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Michel Van Aerde op
Quand Dieu nous surprend

© La Thune, Marseille, 2001, 195 pages

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17- Superman ?

Jésus est-il un surhomme ? Nous avons dit que non. Le surhomme est seul, or depuis le commencement, Jésus prétend agir au nom d'un Autre et ne pouvoir être compris hors de cette relation privilégiée qui l'unit au Dieu vivant.

« Qui m'a vu, a vu le Père ! »90 Qu'avons-nous vu ?

Nous avons vu Jésus vider vigoureusement le parvis du Temple de ses marchands : « Ne faites pas de la maison de mon Père, une maison de trafic ! » Colombes et moutons ne sont plus nécessaires pour entrer en relation avec le Dieu vivant 91!

Nous avons vu Jésus s'adresser à la femme de Samarie. Elle est en situation irrégulière, mais il lui propose l'eau vive. Elle veut l'embarrasser avec une question sur une autre religion, mais il lui parle du jour où chacun pourra prier le Père en Esprit et en Vérité. Le Temple n'est plus nécessaire pour prier le Dieu vivant ! Toute ségrégation est abolie : Garizim-Jérusalem, juif-samaritain, homme-femme, esclave-homme libre92. Même païen, occupant de surcroît, l'officier romain voit Jésus lui promettre la guérison de son fils. Une simple parole, sans se déplacer ! Le soldat le croit et l'enfant est guéri !

Nous avons vu Jésus comblé de joie au spectacle des champs qui attendent la moisson. Il en oublie de manger : « Ma nourriture, c'est la volonté de mon Père et la réalisation de son projet93. » Ses actions coulent de source, suivant une liberté qui tranche sur les conformismes sociaux. Par tout ce qu'il dit, par tout ce qu'il fait, par toute sa personne, Jésus annonce et manifeste la Parole et le Vouloir, la Présence du Père, inspirateur de tous ses actes. Jésus est ainsi le Chemin, la Vérité et la Vie : la révélation de Dieu.

Quand il aperçoit l'infirme, couché depuis bientôt trente-huit ans, en dépit du sabbat, Jésus met l'homme sur ses pieds ! « Mon Père travaille toujours, alors moi aussi, je travaille94 !» Jésus assimile son activité à celle du Dieu vivant et cela fait pour les Juifs une raison de plus de le tuer puisque, non content de violer le sabbat, il appelle Dieu son propre Père, se faisant ainsi l'égal de Dieu95.

Cette affirmation est d'une prétention extrême, à la mesure de son humilité ! Pleinement expressif du Dieu vivant, Jésus s'en distingue cependant pour lui être totalement relatif. Il reconnaît tout recevoir de lui et n'avoir rien d'original. « Le Fils ne peut faire de lui-même rien qu'il ne voie faire au Père : ce que fait Celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. Comme le Père ressuscite les morts et les rend à la vie, ainsi le Fils donne la vie à qui il veut96 » ! Voir Jésus, aujourd'hui comme toujours, c'est approcher cette dépendance paradoxale, cette imitation géniale, qui va jusqu'à l'extrême de la liberté.

Jésus se réfère aux Ecritures et il reçoit le témoignage de Jean-Baptiste. Mais, pour appuyer ses prétentions, il ne veut pas d'autre soutien que celui de son Père : « Les œuvres que je fais manifestent que le Père m'a envoyé. Or, vous n'avez jamais entendu sa voix : vous scrutez les Ecritures dans lesquelles vous pensez trouver la Vie. Mais ce sont elles qui me rendent témoignage et vous ne voulez pas venir à moi pour l'avoir cette Vie que moi, je peux vous donner !... Je suis venu au nom de mon Père et vous ne me recevez pas. Qu'un autre vienne en son propre nom, et celui-là, vous le recevrez97 ! »

Aujourd'hui, le rejet persiste, même s'il a changé de camp ! Les Juifs reconnaissaient Dieu, mais ils refusaient Jésus. Nous acceptons Jésus, mais nous refusons le Dieu dont il ne cesse de parler ! Nous acceptons Dieu tout seul ou bien Jésus isolément, mais nous sommes incapables de voir ensemble Jésus et son Père, Jésus et le Dieu vivant. Quand nous réquisitionnons Jésus comme modèle, messie ou roi, il s'enfuit dans la montagne. Il refuse cette fonction. Il passe beaucoup de temps avec son Père dans la prière. Nous ne percevons pas que Jésus n'est jamais seul et que le Père est toujours avec lui98.

