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Fr. Jean-Marie Gueullette, O.P.
La vie et l'uvre de Jean-Joseph LATASTE, op (1832-1869)
fondateur des Surs dominicaines de Béthanie - Pâques 1996 -
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9.Maladie et mort du Père Lataste (1868 - 1869)Le retour de la maladie.Après avoir été confiné à l'infirmerie durant une bonne partie de ses études, le serviteur de Dieu a été guéri de son ostéomyélite de la hanche en 1863. Durant plusieurs années il a pu jouir d'une bonne santé et mener la vie très active des frères prêcheurs de sa génération. Malheureusement, en février 1868, il tombe à nouveau malade, et cette fois la maladie le conduira à la mort. Alors qu'il est à Frasnes-le- Château et se prépare à aller prêcher le carême à la cathédrale de Nîmes, un érysipèle se déclare le 20 février1, le faisant cruellement souffrir. Le serviteur de Dieu écrit au P. Souaillard, provincial, pour lui demander de retarder son départ pour Nîmes, car le médecin pense qu'il est imprudent de se mettre en route dans cet état2. La réponse du provincial ne se fait pas attendre : il ne croit pas que son état l'empêche de partir. Cette lettre est reçue le 263, le prédicateur se met en route par obéissance, malgré son état, le 27. Durant la prédication du carême4, l'infection réapparaît d'une autre façon. Après avoir longuement confessé dans une sacristie humide, le prédicateur épuisé par la tâche contracte une infection pleurale5. Durant les mois suivants, on ne trouve aucune trace de maladie ; l'activité du serviteur de Dieu est habituelle. Il est cependant particulièrement sensible à sa propre fragilité, à son indignité personnelle ; il est en même temps de plus en plus convaincu que Béthanie ne peut survivre sans un soutien surnaturel particulier. C'est dans ce climat qu'il fait, le 10 mai 1868, dix mois avant sa mort, un vu très particulier. Il cherchait un moyen de s'acquitter d'un premier vu fait à saint Joseph le 19 mars 1866. Il s'était engagé à uvrer pour que son nom soit placé au canon de la messe, et que l'Eglise lui consacre une messe propre, si la fondation de Béthanie était menée à bonne fin dans les deux ans. Au printemps de 1868, il lui faut donc payer sa dette au saint protecteur qui a veillé sur la fondation, et en particulier sur la vie matérielle de celle-ci, permettant que la communauté ne manque pas de manière trop cruelle d'argent ou de travail. Le 10 mai, le serviteur de Dieu confie au P. Jandel une lettre pour le pape, sans lui en révéler le contenu. Par cette lettre, il fait l'offrande de sa vie pour obtenir que saint Joseph soit déclaré patron de l'Eglise universelle et que son nom soit inséré dans le canon de la messe, à la condition que saint Joseph se charge de son uvre des Réhabilitées et supplée l'appui humain qui lui manque6. Un tel vu est le signe d'une grande piété à l'égard de saint Joseph, mais également de la profondeur de l'engagement du P. Lataste en faveur de Béthanie : il donne volontiers sa vie pour que Béthanie puisse subsister. Pressent-il la maladie qui fait son chemin en lui7 ? Commence-t-il à être inquiet de voir approcher l'échéance de septembre 1869 où le provincial l'arrachera quoi qu'il arrive à ses filles ? Le serviteur de Dieu ne donne aucun détail sur les motivations de son offrande, restée secrète jusqu'au récit fait par le P. Jandel de l'ouverture de la lettre par le pape. C'est le 21 juillet que la maladie se manifeste à nouveau8, à la suite d'une marche qu'il a dû faire en pleine chaleur. Après une nuit difficile, il peut donner l'habit aux deux premières réhabilitées, petite sur Saint-Pierre et petite sur Saint-Paul. Le 3 août, le maître général, le P. Jandel manifeste publiquement son soutien à Béthanie en visitant la petite communauté de Frasnes. Le serviteur de Dieu tient à l'accueillir lui-même. Mais, après l'avoir embrassé, le P. Jandel l'envoya se recoucher en lui disant : « Oh ! Mon pauvre enfant, comme vous voilà changé ! Allez vite vous reposer9. » Le