrange n'ait pas reçu souvent de gros honoraires, d'autant que j'ai dit quelque fois des messes moi-même, et alors cela revenait à Dijon ; mais cela a été rare encore, à cause de ce que j'ai expliqué plus haut.
Maintenant vos intentions sont bien marquées et je m'y conformerai.
Je finis demain les intentions de messes que j'avais apportées de Dijon au mois de juillet ; j'en ai encore quelques-unes de Constitution à dire et trois ou quatre reçues ici. Je vous serai reconnaissant de vouloir bien nous en envoyer car le R. P. Lagrange en a très peu lui aussi.
Je n'ai pas fait de retraite cette année, où et quand devrai-je la faire ? Je suis bien maintenant, mais non guéri. Le médecin va reprendre demain son traitement, et mes sueurs de nuit, suivies de frissons, continuent. Le R. P. Eveillé ne va pas mieux ; il me semble qu'il ne se soigne pas assez et suit trop les caprices de son estomac se privant de nourriture substantielle et mangeant, quelque fois avec un véritable excès dont il ne se rend pas compte, des choses sans consistance et sans valeur, du fromage, des confitures etc. Mais le médecin de Besançon m'a dit qu'il était bon de laisser un peu les malades de ce genre suivre leurs caprices d'estomac.
J'ai vu Monseigneur à mon dernier voyage à Besançon ; je lui ai exposé simplement votre désir et le désir du définitoire de me voir rentrer définitivement dans nos couvents le 16 septembre prochain, et la décision rendue à ce sujet. J'ai demandé par conséquent un supérieur et un aumônier pour la maison ; il m'a répondu qu'il désirait traiter cette affaire directement avec vous ; qu'il vous priait de lui écrire toute votre pensée à cet égard et que lui vous dirait la sienne.
Avez-vous remarqué, mon Très Révérend Père, à la fin du compte-rendu le passage relatif à la chapelle projetée. Je pense que ce projet n'aura pas d'opposition de votre part, puisque vous ne m'en avez rien dit. Du reste, je tiens à vous bien éclairer sur ce point et je le ferai en peu de mots :
1. Cette construction, qui ne commencerait qu'au printemps et ne pourra être terminée au plus tôt, me dit-on, qu'en juillet 1870, est absolument indispensable et le deviendra de plus en plus pendant ces deux ans. Il nous est impossible de loger à la chapelle les nouvelles enfants qui s'annoncent, et cependant l'uvre est pour elles, et ce serait tromper la charité publique de les refuser.
2. Ce n'est pas moi, c'est l'uvre qui fait bâtir. Je ne signerai, bien entendu, aucun billet, la signature de la Rde Mère prieure figurera « seule » sur les écrits officiels.
3. Notre intention est de bâtir aussi simplement que possible, de ne le faire qu'au fur et à mesure de nos ressources, et quand elles seront épuisées, de nous arrêter jusqu'à ce que la Providence nous vienne en aide de nouveau. Il me semble qu'en procédant ainsi, toute imprudence est écartée. Au moment de commencer, nous ne commencerons pas, si nous n'avons déjà en main les sommes nécessaires pour les premiers travaux.
Je ne savais pas si je devais vous parler de ces choses, puisque Béthanie n'a pas l'honneur d'être sous votre juridiction, mais dans le doute, j'ai préféré pécher par excès que par défaut.
Veuillez agréer, mon Très Révérend et bien cher Père, l'assurance réitérée de ma respectueuse soumission aussi bien que de mon filial attachement en Notre Seigneur et Saint-Dominique.
Fr. M.-Jean-Joseph Lataste
des ff. Prêcheurs
i. Lettre du P. Souaillard au P. Lataste, du 27 octobre 1868. (Orig. A. B.).
Je vous envoie trente messes, mon Révérend Père, je ne vous fixe pas le temps dans lequel vous les acquitterez, j'ai pour cela une certaine latitude.
Il me semble que vous pouvez faire votre retraite à Béthanie avec le P. E. Lagrange.
J'écrirai à Mgr l'archevêque puisqu'il le désire : mais je ne vois pas ce que j'ai à lui dire. La question est bien simple pour moi, mais elle ne l'est peut-être pas autant pour lui. Enfin nous verrons.
Je préfère que vous laissiez l'initiative et la charge des constructions que vous méditez, au futur supérieur. On trouve, avec raison, que vous allez vite dans vos projets, et que vous ne consultez personne. Ne donnez pas une « confirmation » à ces griefs.
F. M. D. Souaillard
des F. Prêcheurs
j. Lettre 439 r au P. Souaillard, du 9 novembre 1868. (Orig. A. o.p. Paris).
Le 9 novembre 1868.
Mon Très Révérend et bien cher Père,
Je vous retourne la lettre de son Eminence. Je vous ai tenu et vous tiendrai le secret absolu que vous me demandez, et me priverai pour cela d'écrire quelques lignes d'explications à Monseigneur, ainsi qu'il m'en est venu le désir.
Il serait bon cependant, il me semble, que la Rde Mère prieure fût mise au courant de cette affaire qui la regarde et la touche autant que moi ; je vous serai donc bien reconnaissant, mon Très Révérend Père, si vous voulez bien, dans votre prochaine lettre, me donner l'autorisation de lui dire ces choses.