Jésus ne vient pas nous apporter des gadgets pour vivre mieux ou plus longtemps. Il veut nous faire découvrir une relation : une relation qui est source de vie, une relation qui nourrit comme la Parole et comme le Pain, une relation qui introduit déjà dans la vie définitive. Jésus voudrait nous faire découvrir « la » relation privilégiée qui l'unit à son Père, pour nous faire entrer avec lui dans cette communion qu'est l'intimité du Dieu vivant. Ce que personne ne pouvait imaginer, Jésus vient nous le révéler : Dieu est Père, Fils, et Amour. Dieu est communauté ! Communauté de personnes, de personnes différentes entre elles mais inséparables, inséparables dans leur unité. L'utopie n'est pas un rêve : une vie de totale mise en commun existe déjà quelque part. Un amour de totale réciprocité est proposé. Chacun peut se donner tout entier, pour entrer dans la surabondance de la Résurrection. Que s'établissent entre Jésus et nous cette même confiance, cette même communion qui existent déjà entre Jésus et son Père, et nous pourrons alors vivre de la vie « divine », dans le partage et le service fraternel.

La communion qui existe au cœur du Dieu vivant devient le modèle, la source d'inspiration de toute vie sociale : « Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés, demeurez dans mon amour99. » C'est un amour actif, créateur, rayonnant. Il ne s'agit pas de n'importe quoi : il lui correspond des exigences précises, « comme j'observe les commandements de mon Père et que je vis dans son amour, si vous observez mes commandements, vous vivrez dans mon amour100. »

La connaissance de Dieu est un cheminement, c'est une connaissance dynamique, une connaissance pratique. Ce n'est pas une affaire d'idées mais une communion qui s'approfondit dans l'expérience et dans l'engagement : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie ! »101

Jésus associe ses disciples à sa mission. Il nous fait découvrir, sur le tas, les difficultés de l'éveil de la foi et les mystères de sa pédagogie. Nous pouvons ressentir en nous-mêmes ce que ressent le Dieu vivant. C'est en prenant les risques de son invitation que nous le découvrons dans la plus profonde communion. « Qui vous reçoit, me reçoit et qui me reçoit, reçoit Celui qui m'a envoyé102. » Nous connaissons la joie d'être accueillis, mais aussi la souffrance et l'amertume de l'échec. « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront. Ils vous chasseront des synagogues et des églises. Certains iront jusqu'à vous tuer - et cela au nom même de Dieu _, ils en viendront là pour n'avoir connu ni le Père ni moi103. »

Jésus est vraiment le chemin privilégié qui conduit au Dieu vivant. C'est avec Lui que nous pouvons entrer dans une communion parfaite, attirante et comblante, c'est avec lui que nous pouvons participer à son rayonnement, c'est avec lui que nous restons fermes dans la confiance malgré l'adversité : « Ne soyez pas bouleversés : si vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi ! Si vous croyez en moi, croyez aussi en Dieu ! »104


90 Jn 14, 9.

91 Jn 2, 16.

92 Ga 3, 28 : "Il n'y a ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, il n'y a ni homme ni femme car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus."

93 Jn 4, 34.

94 Jn 5, 17.

95 Jn 5, 18.

96 Jn 5, 19.

97 Jn 5, 40.

98 Jn 16, 32 : "... vous me laisserez seul, mais non ! je ne suis pas seul, le Père est avec moi."

99 Jn 15, 9.

100 Jn 15, 10.

101 Jn 20,21.

102 Jn 13, 20.

103 Jn 16,2.

104 Jn 14,1.

© La Thune, Marseille, 2001, 195 p.
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