P. Lataste reste couché, incapable de dire la messe durant plusieurs semaines10. Épuisé, il arrive à célébrer la messe le 15 août11, mais quelques jours plus tard, la fatigue est telle qu'il est obligé de dicter son courrier12. Le malade semble plus optimiste sur son état que les médecins, ceux-ci l'obligent à un repos absolu jusqu'à la fin de septembre. Le 2 octobre, le provincial l'assigne à Abbeville pour lui faire comprendre que l'expiration du délai accordé par le chapitre approche ; il l'autorise à habiter Frasnes durant un an, avec le P. Eveillé-Lagrange, sans demander de traitement supplémentaire à Béthanie13. La semaine suivante, le P. Lataste est assez bien portant pour aller à Dijon chercher ses affaires et faire ses adieux au couvent14. Le voyage se révèle trop fatigant : le P. Lataste en revient épuisé, en proie à de violentes suées. En vivant à Béthanie sans faire trop d'efforts, le serviteur de Dieu retrouve quelques forces, mais il avoue, en novembre, avoir encore le souffle très court, ce qui lui fait craindre de ne pouvoir prêcher un carême15. La rechute fatale se produit le 27 novembre, à la suite d'une courte promenade par temps humide16. 1 . Chronique de Béthanie, 20 février-3 mars 1868 (Orig. AB. et Summ. Num. III, p.136, § 316-319) 2 . Lettre 439 g, du 25 février 1868, au P. Souaillard (A. o.p. Paris ). 4 . Sur ce carême de Nîmes, voir p.390. 5 . Lettre 439 m, du 21 août 1868, au P. Souaillard, reproduite intégralement p. 417 ( Orig. A. o.p. Paris). 6 . Témoignage de l'abbé Claudon (Summ. Num. v, p. 277-278, § 107-112, Orig. AB.) ; récit par le Bx H.-M. Cormier dans sa Vie du Révérendissime Père A.V. Jandel , Paris Poussielgue, 1896 (2e éd.), p. 458-460 (voir p. 415), et extrait de la Liturgie dominicaine par le P. Mortier o. p. (1922), (Summ. Num. IV, p. 256-257, § 87-89). 7 . Il avoue, dans la lettre 439 m du 21 août reproduite intégralement p. 417 (Orig. AB.), que des étouffements l'ont saisi durant la nuit dès le 20 juin, à Dijon. Il n'est pas impossible que son état de santé ne soit déjà pas très satisfaisant au mois de mai. Le carême de Nîmes, commencé dans un état de santé déplotable a été une épreuve physique. importante. 8 . Chronique de Béthanie, 21 juillet 1868, (Summ. Num III, p. 147, § 359 sv.). 9 . H.-M. Cormier, Ibid. ; reproduit dans Summ. Num. III, p. 158, § 399, 2è partie. Sur cette visite voir également la Chronique de Béthanie, Summ. Num. III , p. 149-150, § 368. 10 . Lettre 383, du 10 août 1868, à l'abbé Claudon (Orig. AB.). 11 . Chronique de Béthanie, Summ. Num III p. 150, § 371. 12 . Lettre 65, du 19 août 1868, à son frère Emile, dictée à M. Henri-Dominique (Orig. A.B.). 13 . Voir la lettre du 2 octobre 1868 du P. Souaillard au P. Lataste reproduite intégralement p. 422. 14 . Chronique ( Summ. Num. III, p. 154, § 383 ; Chronique du couvent de Dijon, copie AB.). 15 . Lettre 68, du 23 novembre 1868 à son frère Emile (Orig. AB.). 16 . Chronique (Summ. Num. XVIII, p. 345, § 30). La situation est suffisamment alarmante pour que le serviteur de Dieu charge M. Henri-Dominique d'écrire elle-même au P. Souaillard. « Après une demi-heure de promenade par temps humide, notre très Révérend Père a été saisi de frisson et d'une fièvre de trente-six heures ; il espérait que cette rechute ne serait rien, et il se proposait de vous l'écrire lui-même ; mais voici quinze jours déjà que le mal est survenu et bien qu'il soit arrêté, la convalescence ne marche pas vite, elle n'est pas même encore bien accentuée et notre Révérend Père, dépourvu de tout appétit, se voit contraint par son extrême faiblesse de garder le lit tout le jour ; il est également dans l'impossibilité de dire la sainte messe. Il n'a pas voulu attendre plus longtemps sans vous avertir de son état et m'a chargée, mon Très Révérend Père, d'être son interprète auprès de vous. Je ne sais ce que l'avenir nous réserve, mais le médecin craint pour l'avenir » (texte intégral ; Orig. A. o.p. Paris). |
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