Rien ne m'étonne dans cette lettre, si ce n'est la pensée qu'y exprime Monseigneur d'avoir été trompé par moi, mais il l'a rétractée.
Je ne pouvais attendre ni que mes supérieurs se prendraient d'enthousiasme pour l'uvre, dont Dieu (je le crois fermement) m'avait inspiré la pensée, ni que son Eminence consentît de prime abord à en assumer sur elle-même la responsabilité. Il devait me suffire que mes supérieurs m'autorisassent à faire un pas en avant chaque fois qu'il serait à faire, et que Monseigneur ne désapprouvât pas l'uvre et la laissât s'essayer, sous sa haute surveillance. C'est ce qui est arrivé.
J'avais très bien compris que Monseigneur voulait voir ce que serait l'uvre, et ce qu'elle deviendrait avant que de s'en charger, mais je n'ai jamais vu ni qu'il la désapprouvât, ni qu'il eût le dessein de s'en occuper jamais, ni d'en prendre jamais la direction, même quand l'uvre serait bien assise.
J'ai toujours pensé le contraire, et si cela n'est point, j'avoue que j'ai vécu dans une complète illusion à cet égard.
L'autre jour encore, quand je lui exprimai vos volontés, et qu'il me répondit que cela ne lui semblait guère possible, j'ajoutai : « On va augurer de là, sans doute, que vous désapprouvez l'uvre, Monseigneur. » Il me répondit aussitôt : « mais si je la désapprouvais, je ne vous aurais pas autorisé à la commencer, ni à recevoir des sujets à l'habit et à la profession. » Donc, sans donner une approbation positive à l'uvre, je suis fondé à croire que son Eminence ne la désapprouve pas cependant.
D'autre part, je lui ai parlé en diverses circonstances, il y a deux ans, du besoin que nous aurions tôt ou tard d'un aumônier séculier. Monseigneur m'a répondu, il est vrai, qu'il n'en voyait pas actuellement de disponible, mais il n'a ajouté aucune parole qui me donnât lieu de penser qu'il était résolu à n'en donner jamais. Il me disait au contraire : Nous verrons plus tard... plus tard, je ne dis pas que je ne trouverai pas ce qu'il vous faut ; en attendant tâchez d'en trouver un vous-même et je l'autoriserai etc., et autres paroles de ce genre, qui m'ont fait comprendre qu'il tenait à attendre encore pour prendre en main la direction de l'uvre, mais qu'il n'était pas éloigné de le faire plus tard, si tout allait bien.
Dans cette situation, j'ai reçu le conseil, et la simple prudence le conseillait, de passer sous silence les petits détails et les petites difficultés qui pourraient s'élever extérieurement contre l'uvre afin de ne pas éloigner son Eminence de ce que je désire et de ce que mes supérieurs désirent comme moi : l'acceptation complète de l'uvre. J'ai dû me contenter des grandes lignes. C'est ce que j'ai fait. J'ai soumis nos livres de recettes et de dépenses à l'inspection de Monseigneur, et tout dernièrement encore ; j'ai expliqué ce que voulaient les couvents de dominicaines qui ont écrit contre l'uvre, ce qu'avaient répondu le Révérendissime Père et le T. R. P. Minjard ; j'ai dit au fur et à mesure les pouvoirs que m'accordaient mes supérieurs et le chapitre de Flavigny ; j'ai même fait entendre qu'ils étaient provisoires et ne pourraient pas durer toujours ; mais j'ai jugé inutile de traiter dès l'an dernier la question du supérieur et de l'aumônier séculier parce que j'ai cru que d'en parler un an à l'avance c'était assez. Quant à l'opinion de Monseigneur sur l'uvre, ce qu'il acceptait ou n'acceptait pas, je n'ai pas cherché à le cacher à mes supérieurs puisque au chapitre provincial de 1865, j'ai montré aux pères définiteurs toutes les lettres que j'avais reçues alors de son Eminence.
Veuillez agréer, mon Très Révérend et bien cher Père, la nouvelle assurance de ma respectueuse et filiale soumission en Notre Seigneur.
fr. M. Jean-Joseph Lataste
des ff. Prêcheurs
k. Lettre du P. Jandel au P. Lataste, du 11 novembre 1868. (Orig. A. B.).
Marseille, 11 novembre 1868.
Mon Révérend Père,
Malgré toute l'inclination que j'aurais à accepter votre abandon entre mes mains, je ne crois pas pouvoir le faire, parce que ce serait donner à votre province un sujet de mécontentement, et y réveiller des défiances, au moment où je mets tout en uvre pour rétablir la concorde et la paix.
Demeurez donc à la disposition de votre provincial, et remettez l'avenir entre les mains de Dieu : ipse providebit. Déjà il vient de se servir de la maladie qu'il vous a envoyée pour incliner votre provincial à vous accorder spontanément ce que vous n'auriez pas osé espérer ; car celui-ci m'a témoigné l'intention de vous laisser vous reposer cette année à Béthanie sans autre ministère extérieur ; profitez-en donc, et quand le terme arrivera, N. S. manifestera sa volonté par les évènements et les circonstances : sufficit diei malitia sua. En attendant, confiance, prière et abandon.
Ménagez-vous afin de hâter les progrès de votre convalescence. Je vous bénis en N. S. et vous demande vos prières.
Fr. A. V. Jandel
mag. ordinis.
R. P. Lataste
France
   
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